Encore quelques nouvelles de Joann Sfar...

24 avril 2014 20 commentaires
  • Revenons sur les publications des six derniers mois de Joann Sfar, afin de mieux comprendre la tendance qu'il aborde actuellement : son roman Grandclapier, son shojo avec Bagieu, ses croquis d'Hollande, l'illustration du roman de Gary, son carnet Journal de Merde et sa vente chez Artcurial.
Encore quelques nouvelles de Joann Sfar...
Stars of the Stars par Pénélope Bagieu & Joann Sfar
Ed. Gallimard

Après ses deux César, on aurait pu croire que Joann Sfar risquait, comme un Leconte ou un Lauzier avant lui, de se détourner définitivement du 9e art au profit du 7e. Ce n’est qu’en partie vrai, car s’il désire effectivement continuer se consacrer à l’écriture et la réalisation de film, il n’en oublie pas pour autant la bande dessinée.

Après une longe attente, nous avons effectivement enfin pu découvrir la fin de Donjon qu’il co-écrit avec son collègue et ami Lewis Trondheim. Mais on lui doit également le scénario d’un shojo-like écrit pour Pénélope Bagieu, dont le premier tome est paru fin de l’année dernière. Si la thématique de l’extermination de la race humaine liée à l’enlèvement de certains derniers spécimens a déjà été largement évoquée (on se rappelle entre autres de l’excellent Shrimp d’Aoust, Donck et Burniat (Dargaud), Sfar et Bagieu l’interprètent d’une remarquable façon.

Stars of the Stars présente, en effet, sept filles venues du monde entier qui sont convoquées à New York pour auditionner dans une prestigieuse école de danse. Parmi elles, la Juive new-yorkaise névrosée et la Noire française déjantée, sont très loin des petits rats de l’opéra... Le concours dégénère avant même que des extraterrestres ne viennent se mêler de la sélection ! En effet, la Terre sera détruite si les lauréates ne peuvent prouver qu’elles savent danser comme des déesses, mais l’entente est loin d’être parfaite entre elles !

Pas de doute, Sfar & Bagieu s’amusent beaucoup en réalisant cette bande dessinée de grand format, dont effectivement le focus sur les héroïnes rappelle les mangas pour filles, les Shojo. Si les fans du genre pourraient se passionner pour les disputes entre ces demoiselles, le rendu d’ensemble reste pourtant assez terne, et même lorsque le vaisseau décolle de la Terre, le récit reste au sol, en dépit de quelques surprises sanglantes. Le second tome viendra-t-il relever tout cela ? On s’interroge.

Stars of the Stars par Pénélope Bagieu & Joann Sfar
Ed. Gallimard
Normal de Joann Sfar
Ed. Dargaud

Sfar peut-il être "Normal" ?

Nous vous en parlions l’année dernière : on peut légitimement se demander si Joann Sfar peut encore être un auteur comme les autres. D’un côté, il donne l’impression de dessiner très rapidement et a semble-t-il suffisamment d’idées (trop ?) pour dynamiser tout cela, et dans le même temps, son succès au cinéma l’a placé dans une position assez inédite : il est à la fois adulé et éloigné de ses pairs.

Il multiplie dès lors les initiatives, pas toujours heureuses mais parfois très enthousiasmantes, telles que le parodique Normal qu’il vient de publier chez Dargaud. Ce petit carnet d’une centaine de pages rassemble les dessins que Sfar a publié sur internet au début de l’année 2014 en s’inspirant de l’actualité du président François Hollande. Si on pouvait s’attendre à une caricature acerbe du président, un "Hollande-bashing" dont il est la cible depuis des mois, Sfar en fait un homme à la bonhommie touchante, un personnage à la Sempé, qui louvoie entre amour fou et une façon de gouverner la France bien à lui.

Sfar, le romancier

Grandclapier de Joann Sfar
Ed. Gallimard

Sfar ne se contente plus de dessiner, il s’est effectivement lancé dans l’écriture des romans. Nous avions analysé son roman L’Éternel paru l’année dernière.. Après cette extension liée à sa série de bande dessinée Grand Vampire (mais aussi à Klezmer et au Professeur Bell), c’est cette fois sur la base de L’Ancien Temps que Sfar publie un second ouvrage.

À mi-chemin entre le médiéval fantastique et le récit picaresque, Grandclapier revient sur les aventures d’un royaume, d’une sorcière, d’un jeune sourcier amoureux de cette dernière, d’un barbare qui veut garder le respect de sa famille, d’un ogre qui se consume d’amour pour la reine, d’une reine qui demande l’aide d’un géant pour ramener de l’eau douce de la mer vers les montagnes, car comme tout le monde le sait, l’eau coule de haut en bas...

Ceux qui n’auront pas lu la bande dessinée ne seront pas lésés, car Sfar revient sur les grands événements qui s’y déroulent, mais ceux qui l’auront appréciée y découvriront d’autres éléments qui permettent de revisiter les séquences qui s’y déroulent. Alors que Sfar imaginait réaliser un roman-fleuve autour de cet univers, c’est finalement le premier tome d’une tétralogie qu’il livre aujourd’hui.

Globalement, Grandclapier est très réussi ! Sfar y fait une nouvelle fois preuve d’une inventivité débordante, on rebondit de surprise en surprise, les descriptions sont à la fois courtes et évocatrices, alors que le récit se déroule à un rythme effréné. Certains lecteurs prudes seront sans doute encore choqués par une certaine propension à la lascivité, mais soyons honnêtes, il n’y a rien qui devraient choquer ceux qui croient aux sorcières se rebellant contre un dieu unique.

Sfar se dévoile

Journal de merde de Joann Sfar
Ed. Gallimard

In fine, les lecteurs qui voudront en savoir plus sur les réflexions de l’auteur ou sur la progression de ses projets devraient trouver leur compte avec Journal de Merde, qui regroupe six mois de publication dans Télérama.

Avec 4500 pages de carnet publiées, Sfar est certainement l’auteur le plus prolifique en la matière. Dans son Journal de Merde, il fait à nouveau preuve de dextérité et d’éclectisme. La profusion de détails sur chaque page obligea de publier l’ensemble en format A4, le tout rassemble quatre cents (et une) pages de confidences. Cela va du carnet de voyage aux réflexions au quotidien (sur la politique, le monde de la BD, etc.), mais surtout, Journal de Merde permet de comprendre l’auteur dans son cheminement.

En effet, il explique ce qui le pousse à réaliser des romans : en une journée, il couche sur papier ce qu’il ne devrait dessiner qu’en plusieurs semaines, même à sa vitesse. Il explique aussi les difficultés qu’il rencontre à produire ses films, même lorsque, comme lui, on a gagné deux César ! La densité de ce carnet richement illustré donne droit à une très longue lecture, au plus près de l’auteur. Un voyage passionnant, et d’une grande honnêteté.

Joann Sfar est un artiste accompli, à la fois dessinateur, cinéaste, romancier… À travers de longs textes, des illustrations où se déploie son imaginaire, des dessins politiques, des images d’après nature et des bandes dessinées, il nous livre ici sa vision du monde. La vision de l’artiste mais aussi celle de l’homme, personnelle, intime. À quarante ans, il se sent à la fois méchant, triste, rieur, en colère, en chute libre… aux prises avec le réel qui résiste. Dans ce journal, il travaille au plus secret de soi.

Journal de merde de Joann Sfar
Ed. Gallimard

Le livre de sa mère

De Gary, Sfar dit qu’il est tombé amoureux : "de lui, de sa pensée, et de ses colères, de sa légende et de sa mythologie dans l’ombre de laquelle je me suis construit..." C’est que, comme lui, il est Niçois. Comme lui, il est juif, de ce judaïsme respectueux de son héritage, mais libéré de toute emprise de la tradition, de tout obscurantisme religieux. Sfar a toujours eu besoin de ces figures identitaires qui, comme lui, sont à la recherche de leur identité : Pascin, Chagall, Gary... Personnages fantasmatiques dans lesquels Sfar s’incarne, comme on essaie un costume ou un uniforme.

La Promesse de l’aube de Romain Gary, illustré par Joann Sfar.
Ed. Gallimard

On comprend la fascination de Sfar pour Gary. Il n’a pas attendu le centenaire de l’auteur d’Éducation européenne pour marquer son admiration : Gary est le modèle de Malka des lions dans Le Chat du rabbin. La façon d’écrire de l’écrivain gaulliste qui a la nonchalance détachée d’une vieille ganache qui parodie Malraux par sens du ridicule et qui se souvient que, né russe, il ne doit les honneurs de la France que pour services rendus, sa façon d’écrire est une suite de fulgurances sertie d’anecdotes, comme le dessin de Sfar en somme. Sfar sait que c’est précisément cet abandon au fil de l’écriture, cette façon permanente de se mettre à nu sans peur du ridicule, un peu comme son dessin semble resté dans le croquis par indifférence de la mise au net (la mise honnête...), qui fait le style, n’en déplaise aux colporteurs de quolibets.

On imagine qu’il n’a pas hésité une seule seconde quand il lui a été proposé d’illustrer La Promesse de l’aube de celui qui fut Prix Goncourt pour Les Racines du ciel (avant qu’il ne s’arroge un deuxième -fait unique dans l’histoire de la littérature- sous le pseudonyme d’Émile Ajar). Car il s’agit d’un des plus beaux portraits d’une mère aimante, une caricature de mère juive, qui rêve pour son fils une carrière de grand musicien, de danseur étoile, de général, d’ambassadeur de France... On sent bien, tout au fil du récit, comment cette mère a construit le grand écrivain, comment ce livre est "Le Livre de ma mère" que Gary écrit après celui, bien connu, d’Albert Cohen. Sfar le commente comme le petit garçon qu’il est et qu’il représente souvent, respectueusement, dans les marges talmudiques, ses dessins opérant comme le surlignage d’un Stabilo sur les passages mémorables. Un travail qui révèle Gary, mais aussi son commentateur.

La Promesse de l’aube de Romain Gary, illustré par Joann Sfar.
Ed. Gallimard

Sfar à l’encan

Alors qu’il était jusqu’ici quasi absent des salles de vente, Joann Sfar a décidé de faire confiance à Artcurial pour vendre une partie de son travail ce samedi 26 avril 2014. Encore une de ses multiples métamorphoses, une de ses façons de se confronter avec le public, de jauger sa notoriété.

On peut regarder ses dessins dans la salle d’exposition avant la vente, mais aussi sur Internet sur le site d’Artcurial, et de repartir avec l’un d’entre eux si vos moyens le permettent et si le cœur vous en dit. À défaut, on peut regarder à loisir cette nonchalance travaillée et le plaisir éveillé qui préside à chacun de ses dessins.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

De et avec Joann Sfar, commander
- La Promesse de l’aube écrit par Romain Gary chez Amazon ou à la FNAC
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En médaillon : Joann Sfar par Nicolas Guerin © Nicolas Guerin / La Cité de la BD et de l’Image

 
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20 Messages :
  • Quelques nouvelles de Joann Sfar...
    24 avril 2014 12:20, par bat or

    et aussi, "dessinateur radiophonique" : inédit.
    ("Vous voyez le tableau", sur France Inter).
    Réflexions dissidentes, passionnantes, des fois méchantes et brouillones.
    Dans la lignée des talmudistes,à sa façon.Son travail, son écriture sont proches de leur loghorrée et de leur logiciel de pensée.

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  • Encore quelques nouvelles de Joann Sfar...
    26 avril 2014 12:34, par Allan McBride

    Quand on lit le dernier Blake et Mortimer, on ne peut que se désoler que Sfar ne soit pas le scénariste de cette reprise ou d’autres. Il a tant de cordes à son arc qu’il aurait pu parfaitement rajouter celle-ci. Les pages qu’il avaient produites, naguère, avec Emile Bravo, étaient à mille lieues au-dessus des piètres reprises que l’on peut lire aujourd’hui. A quand son Spirou, d’ailleurs ? N’en était-il pas question ?

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  • C’est beau, la fidélité d’actuabd à ce grand génie de la BD, du cinéma, du roman, de la presse, de la radio (j’en oublie ?). D’autant plus que ça fait quelques années que Sfar n’intéresse plus grand monde.

    Votre article ne donne aucun chiffre de vente : à combien d’exemplaires se sont vendus "Tokyo", "Stars of the stars", son roman, son "journal de merde" ?

    Les seuls chiffres qu’on connait, ce sont ceux des entrées de ses films. Et ils ne sont vraiment pas brillants, malgré l’adoubement de la profession cinématographique qui lui a offert deux César.

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    • Répondu le 29 avril 2014 à  11:10 :

      Otez-moi d’un doute, vous intéressez-vous uniquement à un auteur parce qu’il vend ou fait un nombre important d’entrées en salle ?

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    • Répondu par Oncle Francois le 29 avril 2014 à  11:14 :

      Il est clair que les BD de Sfar se vendent de façon très moyenne, si l’on excepte Le chat du rabbin et les Donjon crées avec l’ami Trondheim. Résultats d’offices récents chez des libraires où je m’approvisionne : 10 à 30% de ventes, le reste retourne chez le diffuseur. Pour les films, si l’on compare le budget et le box-office, on peut voir que les films obtiennent des prix et récompenses, mais ne suscitent pas l’engouement du public. Les grands artistes sont parfois incompris, c’est connu...

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    • Répondu par Elena le 29 avril 2014 à  11:58 :

      Je pense qu’ils se sont très bien vendus, surtout Stars of stars. Sur une librairie en ligne bien connue, on peut voir le classement des ventes quand le livre sort et cette BD cartonnait par rapport à d’autres BD qui n’avaient bénéficiées d’aucunes pub (Moins Tokyo sans doute car cible plus restreinte mais toujours plus qu’une BD qui n’aura pas de visibilité).

      Ces BD/livres bénéficient d’une énorme couverture publicitaire, donc qu’ils soient mauvais ou bons, ils se vendront. Pour Sfar c’est une publicité qui ne coûte pas grand chose vu qu’il ne s’agit pas d’affiches ou pub télé mais de passage en presse et en télé, donc c’est tout bénèf’ pour les éditeurs.

      Ce phénomène est intéressant car cela permet de savoir quels sont les journaux qui ont des journalistes et qui font un vrai travail critique sur la langue, les enjeux et les sens artistiques, les faux semblants... et ceux qui recopient plus ou moins maladroitement le dossier de presse. C’est très instructif.

      Les éditeurs ont compris depuis longtemps déjà que les livres se vendent, qu’ils soient mauvais ou pas (cf les classemements littéraire).

      Moi j’ai pu comprendre comment reconnaitre un vrai journal et un vrai journaliste, merci.

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 29 avril 2014 à  15:04 :

        Cher ActuaBD, nous sommes flattés que votre confondante intelligence et votre science qui ne souffre d’aucune comparaison puisse s’abaisser à nous lire.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 29 avril 2014 à  15:08 :

      Mesurer la qualité d’un auteur à ses résultats de vente, voilà un critère étincelant. A cette aune, le Catalogue de la Redoute ou les Pages Jaunes valent mieux que n’importe quel ouvrage de Proust...

      Tout cela pour dénigrer sans argumenter le travail d’un auteur. brillant, courageux, anonyme et honnête avec ça.

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      • Répondu par Zombi le 29 avril 2014 à  23:09 :

        Si la BD est un art "industriel", comme on l’entend parfois dire, dans ce cas les critères quantitatif et de rentabilité, comme pour le cinéma, sont valables.

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        • Répondu par Blizzard le 30 avril 2014 à  09:42 :

          Gainsbourg est film est "rentable", au sens où il n’a pas fait perdre d’argent vu qu’il s’est vendu dans d’autres pays et ça change quoi ?

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      • Répondu par Blizzard le 30 avril 2014 à  09:18 :

        http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4803732

        Dans cette émission radio on entend Joann Sfar (a 10mn) :

        "On a pu voir dans les colonnes du figaro, des gens s’indigner de la mauvaise qualité de la littérature jeunesse française (après l’affaire Copé)... mais enfin c’est au lecteur de décider si c’est bien ou c’est pas bien...
        si il y a des livres mauvais, ils sont bien sanctionnés parce qu’ils ne se vendent pas ! on le sait bien nous que quand un livre est loupé il ne se vend pas"

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        • Répondu par Peuh le 6 mai 2014 à  13:52 :

          Quand un livre est loupé il ne se vend pas et quand il est réussit il se vend. Donc même Joann Sfar mesure la qualité d’un auteur à ses résultats de vente, voilà un critère étincelant.

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  • Encore quelques nouvelles de Joann Sfar...
    1er mai 2014 23:22, par wandrille

    Ho ben moi, ça m’a redonné envie de lire du Sfar, tiens.

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  • Encore quelques nouvelles de Joann Sfar...
    2 mai 2014 00:08, par Fred

    Eh bien moi je l’ai vu ce soir sur France5 dans la Grande Librairie faire son intéressant, et ça m’a définitivement fâché avec ce matuvu. Je suis maintenant sûr qu’il n’y a plus rien à attendre de cet auteur qui fût prometteur mais qui a galvaudé ses facilités par un manque de travail patent. Gros gâchis, dommage.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 5 mai 2014 à  11:37 :

      En ce qui me concerne, je l’ai trouvé plutôt bien dans cette émission et à la hauteur des autres invités présents (Michel Onfray, Ernest Pignon-Ernest, André Velter). Rares sont les auteurs de bande dessinée qui passent à la TV qui ont ce niveau d’intérêt. Ses dessins en contrepoint étaient bien vus et à propos. Son évocation de Romain Gary touchante et savante, que demander de plus ? Bref, je trouve que votre expression "matuvu" est totalement injuste. J’invite nos lecteurs à revoir l’émission en replay pour en juger par eux-mêmes.

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  • Il me semble qu’au départ, le sujet de la "polémique" n’était pas le fait de juger Sfar, ni pour son talent, ni à l’aune de ses chiffres de vente. Bien sûr que la qualité du travail d’un auteur n’a rien à voir avec la quantité de livres qu’il vend (contrairement d’ailleurs avec ce qu’a déclaré Sfar lui-même sur France Culture) ! Personne ne contestera cette évidence.

    Non, le sujet n’est pas Sfar : c’est actuabd ! C’est l’importance qu’actuabd donne à Sfar, en publiant très régulièrement à son sujet de très longs articles, très détaillés et très louangeux. Ce qui paraît disproportionné étant donnée l’importance réelle de Sfar dans la BD actuelle. En clair, on a l’impression de lire le travail d’un attaché de presse plus que celui d’un journaliste !

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 5 mai 2014 à  12:15 :

      Il me semble qu’au départ, le sujet de la "polémique" n’était pas le fait de juger Sfar, ni pour son talent, ni à l’aune de ses chiffres de vente.

      La polémique est vôtre. Et quand il s’agit de "juger Sfar", il semble que l’Inquisition n’est pas loin.

      Bien sûr que la qualité du travail d’un auteur n’a rien à voir avec la quantité de livres qu’il vend (contrairement d’ailleurs avec ce qu’a déclaré Sfar lui-même sur France Culture) ! Personne ne contestera cette évidence.

      On s’en tape de ce genre d’évidence. Tout auteur espère légitimement toucher un large public, vivre de son métier. Vous détournez les propos de Sfar : il n’a jamais dit que la qualité d’un auteur était indexée à la quantité de ses ventes. Écoutez mieux, avec moins de préjugés. Lisez l’article aussi, il est plus nuancé que ce que vous prétendez.

      Non, le sujet n’est pas Sfar : c’est actuabd ! C’est l’importance qu’actuabd donne à Sfar, en publiant très régulièrement à son sujet de très longs articles, très détaillés et très louangeux.

      C’est une affirmation infondée. Notre dernier article mentionnant Sfar était une brève le mois dernier à propos de Donjon, une série qu’il partage avec Trondheim et bien d’autres auteurs. Il n’est même pas présent dans le dernier opus de la série.

      Nous avons parlé de son roman, L’Éternel, en juin 2013, soit il y a presqu’un an. Le précédent encore, c’était en janvier 2013. Il s’intitulait "Quelques nouvelles de Joann Sfar" et comme cet article-ci, il faisait une revue des différents ouvrages de Sfar publiés dans les mois précédents. Trois articles en deux ans, pour une douzaine d’ouvrages publiés, vous appelez cela "l’importance donnée à Sfar" alors que nous publions près de 2500 articles dans l’année !

      En outre, si vous lisez ces articles -ce que vous ne faites manifestement pas, tout à la haine de Sfar qui vous occupe- nous sommes plutôt nuancés et nous n’éludons aucun des reproches qui sont faits habituellement à l’artiste. Et il les mérite bien souvent.

      Ce qui paraît disproportionné étant donnée l’importance réelle de Sfar dans la BD actuelle.

      Que vous le vouliez ou non, Sfar est un auteur important dans le paysage de la BD d’aujourd’hui. J’ai écrit naguère, en paraphrasant André Gide, que c’était "un contemporain capital". Il incarne véritablement une facette de l’évolution actuelle de la bande dessinée.

      La vraie question est : pourquoi nous en parlons si peu ? Par manque de temps plus que par manque d’intérêt, croyez-moi. Et puis parce qu’il y a tant d’ouvrages intéressants qui paraissent.

      En clair, on a l’impression de lire le travail d’un attaché de presse plus que celui d’un journaliste !

      Bien de nos lecteurs qui nous suivent régulièrement s’esclafferont à la lecture de votre niaiserie. Vos propos sont insultants pour notre travail. Vous savez ce qu’ils méritent. Le fait que vous ne supportiez pas que l’on puisse attribuer des qualités à un auteur que vous semblez détester montre votre degré d’immaturité. Je vous plains.

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      • Répondu le 6 mai 2014 à  09:27 :

        "Un auteur que vous semblez détester"... Ah ! Bon ? Relisez-moi calmement et objectivement : je n’ai à aucun moment donné mon opinion sur le travail de Sfar. Je ne le connais pas personnellement, et, pour dire la vérité, je me désintéresserais plutôt de sa personne et de son oeuvre. J’ai lu quelques-uns de ses bouquins : j’en ai beaucoup aimé certains ("La fille du professeur"...) et trouvé d’autres affligeants ("Tokyo"...). Nul doute qu’il a (a eu ?) du talent, mais comme je l’ai écrit, "ça fait quelques années que Sfar n’intéresse plus grand monde". C’est un fait, ce n’est pas un jugement de valeur. Prouvez que j’ai tort : donnez-nous les chiffres de ses derniers bouquins. On les attend toujours !

        Encore une fois, il ne s’agit pas de (je me cite) "juger Sfar, ni pour son talent, ni à l’aune de ses chiffres de vente" mais d’évaluer l’importance que vous lui donnez par rapport à l’intérêt qu’il suscite chez le public. Mais après tout, vous êtes maître de votre ligne éditoriale et avez le droit de mettre en avant les auteurs de votre choix, même si le public se désintéresse majoritairement des auteurs en question.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 6 mai 2014 à  11:59 :

          "Un auteur que vous semblez détester"... Ah ! Bon ? Relisez-moi calmement et objectivement : je n’ai à aucun moment donné mon opinion sur le travail de Sfar.

          C’est tout lu. Vous vous citez vous même : "ça fait quelques années que Sfar n’intéresse plus grand monde". J’utilise le mot "sembler", c’est donc une supposition.

          Encore une fois, il ne s’agit pas de (je me cite) "juger Sfar, ni pour son talent, ni à l’aune de ses chiffres de vente" mais d’évaluer l’importance que vous lui donnez par rapport à l’intérêt qu’il suscite chez le public.

          Il doit en avoir encore puisque plusieurs éditeurs s’emploient à le publier, à moins qu’ils soient des gestionnaires fous et suicidaires.

          Mais après tout, vous êtes maître de votre ligne éditoriale

          Oui, et je signe mes articles de mon nom. Je prends donc mes responsabilités.

          C’est un fait, ce n’est pas un jugement de valeur. Prouvez que j’ai tort : donnez-nous les chiffres de ses derniers bouquins. On les attend toujours !

          Je vous retourne la charge de la preuve : prouvez-moi que Sfar ne vend plus rien.

          Autant je comprends votre opinion sur son travail, parfaitement légitime, autant je trouve votre manière insidieuse de supposer que Sfar est représenté de manière disproportionnée sur ActuaBD est un procès d’intention qui méritait d’être signalé.

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    • Répondu par Elena le 6 mai 2014 à  15:37 :

      Quand vous dites "ça fait quelques années que Sfar n’intéresse plus grand monde", je crois que vous parlez principalement du public "BD" qui le suivait depuis longtemps. Mais il me semble que la stratégie de l’éditeur soit maintenant d’aller conquérir l’autre public, bien plus nombreux : ceux qui ne connaissait pas son travail. Quand on voit sur A.....N le décollage des ventes après un passage à La Grande Librairie, où il était déjà venu pour son roman, franchement je ne m’inquiète pas pour les ventes !

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