Entre deux Rives

6 octobre 2001 0 commentaire
  •      Cela ressemble à première vue à un western comme les autres. Il y a des cow-boys, les grandes plaines, des flingues qui tirent et le rail qui trace sa ligne toujours plus loin vers l'ouest. Mais ce n'est pas un western comme les autres. Ce Far West est vu par la lorgnette d'un mercenaire chinois, Chinaman. Dont les auteurs, TaDuc et Le Tendre dépoussièrent superbement les vieux clichés du western.

Entre une poignée de desperados qui entend bien lui faire payer au prix fort la mort de l’un des leurs et des chasseurs de primes qui rêveraient de l’échanger contre quelques billets verts, Chinaman éprouve à chaque instant combien la couleur de sa peau en fait un paria dans les plaines de l’Ouest. Qu’il sorte une prostituée des griffes de son souteneur ou qu’il réponde aux appels à l’aide d’une jeune femme en détresse, on ne lui offre jamais en retour que méfiance ou haine. Mais Chinaman n’a pas que la blancheur de son âme à opposer au racisme ambiant… Il a un arc, des flèches et du courage à revendre.

“Chinaman”, c’est l’histoire de Chen Long Anh, mercenaire chinois qui débarque à San Francisco dans les années 1850 à la suite de son maître Wu Feï, seigneur des triades chinoises. Il n’a rien d’un de ces malheureux coolies venus de Chine tenter leur chance dans le Nouveau Monde. Pourtant, comme eux, il se retrouvera lié irrémédiablement à ce pays où tout reste à construire. En tuant son maître, qui l’a trahi, il se coupe toute possibilité de retour. Désormais solitaire, il choisit par bravade de s’appeler désormais John Chinaman, surnom péjoratif dont les Blancs affublaient les Chinois, et part explorer ce continent en pleine expansion. Il découvrira ainsi les terribles conditions de vie auxquelles sont soumis ses compatriotes et, en intervenant régulièrement dans leurs conflits les opposant aux Blancs, il forgera sa légende.

Démarrée en septembre 1997 aux Humanoïdes Associés, cette série animée par Olivier TaDuc au dessin et Serge Le Tendre au scénario, s’est imposée, en quatre volumes, auprès des libraires et du public comme LA série western du moment. En cela, sa venue dans “Repérages” est un événement. Et, pour que la fête soit complète, Olivier TaDuc a dessiné de nouvelles couvertures pour les quatre titres du fonds, adaptées à la nouvelle maquette de la série.

(par Patrick Albray)

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Une brillante fusion entre le classicisme du western européen et l’efficacité du manga dans le rendu des scènes d’action. Car si le personnage central est un Asiatique, les influences le sont tout autant. Clairement marquées dès les couvertures. "Chinaman" marque le renouveau d’un genre qu’on croyait définitivement enterré tant les suites des dernières séries-phares tendaient à tourner en rond. Le Tendre et TaDuc, avec ce personnage déchiré entre la noblesse de ses origines et l’image misérable des Chinois par les Américains, lui donnent une nouvelle jeunesse. Des scénarios denses, rythmés, un dessin énergique, élégant et brillant... Une réussite !

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