Erik Arnoux, du dessin au scénario ...

23 décembre 2003 5 commentaires
  • Erik Arnoux fait partie des auteurs qui ont émergés grâce à la collection Vécu des éditions Glénat. Il a rapidement abandonné le dessin de la série {Timon des Blés} pour nous conter le destin tourmenté d'une jeune femme durant la révolution russe ({Sophaletta}). L'homme se consacre aujourd'hui uniquement au scénario, et il explore malicieusement différents genres : du polar (Celadon Run), à la science-fiction (Witness 4) en passant le merveilleux (La Dernière Fée du Pays d'Arvor). Sans oublier son audacieuse reprise des {Aigles Décapitées}...

Vous avez repris la destinée narrative des Aigles Décapitées. Lors d’une précédente rencontre vous m’aviez confié que vous arrêteriez bientôt votre collaboration à cette série...

Erik Arnoux, du dessin au scénario ...
Les Aigles Décapitées
(c) Arnoux
Pierret & Glénat.

Effectivement ! Je réaliserai encore le prochain album (l’escholier d’Engoulesme), mais elle commence malheureusement à être en bout de course. Aujourd’hui, la plupart des lecteurs souhaitent qu’une série soit clôturée après un nombre limité d’albums. Mis à part les grands classiques, comme Blueberry, la plupart des séries ont tendance à s’essouffler...

Les Aigles Décapitées ne correspondent plus à ce que le lecteur d’aujourd’hui attend. Le genre historique est malheureusement passé de mode... Les quatre premiers albums se sont vendus à plus de soixante mille exemplaires. Aujourdhui, la mise en place à la nouveauté tourne autour de 15000 exemplaires... on a laissé du monde en route.

Vous avez pourtant décidé de sortir des sentiers battus ...

En axant tout sur les deux enfants de Hugues de Crozenc, oui... Nous les retrouvons au seizième album durant leur enfance. Sigwald et Mahaut sont nés de deux mères différentes, mais se battent, à leur manière, pour récupérer le fief de leur père...

A la fin du quinzième album, Hugues de Crozenc gît agonisant au fond d’une crevasse. Comment a réagi le lectorat de la série face à la mort du héros ?

Il y a eu deux sortes de réaction. D’une part, certains aiment ce qui est convenu. Ils veulent retrouver la même ambiance dans la série, d’album en album. Michel Pierret les sert assez bien car son style graphique n’évolue guère au fil du temps, et est en quelque sorte sans grande surprise.

D’autres personnes aiment être remuées et surtout découvrir un autre univers, d’autres personnages...

C’est difficile de connaître l’opinion du public. Je rencontre certains lecteurs en dédicace, mais sont-ils représentatifs ? La plupart flattent l’auteur pour avoir un beau dessin, où tout du moins ne vont pas trop remettre en cause son travail. De toute manière, ce n’est pas à moi de juger si j’ai réussi ce pari...

Les Aigles Décapitées
Extrait du T18
(c) Arnoux, Pierret et Glénat.

Vous n’y avez pas été de main morte, quand même. C’est une des premières fois que le héros est tué dans une bande dessinée tout public...

Personne ne sait si le héros est vraiment mort ! Toute proportion gardée, je travaille dans l’esprit des écrivains feuilletonnistes du dix-neuvième siècle. Ils écrivaient quotidiennement des épisodes à rebondissement sans toujours se poser des questions sur la logique pure, mais plutôt pour augmenter le suspense !

Les Aigles est une série hybride... Plusieurs dessinateurs et scénaristes se sont succédé...

Oui. Les trois premiers albums ont été scénarisés par Patrice Pellerin et illustrés par Jean-Charles Kraehn. Ce dernier a signé seul les deux tomes suivants, puis a confié le dessin à Michel Pierret. J’essaie d’être le plus fidèle possible à l’ambiance de la série depuis le quatorzième album. Mais ce n’est finalement qu’un travail de commande car je ne l’ai pas créée. C’est assez agaçant de constater que cette série, qui est la moins personnelle de ma production, est celle qui se vend le mieux. C’est ambigu ! Et un peu ennuyeux pour mon ego (rires)

Vous travaillez aujourd’hui avec une co-scénariste...

Sophie Fougère est historienne, romancière, spécialisée dans le treizième siècle. Je l’ai rencontrée à Angoulême et nous avons rapidement commencé à travailler ensemble sur Mahaut. C’était un défi de collaborer avec elle à quatre mains et de parfaire sa formation. Nous avons rédigé le synopsis ensemble, puis travaillé de concert pour le découpage. Je corrigeais ses écrits, et petit à petit son travail devenait parfait. Elle est véritablement co-auteur du Châtiment du Banni (le tome 17) qu’elle a entièrement écrit et sur lequel je n’ai apporté que peu de correctifs. Sophie fait preuve de beaucoup de professionnalisme ; elle a fait des fiches sur tous les personnages de la série et a étudié de manière assidue la psychologie de chacun des personnages que, du coup, elle connaît sans doute mieux que Jean-Charles ou moi-même....

Qu’en est-il du prochain album ?

Je souhaitais le réaliser seul. Cela me tient à cœur car ce sera ma dernière histoire pour les Aigles. Sophie Fougère en a écrit le synopsis, et je me chargerai du découpage. Au vu de ses compétences, je souhaitais ardemment (et Jean-Charles aussi) qu’elle reprenne le flambeau après mon départ de la série. Mais il semble que Michel Pierret désire signer seul les Aigles Décapitées. Nous verrons bien...

Quand à Sophie, nous continuons à travailler ensemble. Nous avons deux projets en cours, dont un qui se passe en Chine en 1920. A cette époque ce pays était bercé par deux ambiances : la Chine communiste qui émergeait, et la Chine millénaire qui s’effritait. Je lui ai raconté le destin romanesque d’un jeune provinciale qui part dans ce pays incroyable. Nous avons finalisé le synopsis ensemble. deux pages ont été dessinées par un jeune graphiste français trouvé sur BDParadisio, et nous sommes sur le point de signer très prochainement ! La série devrait faire cinq albums...

Sophaletta
Extrait du T8
(c) Arnoux, Hé, Glénat

Vous avez abandonné la destinée graphique de Sophaletta... Aujourd’hui vous n’assumez plus que le story-board de certaines de vos séries. D’où vous est venu ce goût pour cette partie du travail graphique ?

Christian Rossi m’a appris cette technique narrative. Un vrai déclencheur... Nous nous connaissons depuis plus de ving-cinq ans. Jeunes auteurs, nous dessinions des histoires courtes pour la revue Plein Pot. Brice Goepfert et Bar2 y ont également travaillé à la même période (1977 à 1979). Rossi est un graphiste hors pair, qui n’hésite pas à se remettre en question sans cesse et à explorer de nouvelles voies. Certains le trouvent fatiguant et parfois pompeux (à tort) quand il est lancé à décortiquer votre travail. Ceux-ci ne doivent guère aimer les leçons. Mais c’est parfois cruellement justifié. Les critiques : il faut savoir les entendre. Mais cela ne me gêne pas car j’ai tant à apprendre. Il m’a donné un coup de main sur le quatrième album de Timon des Blés. Je traversais une période difficile car je croyais de moins en moins dans les personnages de Daniel Bardet. Je n’étais plus vraiment motivé par l’histoire, et pensais de plus en plus au scénario du premier Sophaletta.

Christian m’a énormément aidé en réalisant les rough et le story-board des quinze dernières planches. En voyant son travail, j’ai compris beaucoup de chose sur la mise en page et la compréhension de l’image. Eric Stalner aussi m’a également aidé de temps à autre et ma vision de la bande dessinée a fortement évolué grâce à eux deux...

Pourquoi réalisez-vous ce travail ?

Sophaletta
Extrait du T8
(c) Arnoux, Hé, Glénat

Tout simplement pour aider mes collaborateurs. Chrys Millien (Witness 4) par exemple n’a pas immédiatement une vision de la page optimale, mais a d’autres qualités : une excellente finition du dessin encré, un sens de l’image, et une profonde sensibilité dans la mise en couleurs. Je le laisserai sans doute aller en solo pour le troisième album de Witness 4.

Concernant Sophaletta, il était logique que j’assume cette partie du travail. J’avais dessiné les trois premiers albums de la série, et je sentais mieux l’univers. Aujourd’hui, Dominique Hé travaille avec un regard plus distant par rapport à mes croquis... mais c’est un vrai pro avec qui il est agréable de se confronter, malgré quelques heurts et joutes amicales sur la série, inhérents aux travaux artistiques en duo.

Pour le dernier album de Céladon Run (à paraître en Mars 2004), Alain Queireix s’est au début lui aussi librement inspiré de mes storyboards mais il a fait "ses classes" et prépare en solo désormais nos prochains travaux communs...
Jean-Marie Michaud (La Dernière Fée du Pays d’Arvor) et Michel Pierret se chargent eux-mêmes de cette partie du travail... sans m’en référer.

Witness 4
Couverture du T3
(c) Arnoux, Millien & Soleil

N’êtes-vous pas frustré de ne pas continuer à dessiner vous-même ?

Pas du tout ! Ce travail me permet de ne pas perdre la main. Et puis, ce n’est pas désagréable de travailler avec des gens doués. Chrys Millien commence à nourrir mon imaginaire en m’envoyant des croquis et des idées. C’est enthousiasmant !
Ma collaboration avec Dominique Hé est également très enrichissante... Mais je dois avouer que je ne suis pas toujours sur la même partition qu’eux : nous n’avons pas la même vision du dessin. Ce sont des mariages de raison qui nous ont unis, par le biais de l’éditeur. Chacun cherche à imposer sa vision narrative et c’est donc parfois difficile pour eux et pour moi-même. J’aimerais être, un jour, en symbiose totale avec un dessinateur. C’est le cas avec Jean-Charles Kraehn ou Eric Stalner qui sont des gens avec qui je partage beaucoup . Nous sommes sur la même longueur d’ondes...

Une nouvelle série d’Héroïc-Fantasy est annoncée chez Soleil, début 2005. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Sinueuse sera dessinée par Gontran Hoarau. Il a travaillé quelques années au Studio Disney de Montreuil. Malheureusement, celui-ci a fermé ses portes. Gontran a travaillé sur les dessins animés Hercule et Tarzan (entre autres) en compagnie de Guarnido (Blacksad) et Kéramidas (Luna). Notre collaboration débute et nous sommes en train de nous "apprendre" mutuellement . Ce n’est pas facile pour lui car il n’a jamais fait de bande dessinée. Il doit donc tout apprendre des codes et des techniques narratives propres à cet art. Mais c’est un cador du dessin et il est très pointilleux. Je suis certain qu’il trouvera très rapidement ses marques.

Sinueuse
Recherche préparatoire
(c) Arnoux, Hoarau, Soleil

Pourriez-vous dévoiler le thème du prochain Sophaletta ?

Sophaletta et ses amis prennent la route, pour tenter d’échapper aux bolcheviques. Il s’agira en quelque sorte d’un « road movie ». Je travaille d’une manière différente pour cette série. Je me laisse porter par le dessin de Dominique Hé et mes envies, tout en restant fidèle à un synopsis très souple et évolutif... Les personnages vivent en quelque sorte leurs propres vies...

Céladon Run
Extrait du T4 de Céladon Run
(c) Arnoux, Queirex & Glénat.

Et Celadon Run ?

La série a été massacrée pour différentes raisons. Klimos avait du mal à arriver au bout du premier album car il traversait une période difficile. Nous aurions dû arrêter notre collaboration à la moitié du premier album, mais il a fallu que l’on aille au bout.

Le deuxième a été dessiné par Frank Brichau, un dessinateur qui s’est investi du mieux qu’il pouvait. Mais ce n’était pas auteur au sens propre. Ce n’était pas l’homme d’une série, mais plutôt un très bon assistant de studio.

Ensuite, Alain Queireix est arrivé... J’ai écrit pour lui les tomes 3 et 4 de Celadon run. Je collabore avec lui avec beaucoup de plaisir. Alain est un dessinateur de talent, qui me fait confiance et avec qui je m’entends très bien. L’album (le 4) est terminé depuis juillet, mais la coloriste (Caroline Van den Abeele, redoutablement talentueuse ) est malheureusement assez lente. L’histoire trouvera sa conclusion dans le dernier album.

Nous ne laissons donc pas le lecteur sur sa fin. Nous allons très probablement commencer autre chose ensemble dans les prochains mois. Un projet ambitieux dont pour l’instant il n’y a pas grand chose à dire si ce n’est qu’il s’agira d’un thriller.

Céladon Run
Couverture du T4
(c) Arnoux, Queirex & Glénat.

(par Nicolas Anspach)

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5 Messages :
  • > Erik Arnoux, du dessin au scénario ...
    2 novembre 2005 11:08, par chaput dany

    Je viens juste de découvrir vos bd, je suis Creusoise, une question pourquoi un e ds les aigles décapitées ?

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    • Répondu par Nicolas Anspach le 2 novembre 2005 à  16:58 :

      Tout simplement parce que l’on utilise le mot aigle au féminin lorsque l’on parle d’une figure héraldique !

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  • > Erik Arnoux, du dessin au scénario ...
    12 octobre 2006 09:24, par modo

    où peut-on trouver vos BD les ailes décapitéées à Paris ?

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    • Répondu par Erik A. le 12 octobre 2006 à  13:21 :

      étonnante question. Cette série qui est la moins personnelle et la moins représentative de mon travail puisque reprise au tome 14 est facilement trouvable dans les magasins de BD.

      Même le Carrefour près de chez moi en a en rayon, c’est dire.

      Voir en ligne : http://erikarnoux.blogspot.com

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    • Répondu par Erik A. le 12 octobre 2006 à  13:23 :

      Sinon, pour répondre à la question, Boulevard des Bulles bd St Germain, par exemple...

      Mais il y en a plein d’autres.

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