Erlangen, Japan Expo et San Diego annulés : une année dramatique pour l’événementiel

  • À la longue liste des annulations qui s’accumulent depuis le début de l’année, il faut ajouter celles à venir : Erlangen, l’« Angoulême allemand », en juin ; Japan Expo, la plus importante manifestation de manga en Europe, en juillet ; la Comic Con de San Diego, le plus important rendez-vous américain, en juillet. Autant de rendez-vous avec les éditeurs et les agents étrangers qui freineront les échanges internationaux mais qui surtout, affecteront fortement certains labels de petite ou de moyenne taille qui comptaient sur ces rendez-vous avec le public pour rentabiliser la plupart des titres de leur catalogue.

Connaissez-vous le Salon d’Erlangen, le « Angoulême allemand » ? C’est une biennale qui attire à chaque fois 30 000 visiteurs et dont la 19e édition devait avoir lieu du 11 au 14 juin prochains. Mais hélas, «  le plus grand et le plus important événement consacré à la littérature graphique et de la bande dessinée dans l’espace germanophone » n’aura pas lieu en raison de la crise sanitaire.

Déjà entravés par le confinement, les organisateurs du salon, employés par la mairie d’Erlangen (une ville universitaire proche de Nuremberg), se sont vu signifier l’interdiction d’organiser de grands rassemblements en Allemagne « jusqu’au mois d’octobre. » L’événement est donc « abgesagt »… Le Prix « Max und Moritz » remis à Erlangen, l’équivalent des Fauves d’Angoulême, sera remis encore cette année dans des conditions qui ne sont pas encore fixées. Donnerwetter !

Erlangen, Japan Expo et San Diego annulés : une année dramatique pour l'événementiel
Erlangen, le principal slon de BD allemand...
Photo DR Comic-Salon Erlangen

Japan Expo annulé

Idem pour Japan Expo. Le 3e salon de France, réunissant traditionnellement plus de 250 000 visiteurs en quatre jours, qui annonçait le 10 mars encore « des artistes prestigieux, noms incontournables de l’animation, du jeu vidéo et du manga… », n’aura pas lieu non plus.

Japan Expo Sud (du 28 février au 1er mars 2020) avait pu se dérouler in extremis. Mais pour juillet, l’événement a dû faire hara-kiri dès l’annonce du Premier Ministre : « Nous avons le cœur gros et nous travaillons avec les différents intervenants du festival pour préparer la suite » communiquent-ils.

Ce salon vendant ses tickets très en amont de la manifestation va être amené à rembourser les tickets vendus. Idem pour les stands retenus par les marchands. Sauf que cette situation inattendue prend l’organisation de court : « Nous reviendrons vers vous très rapidement avec plus d’informations, disent-ils aux fans réduits à visiter leur seule chambre. Nous comprenons et nous partageons votre frustration. Mais si vous voulez nous aider, attendez un peu avant de nous solliciter, afin de nous laisser le temps de mettre en place les modalités de résolution de cette situation inédite.  » Pas simple, en effet.

Japan Expo : 21e impact reporté !

Comic Con de San Diego : le Covid-19 gâche ses 50 ans

Aux États-Unis, même histoire. Paraphrasant Spider-Man, David Glanzer, le porte-parole de la Comic Con de San Diego, déclare : « Extraordinary times require extraordinary measures » (« Des temps extraordinaires requièrent des mesures d’exception. ») Pour la première fois, au bout de 50 ans d’histoire, annonce leur communiqué, la San Diego Comic Convention (SDCC), qui effectivement s’apprêtait à fêter dignement son jubilé, annule l’événement et « donne rendez-vous à la San Diego Convention Center du 22 au 25 juillet 2021. »

La manifestation devrait par la même occasion le « Musée de la Comic Con » dont la rénovation, dans le bâtiment fédéral de Balboa Park, devait s’achever en 2021. Les organisateurs tenteront de faire coïncider les deux événements. Blood and Guts  !

La Comic Con devait fêter ses 50 ans cette année. Bloody Hell !

Cette cascade d’annulations est dramatique pour le milieu de l’événementiel car ces structures dédiées à la BD, aux comics et aux mangas sont souvent indépendantes de grands groupes d’organisation de salons, comme Reed, l’organisateur de Livre-Paris. Ce sont surtout des lieux où les petits éditeurs indépendants, voire des auteurs, faisaient une part conséquente de leur chiffre d’affaire annuel par le truchement des ventes directes au public mais aussi par les "commissions", ces dédicaces payantes, la rencontre avec les libraires, les auteurs, les éditeurs ou les ayants droits de licences.

C’est un chiffre d’affaire perdu, irrémédiablement, et la situation mettra du temps à redevenir normale car, même si les conditions sanitaires s’améliorent, la suspicion à l’encontre des grands rassemblements restera et l’on perdra une peu l’esprit de la fête. Pour un temps seulement, on l’espère.

Il est probable que, pendant un moment, les "mesures-barrières" vont rendre ce genre d’événements compliqués.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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