Ernesto-Par Marion Duclos-Casterman

19 septembre 2017 0
  • Un vétéran de la guerre d'Espagne, après un nouveau souci de santé, se met en tête de retourner enfin au pays. Marion Duclos ravive la mémoire des Républicains Espagnols dans un récit à l'amertume adoucie, tout en dialogues.

A force de passer de son petit salon aux lits d’hôpitaux, Ernesto est envahi par la nostalgie. Celle de l’Espagne quittée en 1939 après la défaite des Républicains contre les fascistes de Franco. Même la tendresse de sa famille ne suffit pas à l’égayer. Et pas plus à se confier sur certains souvenirs douloureux de la guerre. D’où sa décision, libéré d’une énième perfusion, de tenter le grand voyage au-delà des Pyrénées. Mais son vieux copain Tomas n’a pas l’intention de le laisser seul, tandis que sa fille s’inquiète.

Marion Duclos évoque cette mémoire de réfugié par la bande. Les balises historiques encadrent l’album (superbe introduction de Geneviève Dreyfus-Armand) et le corps du récit s’attache à ce vieil espagnol qui a si peu parlé de ses souffrances autour de lui. Les personnages sont particulièrement cohérents (les générations d’institutrices...) et le trait blutch-ien privilégie les postures et les joutes verbales. Cette belle énergie nous emmène dans un road-trip à la fois émouvant et presque vain, mais tellement universel. Combien de contemporains d’Ernesto ont rêvé de ce retour ? Et combien ont pu raconter leur guerre ? Soucieuse de véracité, l’auteure intègre en milieu d’album des éléments clés de la mémoire républicaine, comme ces séjours révoltants en camp de concentration, dans le sud de la France, avec des soldats sénégalais assumant le sale boulot du gouvernement de Daladier.

Depuis plusieurs années, les BD évoquant la chute de la République espagnole abondent. Ernesto prend sa place avec un mélange de pudeur et de sérieux, et si les auteurs français se saisissent du thème presque plus que leurs voisins du Sud, c’est bien parce que cette mémoire réside en bonne partie dans l’hexagone, première destination de ces militaires à la mémoire volée.

Ernesto-Par Marion Duclos-Casterman
© Casterman 2017

(par David TAUGIS)

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