Erroc : « Malgré le succès des ‘Profs’ nous tenons à rester fidèle au magazine Mickey »

20 octobre 2008 1 commentaire
  • Scénariste humoristique discret, {{Erroc}} est l’un des deux auteurs des {Profs}, la série phare des éditions Bamboo. Ayant fait ses premières armes chez {Pif} et {Mickey}, il s’essaie aujourd’hui au scénario réaliste avec {Le Dessinateur}. Rencontre…

Erroc : « Malgré le succès des ‘Profs' nous tenons à rester fidèle au magazine Mickey »Votre série Les Profs est devenue l’une des valeurs sûres du monde de l’édition. Pourtant, vous restez discret. On ne vous connaît pas beaucoup...

J’ai travaillé de nombreuses années pour différents journaux, en scénarisant ou en dessinant des personnages qui n’étaient pas forcément les miens. J’ai animé Hercule avec Yannick dans Pif et j’ai scénarisé plusieurs histoires pour Mickey. Ce travail n’était pas frustrant, mais plutôt contraignant. Il fallait respecter l’univers de ces séries, sans la chambouler. Mais heureusement que les personnages étaient riches. Ce fut donc une expérience intéressante, qui m’a permis d’apprendre à construire des histoires. Les contraintes se devaient d’êtres détournées ! Et j’arrivai à écrire des histoires intéressantes sur base de sujets qui ne l’étaient parfois pas.

Olivier Sulpice, l’éditeur de Bamboo, est venu vous chercher Pica et vous ?

Oui. Nous avions créé Les Profs dans le journal de Mickey. À l’époque Olivier Sulpice venait de créer sa structure d’édition et n’avait publié qu’une poignée d’albums. Il nous harcelait pour l’on signe chez lui. À vrai dire, nous avons hésité car sa maison d’édition était, à l’époque, mal diffusée. Mais son enthousiasme nous a convaincu ! Avec le recul, je me dis que nous étions un peu fous d’avoir accepté de publier Les Profs chez lui … Mais le succès de cette série nous a démontré qu’il faut parfois suivre ses envies plutôt que sa raison !

Et la rencontre avec Pica, alias Pierre Tranchand ?

Elle date de la fin des années ’80, alors qu’il réalisait Smith & Wesson avec Corteggiani dans Pif ! Nous avons du nous rencontrer à un évènement organisé par l’éditeur. Nous avons sympathisé. Quelques années après, il m’a téléphoné car il recherchait du travail. Il avait lu mes histoires dans Mickey. Nous avons monté deux projets ensemble qui n’ont rien donné. Mais cela nous a appris à nous connaître. Il avait beaucoup d’expérience et beaucoup de séries derrière lui…

Extrait des "Profs" T11
(c) Pica, Erroc & Bamboo

Ses précédentes séries n’avaient pas marché ou n’avaient eu qu’un succès d’estime.

Oui. Il en était conscient ! Des gens qui appréciaient son travail commençaient à lui tourner le dos. Il a traversé une période vraiment difficile et il avait envie de rebondir. Lors d’une conversation, il a avancé l’idée d’une série sur les Profs. Tout en étant réticent car, selon lui, il aurait fallu avoir exercé cette profession pour l’écrire. Pour ma part, je pensais que ce n’était pas indispensable. Mes enfants commençaient à être scolarisés et je pouvais avoir un regard extérieur sur ce sujet. Notre collaboration avec Pica a été formidable dès le début. Nous sommes sur la même longueur d’onde.

La très grande régularité de publication des albums a été l’une des clés du succès. Vous aviez de nombreux gags en stock, déjà dessinés pour le Journal de Mickey.

Effectivement. Nous tenons, encore aujourd’hui, à continuer à être présent dans ce support. L’équipe du Journal de Mickey nous a fait confiance dès le début, et il est hors de question de les laisser tomber. Et puis, cela nous oblige à être réguliers. Comme la série marche bien, nous avons moins de contraintes financières. Nous pourrions donc nous reposer sur nos lauriers. On ne le veut pas. Grâce à cette impulsion, les choses me viennent plus naturellement et j’évite ainsi de me poser trop de question sur cette série.

Vous êtes également le dessinateur de Raoul et Fernand !

Oui. Heureusement que ce n’est pas grâce à cette série que je vis (Rires). D’ailleurs, elle s’arrête.

Est-ce que cela vous manque de ne plus dessiner ?

Je dessine toujours mes scénarios sous la forme d’un story-board. C’est l’un des aspects dans le dessin que j’apprécie le plus. Cette rapidité d’exécution est proche du dessin de presse. Aujourd’hui, je me sens un peu trop flemmard et limité pour illustrer des histoires de manière classique. Je n’ai plus envie de dessiner les décors, les voitures et autres éléments urbains. C’est très astreignant. Pour moi, un vrai dessinateur, c’est quelqu’un qui reste à sa table pendant douze heures. Un homme qui est heureux toute sa journée de travail. Or, je vivais l’enfer en dessinant ! Si je reprends le crayon un jour, ce sera pour dessiner des strips.

Story-board d’Erroc pour "Les Profs"
(c) Erroc, Pica & Bamboo

Vous avez publié l’année dernière « Les Profs refont l’histoire » avec Pica.

Un jour, en rigolant, j’ai demandé à Pierre s’il n’en avait pas marre de dessiner des chaises, des tables et des portes qui s’ouvrent. Je lui ai proposé de lui écrire une histoire qui se déroulerait durant la préhistoire. Elle a été publiée dans Mickey. De fil en aiguille, nous en avons fait une deuxième, une troisième et cela a donné un album. Nous allons probablement réaliser un western ensemble. Toujours, sur la thématique des Profs. Cet album n’est pas prioritaire. Nous voulions fonctionner à l’envie et non à l’obligation.

Comment se déroule votre collaboration avec Pica ?

Il intervient très peu dans les gags. Mais nous discutons énormément ensemble. Il est important que nous soyons tous les deux sur la même longueur d’onde quant au développement de la série. Nous n’avons pas envie d’en changer le ton. Nous avons l’impression que nous maîtrisons mieux les personnages…

Vous avez repris le scénario des Musicos pour Michel Janvier…

Repris, c’est un bien grand mot ! Disons que je lui envoie de temps en temps des scénarios. Les enfants de Michel Janvier avaient fondé un groupe de rock qui s’appelait Rob, Wed & Co. Il s’est servi de ce nom et du parcours de ses enfants pour créer une série humoristique sur la musique. Lors d’un festival de la BD d’Angoulême, ses enfants jouaient sur une scène. Michel m’a demandé si je voulais participer à l’écriture de sa série. Nous sommes quatre ou cinq auteurs à lui fournir des gags selon nos disponibilités. Cette série a changé de nom, et s’appelle aujourd’hui Les Musicos. Michel est heureux d’avoir différents scénaristes. Il a ainsi des histoires d’une tonalité différente. Nous allons probablement revisiter l’histoire du rock avec le regard de notre trio de bras cassés.

Vous avez également créé « Plan De Carrière » avec Yannick.
Nos enfants n’arrêtaient pas de se poser des questions sur leur futur métier. Je me suis rendu compte qu’ils avaient l’imagination féconde et parfois loufoque. Pour eux, un archéologue ressemble à Indiana Jones, et une hôtesse de l’air à Natacha. Pourquoi ne pas se servir de ce côté fantasque et cette vision décalée dans une série humoristiques ?

Pour la première fois, vous signez une série réaliste, le Dessinateur avec François Dimberton.

Il s’agit d’un polar très noir. François avait déjà travaillé sur des séries réalistes aux éditions Glénat. Nous sommes voisins et, en discutant ensemble, nous avons partagé des quelques idées pour une histoire. L’histoire du dessinateur est sordide, mais nous avons eu beaucoup de plaisir à l’écrire.

(par Nicolas Anspach)

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