Esmera - Par Zep & Vince - Glénat

6 décembre 2015 0 commentaire
  • Le papa de Titeuf s'associe à Vince, l'un des deux dessinateurs des "Chronokids", pour livrer un bouleversant conte érotique. Un voyage en quête de sens et de plaisir dans une société de plus en plus codifiée.

À la fin des années 1960, Esmera grandit à l’école pour filles du Sacro Cuore en Italie. C’est dans cet environnement austère que la jeune fille voit ses premiers désirs charnels naître en elle. Partageant ses sentiments avec son amie Rachele, Esmera vit ses premières expériences avec des garçons. Mais dans l’Italie des années 1960, l’éducation sexuelle est balbutiante et le plaisir de la femme, optionnel. Les premières aventures d’Esmera sont souvent décevantes, mais riches en enseignements.

Quand enfin elle parvient à maîtriser son plaisir, elle découvre que son corps possède un pouvoir unique et exceptionnel : elle change de sexe avec chaque orgasme ! En se retrouvant en alternance dans la peau d’une femme ou d’un homme, Esmera aura la possibilité d’explorer relations amoureuses et jouissances d’un double point de vue : masculin et féminin.

Esmera - Par Zep & Vince - Glénat

Depuis quelques années, Zep propose des livres de plus en plus adultes (What a wonderful world, Une histoire d’hommes, Happy Sex, etc.), mais cela reste une surprise de le voir s’aventurer dans le registre de la bande dessinée érotique. Surtout avec l’un de ses complices des Chronokids, une série résolument orientée pour la jeunesse.

Le tirage de luxe à 999 exemplaires, numéroté et signé, contient des bonus graphiques inédits.

« Vince accompagne depuis des années chacun de ses mails d’un petit dessin, souvent érotique et toujours magnifique, explique Zep. Mon agent, Jean-Claude Camano, m’a suggéré de lui écrire un scénario dans ce registre. J’ai gardé ça dans un coin de ma tête jusqu’à ce que vienne l’idée de récit. Je l’ai écrit et story-boardé d’un trait, puis le lui ai envoyé. Il a dit oui ! Esmera : c’est un fantasme d’auteur : se glisser dans la vie de personnages que l’on n’est pas. J’ai eu envie d’être une femme dans un récit érotique... puis de faire de cette femme un homme et ainsi de suite. Le sexe nous rapproche, hommes et femmes, mais plus souvent nous divise. Esmera est obligée de se rassembler homme et femme autour du plaisir puisque son identité est double. »

L’aspect du changement de sexe a bien entendu déjà été largement utilisé dans de précédentes séries, mais il souffle pourtant un vent de fraîcheur et de découverte dans ce conte où la pornographie n’est jamais gratuite. Les expériences de la jeune Esmera sont d’ailleurs celles de chaque homme et femme. Derrière l’aspect du fantastique, Zep aborde la découverte des sens, qui s’accompagne également du puritanisme de certaines sociétés, des convenances et des réactions parfois étranges qui peuvent se produire lorsqu’on se met à nu.

Cette découverte du plaisir se conjugue d’ailleurs à tous les genres. Avec des mots simples qui dégage une certaine authenticité, Zep parle donc de la jouissance, masculine et féminine, des différences entre les élans juvéniles et matures, des plaisirs coupables ou interdits, de la volonté d’être en couple et du désir de briser ce qui a été patiemment construit pour quelques instants de plaisir éphémère. Le voyage ne se réduit d’ailleurs pas à celui des sens, car Zep & Vince propose un réel périple au cœur des années 1960 entre Rome, Paris et Ibiza. De quoi comprendre les différences de cultures, et que ces années de liberté n’étaient pas toujours aussi idéales qu’on tend à les décrire.


Esmera se distingue également par le graphisme de Vince, qui se marie merveilleusement avec le dessin de Zep. Il parvient à trouver le juste milieu entre le réalisme et le fantastique, afin de proposer un récit qui alterne en permanence entre les scènes quotidiennes, et des séquences parfois assez crues. L’ensemble reste néanmoins extrêmement homogène, privilégiant la finesse et la découverte.

« Ma technique est très classique, explique le dessinateur. Les pages sont crayonnées et encrées sur du papier, sur lequel je passe aussi des valeurs de gris (au feutre ou à l’encre). Puis elles sont ensuite scannées, et je rajoute une couche de lavis, scannée elle aussi, que je travaille pour amener des lumières et des ombres, ainsi qu’une légère couleur ivoire qui ramène une certaine douceur dans le dessin. »

Dans son final, Esmera propose une réflexion sur les années 2010, un beau pied-de-nez en forme de morale au puritanisme qui semble regagner du terrain. De quoi finir avec brio un album équilibré et surprenant, de bout en bout. Une merveilleuse réussite, tout simplement !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire les premières pages de l’album (Réservé à un public averti)

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