Est-ce qu’on pourrait parler d’autre chose ? - Par Roz Chast - Éd. Gallimard

30 janvier 2016 0 commentaire
  • Avec ce journal de bord dessiné — traduit en français par Alice Marchand et publié par les éditions Gallimard — qui figure dans la sélection officielle de la 43e FIBD d’Angoulême, il faudra compter avec Madame Roz Chast !

Peu connue du public français et pour cause, Est-ce qu’on pourrait parler d’autre chose ? est son premier livre publié en France, Roz Chast (mais quelle douce musique — rose chaste — pour des oreilles francophones !) illustre pourtant The New Yorker depuis… 1978 ! Très active par ailleurs, son œuvre comprend de nombreux autres titres qu’elle a dessinés ou illustrés.
Récompensée en 2013 par le prix du dessin humouristique dans la catégorie « magazine » par la National Cartoonists Society, en 2014 par le prix Kirkus et par le National Book Critics Awards dans la catégorie « autobiographie » pour Est-ce qu’on pourrait parler d’autre chose ? (Can’t We Talk About Something More pleasant ? Bloomsbury Publishing, 2014, pour l’édition princeps américaine), et en 2015 du prix Reuben pour ses illustrations parues dans The New Yorker, nous avons affaire ici à une dure à cuire assez… portemine, à une routarde confirmée. J’écris et assume mon « routarde confirmée » plutôt que « vieux briscard », car je dois vous avouer qu’avec la règle de la féminisation des titres, je suis un peu perplexe et beaucoup perdu ! Devrais-je écrire « vieille briscarde » ? Ouh la la ! Après la polémique sur l’absence d’auteures (vous avez lu, les filles ? J’ai bien mis deux « e » ! ) dans la sélection officielle initiale de la 43e FIBD, mieux vaut ne pas trop passer pour un goujat ou pire : un sale phallocrate !

Est-ce qu'on pourrait parler d'autre chose ? - Par Roz Chast - Éd. Gallimard
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Est-ce qu’on pourrait parler d’autre chose ? - Par Roz Chast - Éd. Gallimard

Camarde, Ô camarade !

« Mes parents s’appelaient Elizabeth et George. Ils se connaissaient depuis toujours. Ils se sont mariés le 25 juin 1938. je suis née le 26 novembre 1954. Mon père est mort le 17 octobre 2007. Ma mère est morte le 30 septembre 2009. »
Roz Chast a tenu le journal de la fin de vie de ses parents. Au gré de ses émotions, et Dieu seul sait que dans pareilles circonstances on est soumis à des sentiments multiples, contraires : espoir et désespoir pour pôles, elle a illustré ses propres textes de façon introspective, intime, sur sa perception de la lente et inexorable décrépitude de ses parents. Le pas plus lourd et les gestes qui deviennent plus lents, la crasse qui s’infiltre dans les moindres interstices de l’appartement de son enfance, l’accumulation d’objets obsolètes cent fois cassés et mille fois réparés ou rapiécés jusqu’au pathétique, la perte progressive d’autonomie, l’incontinence sous les deux espèces, la dépendance qui inverse les rôles : le parent devient l’enfant, la mémoire qui défaille puis la démence, océan de douleurs pour les proches, et l’issue finale, fatale, inexorable... Rien ne nous est épargné.

Elle a incorporé des séquences de mini bandes dessinées, incrusté les pages de son carnet de d’illustrations ou de photographies personnelles dont les sujets étaient ses parents avec ou sans elle enfant, leur intérieur et ses objets, les meubles… Des esquisses pertinentes par leur finesse narrative réalisées lors des tous derniers instants de sa mère, assoupie, endormie, dans le coma, puis morte ne peuvent que nous renvoyer à des souvenirs personnels et raviver de vieilles douleurs que l’on croyait enterrées qui avec sa vieille mère, qui avec son vieux père…

La Vie et la Mort sont les deux seuls états successifs que l’Homme connaîtra, du moins dans son existence terrestre, toute transcendance mis à part. Nous avons tendance à idéaliser et à jouir de la première parce que la seconde nous semble sinistre — certes — mais surtout funeste ! Roz Chast, par ce témoignage original dont le rire apparaît toujours en filigrane, nous aide petit à petit à apprivoiser la Camarde, car après tout, s’il est important de réussir sa vie, pourquoi rater sa mort ?

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Est-ce qu’on pourrait parler d’autre chose ? - Par Roz Chast - Éd. Gallimard

Voir en ligne : Le site de Roz Chast

(par Charles HAM)

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