Évènement majeur aux USA, la Comic Con de San Diego fête ses 40 ans

24 juillet 2009 1
  • Si le Festival d’Angoulême en est à sa 37ème édition, la Comic Con fête cette année ses quarantièmes rugissants, avec une pléiade d’invités et surtout un bilan qui force le respect.

Tout commence en 1970, avec une petite convention d’un seul jour située dans un hôtel Down Town à San Diego. Parmi les invités, l’éditeur Forrest J. Ackerman, le dessinateur Mike Royer (surtout connu comme encreur de Jack Kirby). Les organisateurs tentent d’y récolter des fonds pour une convention plus ambitieuse encore qui se situerait la même année, au même endroit en août, avec comme invités cette fois rien moins que Jack Kirby, le « king » des comics et les écrivains de science-fiction Ray Bradbury et A.E. Van Vogt. En un clin d’œil, la somme est trouvée et la légende commença.

Si la Comic Con (pour « comic convention », la convention nationale des comics) est aujourd’hui un évènement majeur aux USA, il le doit sans doute au fait de sa proximité avec Hollywood (Los Angeles est à moins de deux heures de voiture), mais aussi avec l’univers du comic book dont la plupart des créateurs sont venus habiter sur la Côte Ouest, au soleil, alors que les éditeurs Marvel et DC restaient sur la Côte Est, dans l’austère New York, blottis près de Wall Street.

Successful !

Évènement majeur aux USA, la Comic Con de San Diego fête ses 40 ans
La Comic Con de San Diego bénéficie d’un magnifique équipement, face à l’océan
Photo : Comic Con. DR

Cette année, pour la deuxième fois consécutive, la Convention a fait Sold Out, les tickets d’entrée étant vendus à l’avance. L’Internet permet ce miracle (hier "Comic-Con" était premier des "Trending Topics" sur Twitter ), qui donne bien la mesure de la popularité de la manifestation. La raison vient de ce que ce Festival a su construire, année après année, sa légende, avec passion, mais aussi et surtout avec professionnalisme. Nous avons par exemple assisté plus d’une fois à des conventions de libraires auxquels les éditeurs venaient exposer leur programme de l’année, mais aussi des institutions et des entreprises de service qui leur proposaient des séminaires de formation portant aussi bien sur des logiciels de gestion de stock que sur l’organisation de la boutique.

Les majors d’Hollywood viennent souvent y présenter leurs films en avant-première, ce qui fait de la Convention un rendez-vous des célébrités du moment, avec ce glamour bon enfant empreint de racolage qui caractérise les « shows » américains. Mais les professionnels du cinéma sont aussi là pour y chercher des idées. On a vu souvent Verhoeven ou Tarantino se promener dans les allées et s’arrêter sur un comic book qui leur tirait l’œil. D’énormes blockbusters, comme les Ninja Turtles ou les Men In Black, comic books aux ventes modestes, ont trouvé un destin magnifique dans leur exploitation à l’écran.

Eisner Awards

Il y a parfois à San Diego un côté pathétique, voire sordide, comme ces vieilles stars déchues de la télévision tenant leur stand, boudinées dans leur costume, pour vendre leurs photos dédicacées à cinq dollars ; le côté mercantile est permanent : les dédicaces à San Diego sont le plus souvent payantes, contrairement aux usages européens. Mais au moins, les choses sont claires : les auteurs ne travaillent pas « pour rien ».

Cela dit, rien n’est plus magique que de se tenir à côté des grands noms de la BD américaine contemporaine. Qu’ils étaient bénis ceux qui ont pu échanger quelques mots avec l’adorable Will Eisner, les mythiques Jack Kirby ou Wally Wood et qui peuvent encore le faire avec Stan Lee, Jo Kubert, ou cette année avec Sergio Aragonès, Ray Bradbury, Kevin Eastman, Denis Kitchen, Jim Lee, Jerry Robinson, Bill Sienckenwicz… Même Lewis Trondheim est de la fête !

Le moment-clé est évidemment la remise des Will Eisner Industry Awards le vendredi soir à la soirée de gala qui a lieu dans la salle indigo du Hilton et qui sera animée cette année encore par Bill Morisson (Bongo Comics). À l’époque où Will Eisner était encore parmi nous, le prix qui porte son nom lui faisait un triomphe. On allait chercher un trône où il allait s’asseoir de façon emphatique sur le ton de la franche rigolade.

Emmanuel Guibert : quatre nominations

La Guerre d’Alan (L’Association) est favori cette année avec quatre nominations
First Second Publishing

Cette année, Emmanuel Guibert porte les espoirs français pour La Guerre d’Alan (Alan’s War, publié chez First Second) avec pas moins de quatre nominations dans les catégories : bande dessinée documentaire, meilleur album, meilleur scénariste et meilleure bande dessinée étrangère. Il est l’auteur de BD le plus nominé cette année toutes catégories confondues, ce qui en fait un favori.

Cyril Pedrosa remporte deux nominations avec Trois ombres (Three Shadows, également chez First Second) dans les catégories meilleur scénariste et meilleur album.

Les abonnés Christophe Blain et Joann Sfar ont chacun une nomination dans la catégorie meilleur album étranger, le premier pour Gus (Gus and His Gang, encore chez First Second), le second pour le deuxième volume du Chat du Rabbin (The Rabbi’s Cat, chez Pantheon).

Enfin, le Suisse Frederik Peeters est nommé pour ses Pilules bleues (Blue Pills : A Positive Love Story, chez Hoghton Mifflin) également nommé dans la catégorie bande dessinée documentaire.

Verdict, ce soir.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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1 Message :
  • Personnellement, je trouve vraiment dommage que la manifestation soit sold out avant meme son ouverture !

    Ce systeme de prevente online est totalement injuste pour les visiteurs qui ne seraient pas soit professionnels, soit habitants San Diego ou les big cities avoisinantes, et principalement penalisants pour les etrangers.

    Beaucoup risque d’ailleurs de se faire prendre au piege...

    Esperons qu’Angouleme ne s’en inspirera jamais !

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