Expo « Internalités » : dans le subconscient de Stanley Wany

7 octobre 2019 0 commentaire
  • Auteur BD et cofondateur des Éditions Trip, Stanley Wany présente « Internalités » à la Librairie et galerie d’art Bouquinart d’Aylmer, en Outaouais (Québec). Une exposition envoûtante qui nous plonge dans l’univers onirique de son créateur.

Stanley Wany a d’abord œuvré dans le milieu du génie électrique avant de tout plaquer – incluant une situation professionnelle avantageuse – pour étudier en arts et en bande dessinée à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), à Gatineau. C’est lors de ses études, en 2006, qu’il fait la rencontre l’auteur Marc Tessier, avec qui il coédite le magazine Trip. Puis, en 2010, le duo lance les Éditions Trip, une structure consacrée à la bande dessinée alternative et aux ouvrages expérimentaux. Wany y a également fait paraître une trilogie : Agalma (2015), Dreamcave (2016) et Séquences (2017).

Expo « Internalités » : dans le subconscient de Stanley Wany
Photo : Marianne St-Jacques.
Stanley Wany
Photo : courtoisie de l’artiste.

Or, dans le cadre de l’exposition « Internalités », l’artiste a choisi de s’éloigner du Neuvième art pour se rapprocher davantage de l’illustration : « J’ai édité et fait de la bande dessinée pendant une dizaine d’années. Dernièrement, je me suis mis à faire de l’illustration. Mon travail de bande dessinée a tout le temps été plus près des arts visuels que de la BD, dans la manière d’aborder le récit. Je me suis dit que ce serait un pas de plus de faire une expo, d’exposer mon travail dans un contexte différent de celui de la bande dessinée. Parce que la manière avec laquelle j’aborde la planche, avec laquelle je construis ma bande dessinée, n’est pas vraiment linéaire. »

Photo : Marianne St-Jacques.
Photo : Marianne St-Jacques.
Photo : Marianne St-Jacques.

C’est d’ailleurs cette démarche qui ressort des œuvres exposées : illustrations libres, portraits superposés et décors multiples, parfois étalés sous forme de « spreads » et parfois présentés à l’aide de planches échappant à la logique habituelle de la narration séquentielle. Des œuvres grand format pour la plupart, réalisées à l’aquarelle ou à l’encore de Chine, au fusain et à l’acrylique. Presque toutes sont exclusivement en noir et blanc, permettant ainsi à l’artiste de créer un maximum de contrastes, et favorisant du même coup le recours à la hachure.

Photo : Marianne St-Jacques.
Photo : Marianne St-Jacques.
Photo : Marianne St-Jacques.
Photo : Marianne St-Jacques.

Or, si cette approche formelle s’avère intéressante – certaines de ces œuvres sont d’une beauté saisissante –, ce sont davantage les sujets illustrés qui retiennent notre attention. Avec ses personnages intrigants, ses paysages fantaisistes et ses ambiances étranges, c’est bel et bien dans son subconscient que Wany nous convie : « Je parle du fait que je fais de l’insomnie, et que je dessine surtout entre 2 h et 4 h du matin, dans un état de semi-conscience si on veut. Quand on dessine dans un état comme celui-là, souvent les barrières tombent. Je fais beaucoup d’impro, je dessine d’après des trucs que j’ai rêvés. Je vais dessiner un peu n’importe quoi. Et après, j’essaie d’en tirer du sens. Mon travail s’inspire beaucoup de Carl Jung, et aussi beaucoup de la mythologie. » En partant de son for intérieur (d’où le titre de l’exposition, « Internalités »), et en s’abandonnant au dessin automatique, l’artiste se livre ainsi d’une manière « moins contrôlée » qu’il juge plus « honnête » pour le spectateur.

Photo : Marianne St-Jacques.
Photo : Marianne St-Jacques.
Photo : Marianne St-Jacques.
Photo : Marianne St-Jacques.

Aussi, lorsqu’on lui demande de quelle mythologie il s’inspire, celui-ci répond : « De toutes les mythologies. Joseph Campbell parlait du fait que la mythologie est la même partout. Ce sont toutes les mêmes histoires qui sont racontées partout. Le héros est tout le temps pareil, c’est juste qu’il est habillé différemment, selon la culture. Comme j’ai moi-même un background très diversifié, j’ai des parents qui viennent d’un peu partout dans le monde, je crois que cela se retrouve dans mon art. »

Hypnotiques, transcendantes, et proprement surréalistes – du moins dans leur affinité pour le rêve –, les œuvres de Wany conservent, de l’avis de l’artiste lui-même, une forte charge symboliste. Celui-ci encourage d’ailleurs le spectateur à interpréter son travail à l’aide d’un regard subjectif : « Un symbole est neutre. Personne ne s’est approprié un symbole pour dire : ‘Ce symbole est européen ou africain ou sud-américain.’ Le symbole est neutre. Ce sont les gens qui mettent quelque chose dans le symbole. C’est ce qui m’intéresse lorsque je travaille de cette façon, c’est-à-dire que les gens peuvent regarder ces illustrations ou ces livres et y apporter quelque chose. Le symbole va leur parler d’une façon différente qu’à moi ou à vous. » C’est donc dans cet esprit d’ouverture que tous sont invités à entrer dans l’univers de Stanley Wany ; un univers fascinant qui risque de ne laisser personne indifférent.

L’exposition est à l’affiche jusqu’au 10 novembre 2019.

Présentées au début de l’exposition, ces œuvres sont les seules à contenir de la couleur. De l’avis de l’artiste, celles-ci ont également été réalisées de manière plus consciente que les autres œuvres contenues dans l’exposition.
Photo : Marianne St-Jacques.
Photo : Marianne St-Jacques.
Photo : Marianne St-Jacques.
Hommage de Stanley Wany à Corto Maltese.
Photo : Marianne St-Jacques.

(par Marianne St-Jacques)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

« Internalités » par Stanley Wany, exposition présentée à la Librairie et galerie d’art Bouquinart, du 14 septembre au 10 novembre 2019, à Gatineau (110, rue Principale, secteur Aylmer), Québec. Visiter le site web officiel de Stanley Wany ou la page Facebook de la Librairie Bouquinart.

Visiter le site web officiel des Éditions Trip.

  Un commentaire ?