Fabrice Tarrin : « Un blog est une sorte de petit théâtre, on est applaudi ou incompris en direct. »

18 avril 2008 0 commentaire
  • Avec {Le Journal intime d'un lémurien}, Fabrice Tarrin livre son intimité et celle de ses proches à ses lecteurs. Il nous offre de belles et drôles tranches de vie, par le trou de sa serrure.

Pourquoi avoir choisi un Lémurien pour vous représenter ?

À l’origine j’avais écrit un scénario pour la blogo-dessinatrice Laurel (et compagne de l’époque), avec un Lémurien (amoureux d’elle) comme personnage principal. Quand elle a voulu me mettre en scène sur son blog, c’est donc tout naturellement qu’elle m’a associé à cet animal. Après je ne pouvais plus revenir en arrière, les lecteurs n’auraient plus rien compris. Alors pour me venger, je lui ai dessiné un bébé qu’elle s’est fait tatouer sur la hanche. On était marqués tous les deux à vie par nos personnages. C’est ça, l’amour.

Fabrice Tarrin : « Un blog est une sorte de petit théâtre, on est applaudi ou incompris en direct. »

En quoi la représentation des personnages en animaux est-il une aide ?

Ça permet d’être beaucoup plus expressif. Et puis comme je raconte des choses intimes, ça met aussi de la distance, ça me permet d’aller plus loin... Dans l’intérêt du récit, toujours !

Que vous apporte le fait de se dévoiler ainsi ?

« Pour être aimé », dixit Trondheim. J’essaie de ne penser qu’à la qualité des gags et de l’histoire, moins aux conséquences. Rien n’est gratuit, ce n’est pas de l’exhibitionnisme, c’est du témoignage. Sinon (l’excellent) directeur de collection n’aurait pas été séduit par le projet.

Comment réagissent les différents protagonistes à la publication du livre ?

Lolita super bien, forcément : elle m’a dragué sur mon blog avec le souhait de devenir ma muse et d’être représentée en renarde.
Par contre, Cyril n’avait rien demandé. Quand j’ai commencé à le mettre en scène, je n’imaginais pas qu’il l’apprendrait un jour. Mais une fois confondu, ça l’a bien amusé, donc j’ai continué... Puis il a commencé à apprécier un jour sur deux, selon son humeur. Aujourd’hui c’est un peu plus compliqué. Comme il ne reconnait pas sa maladie, il a un peu de mal avec certaines interviews qui parlent de sa schizophrénie... Mais je reste persuadé que ce n’est pas lui rendre service que de faire comme si de rien n’était. Je l’aime beaucoup et je souhaite qu’il accepte un jour d’être suivi par un médecin.
Mais ce qui est sûr, c’est que je n’ai mis en scène dans ce livre que des personnages que j’aimais bien. Je suis moqueur de moi-même et de mes proches, mais jamais méchant. Mes autres amis "croqués" sont aussi très fiers.

Tout est vrai ? Rien n’est romancé ?

Oui. Je synthétise sans jamais déformer la réalité.

Pourquoi avoir démarré un blog ?

Pour faire plaisir à Laurel, puis pour faire plaisir aux 15.000 lecteurs quotidiens dont j’avais hérités, et qui provenaient à 99% de son blog. J’avais une scène, un public, il fallait bien que je dise quelque chose, je ne pouvais pas les laisser plantés là comme des cons sans essayer de les faire rire. Bon d’accord, ils n’avaient pas payé leur place, mais ils avaient cliqué, je ne voulais pas les décevoir.

Le Journal intime d’un lémurien
Delcourt (Shampooing)

Quelle différence faites-vous entre la publication des dessins sur votre blog et dans un livre ? Le principe du blog influe-t-il sur votre narration ?

Le blog m’a simplement servi d’espace de prépublication. Je n’ai toujours eu comme finalité que le livre. Un blog est une sorte de petit théâtre, on est applaudi ou incompris en direct. Si mon gag ne génère que très peu de "lol" ou de "mdr", c’est que j’ai été médiocre.

Le tome 2 du Lémurien portera sur votre enfance. Pourquoi avoir
changé d’orientation ?

Pour se renouveler et continuer à raconter des choses incroyables. Mon enfance n’était pas banale, y’a du matos. La normalité me déprime, d’ailleurs, je ne m’entoure que de fous. Pure conscience professionnelle.

(par Laurent Boileau)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Le blog de Fabrice Tarrin : ici

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Photo © N. Anspach
Illustrations © Delcourt/Tarrin

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