Facteur pour femmes - Par Didier Quella-Guyot et Sébastien Morice - Editions Bamboo

6 novembre 2015 0 commentaire
  • 1914, alors qu'éclate le premier conflit mondial, la vie d'une petite île bretonne se retrouve particulièrement bouleversée. La petite communauté est vidée de tous ses hommes valides.

Seul reste un jeune handicapé, affecté d’un pied bot. Ne pouvant être mobilisé à cause de son infirmité, le jeune homme est amené à parcourir toute l’île comme facteur ; une occasion pour lui, de se donner un rôle social et surtout de lier contact (et davantage !) avec les femmes de l’île... Sans rival face à toutes celles auxquelles la guerre a pris les maris, les amants Maël n’hésite pas à profiter de la situation.

Révélateur de toutes les frustrations et toutes les envies, notre homme va non seulement remplacer les hommes partis au front mais aussi pénétrer l’intimité des familles en lisant à leur insu le courrier. Le jeune homme vigoureux et un brin cynique cherche à tirer le plus grand profit de ces secrets.

Facteur pour femmes - Par Didier Quella-Guyot et Sébastien Morice - Editions Bamboo

Cette chronique débute comme un conte amusant et polisson pour prendre un tour bien moins sympathique, mettant à nu la vraie personnalité des principaux protagonistes de cette histoire. Le facteur passe du statut d’ingénu un peu simplet à celui de misérable manipulateur ; tandis que de leur côté, des femmes de marins s’affirment à la fois intrigantes et libérées. L’épilogue du récit insiste encore davantage sur les aspects ambivalents de ces personnages transformant cette farce grivoise en une chronique bien plus sombre, plus proche du polar que de la romance coquine.

Avec ce one-shot, les auteurs recyclent des thèmes déjà abordés sous d’autres cieux : portraits de « petites gens » plongés dans la grande Histoire, choix d’une vision exotique ou décalée de la guerre de 1914 et psychologie fouillée des personnages... Après le très remarqué Papeete 1914, édité naguère chez E. Proust, les mêmes auteurs récidivent avec un changement de décor et d’héroïnes.

Aux ambiances ensoleillées peuplées de belles vahinés succède la rudesse d’une petite île bretonne et l’âpreté des sentiments. Ces femmes de marins s’affirment comme désireuses de prendre leur destin en main, en dépit des préjugés et les convenances qui ont encore cours dans les coins les plus reculés de cette Bretagne du début de XXe siècle. Le personnage principal, sorte d’anti-héros échappe vite aux clichés du bon bougre naïf et balourd tel qu’il apparaît au début du récit.

Prenant appui sur un arrière-plan historique précis, le scénario nous propose un éclairage particulier sur l’origine d’une conscience féministe plutôt iconoclaste . On sait à quel point de nombreux usages et conceptions de la vie ont évolué suite au premier conflit mondial aussi bien à cause de la disparition d’une grande partie de la population masculine que de l’engagement des femmes dans l’effort de guerre, on en sait beaucoup moins sur leur répercutions sur le quotidien. À travers cette fiction, Didier Quella-Guyot nous offre une vision inattendue et singulière des conséquences de la Grande Guerre, loin des lignes de front.

Le graphisme souple et élégant de Sébastien Morice rend ce récit fluide et séduisant, malgré parfois, une abondance de récitatifs un poil bavards, peut-être pas toujours indispensables, le dessin contenant une belle part d’expressivité.
Cet album à la réalisation particulièrement soignée sert avec efficacité une chronique attrayante au point de vue original sur une période abondamment traitée ces derniers temps.

(par Patrice Gentilhomme)

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© Illustrations Quella-Guyot & Morice – Editions Bamboo 2015

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