Faire semblant, c’est mentir par Dominique Goblet – l’Association

22 janvier 2008 0 commentaire
  • Un dessin enfantin pour un thème universel : les relations humaines, ce qu’on veut voir ou ignorer. Une autobiographie forte et émouvante, originale et aboutie : un grand cru peut-être récompensé cette semaine à Angoulême ?

Soutenu par Jean-Christophe Menu, il a fallu douze ans à Dominique Goblet pour retracer certains moments forts de son enfance et de sa vie d’adulte. Outre l’auteure, les personnages principaux sont son père, porté sur la boisson, qui n’arrive pas à nouer les relations qu’il souhaiterait avec sa fille, et son petit ami qui ne parvient pas à oublier sa dernière relation. Au cœur de ce tableau, certes classique, Dominique Goblet donne un angle de lecture dense et intéressant : on ne peut pas mentir aux autres, ou ignorer ce qu’ils vivent, pour leur bien. Même en faisant semblant de ne rien voir, de ne pas entendre, on se ment autant à soi-même qu’à son entourage. Les relations humaines, qu’elles soient amicales, amoureuses ou filiales, sont alors suffisamment biaisées pour les rendre bancales, caduques.

Faire semblant, c'est mentir par Dominique Goblet – l'Association

Difficile d’aborder un sujet si délicat quand on relate sa propre vie. L’auteur prend alors le parti d’un dessin très simple, parfois enfantin et sans perspective. Il permet de rajouter des nuances innovantes qui ne pourraient être supportées par un dessin plus classique, voire réaliste. Ainsi, la présence d’un fantôme retrace le cours des pensées de son petit ami : tout en étant avec une personne, il pense constamment à une autre, mais il fait semblant pour continuer à vivre en omettant d’en parler. Ce fantôme prend tellement de place qu’il les poussera à la rupture. De même, les visages sont transfigurés, les visions sont interprétées par les sentiments de l’auteure. Enfin, l’épisode du grenier nous fait oublier que c’est une adulte qui dessine, et les croquis, parfois brouillons, font ressortir toute la tragédie de la scène contée.

Que ce soit comme parent, ou tout simplement comme enfant, Faire semblant, c’est mentir soulève d’intéressantes et bouleversantes questions sur le rapport à nos proches, et sur la façon dont nous construisons ces relations. La proximité qui existe entre ces personnes intimes ne peut être qu’uniquement physique, et l’on peut avoir beaucoup de mal à communiquer, même avec quelqu’un qu’on connaît depuis longtemps. Le temps ne guérit pas toutes les blessures, mais l’écriture y parvient-elle ? À la veille de la grande messe de la bande dessinée, il faudra compter sur la subjectivité du jury vous espérer que ce livre parvienne à toucher le grand public malgré son prix d’achat !

(par Charles-Louis Detournay)

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Toutes les illustrations sont © Dominique Goblet/l’Association

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