Fanny Rodwell, personnalité BD de l’année 2011

31 décembre 2011 16 commentaires
  • S'il est un personnage qui a marqué l'année 2011, c'est clairement Tintin! Depuis plus de 80 ans, le reporter à la houppe continue de fasciner, et ceci 28 ans après la disparition de son créateur en 1983. Cette longévité, nous la devons avant tout à sa légataire universelle, héritière de son œuvre : Fanny Rodwell.

À la mort de son époux, elle aurait pu prendre avant l’heure une retraite dorée, cultiver de loin sa mémoire en profitant gentiment de ses dividendes, les pieds en éventail sous les cocotiers, laissant à Casterman le soin de gérer ses droits...

Elle a au contraire défendu bec et ongles les mânes du créateur de Tintin, contre les aigrefins de tout poil, parfois même bien intentionnés, et non sans y perdre quelques plumes parfois. Car si l’œuvre d’Hergé, son apport à la culture universelle, est notre bien commun, elle a néanmoins jusqu’à 70 ans après la mort de l’artiste un propriétaire : Fanny.

Nous nous sommes posés la question : est-ce bien à elle que revient le mérite pour l’année 2011, ou n’est-ce pas plutôt à Steven Spielberg, voire à son vétilleux époux choisi en seconde noces et qui passe pour le Deus ex Machina d’une entreprise à faire du business, Nick Rodwell ?

Spielberg a pour lui d’avoir cherché, avec constance et fidélité, à adapter Tintin depuis ce jour de 1983 où il eut au téléphone son créateur. Hergé lui accorda sa confiance dans son dernier souffle. Le film qu’il a réalisé en association avec Peter Jackson, cette autre signature prestigieuse d’Hollywood, ouvre le marché anglo-saxon à Tintin et une grande partie de la planète où il était encore inconnu. Grâce à Spielberg, le héros de nos enfances est devenu une valeur universelle. C’est déjà un record au Box-Office et, pour la plupart, les amateurs de Tintin ne sont pas sentis trahis.

Mais si ce film est un bon film, il n’a pas pour autant acquis jusqu’à présent le titre de chef d’œuvre et passera probablement dans la filmographie du créateur d’E.T. comme une sorte d’Indiana Jones pour teenagers. Peut-être les nouvelles adaptations de Jackson et consorts vont faire mentir cette impression. Mais c’est celle qui nous reste à ce jour.

Fanny Rodwell, personnalité BD de l'année 2011
Fanny & Nick Rodwell. Ils ont fait de Tintin une valeur universelle.

Nick Rodwell est certainement l’artisan principal de ce Worldwide comeback. Son talent d’entrepreneur a su s’accorder avec les armées d’avocats qu’Hollywood lui a adressés, aplanir les incompréhensions, éviter les pièges... Il a su unifier la gestion des droits de Tintin, rachetant les de Tintin Licensing, rognant les ailes de Casterman en créant le label Moulinsart en 1999, multipliant les projets éditoriaux sous la houlette de Didier Platteau, contrôlant la distribution jusqu’à chaque point de vente, tirant la gamme du personnage vers le haut pour mieux pouvoir la décliner le moment venu. Il a été le maître d’œuvre de cette stratégie qui s’articule autour du Musée Hergé (ouvert en 2009) et des films de Spielberg et qu’il a mis 20 ans à construire, avec courage (il en fallait pour écarter Claude Berri, Patrice Leconte, Jean-Pierre Jeunet, Jaco Van Dormael... du projet) et ténacité : " Dans la vie, j’ai beaucoup d’ennemis, mais peu de doutes" nous avait-il lâché dans un entretien qu’il nous accordait en 2007, même si ses détracteurs n’ont jamais ménagé leurs peine pour le diaboliser plus que de raison.

Ce sont précisément ses "gaffes", comme ses attaques maladroites à l’encontre de certains journalistes sur son blog ou son sens de la provocation qui nous ont convaincus que la seule récipiendaire légitime de la personnalité BD de l’année ne pouvait être que Fanny Rodwell.

Parce qu’elle n’était pas obligée de défendre avec autant de talent l’héritage que lui a confié Hergé. Elle n’avait pas épousé Tintin, après tout. On a bien d’autres exemples de successions qui ont enfoncent peu à peu un patrimoine dans la médiocrité et l’oubli. Parce qu’enfin, depuis près de trente ans, elle a su tenir le créateur bruxellois en haut de l’affiche avec l’aide, et parfois en dépit, de son entourage.

Rares sont ceux qui peuvent afficher un tel accessit : un musée prestigieux consacré à l’œuvre du maître bruxellois, financé sur sa propre cassette (plus de 20 millions d’euros quand même), des dizaines d’expositions réalisées dans les lieux les plus prestigieux du monde, des dizaines d’ouvrages de qualité sur l’œuvre d’Hergé dont une monumentale bibliographie et une sorte de catalogue raisonné réalisé par Philippe Goddin et, last but not least, ces films produits et réalisés par les plus fameux tycoons d’Hollywood. Et ceci, dans le strict respect de la volonté d’Hergé de ne pas voir Tintin vivre de nouvelles aventures après sa mort. Elle a traversé toutes ces épreuves, les polémiques, les calomnies, les coups du sort avec une dignité et une élégance sans pareille...

Pour toutes ces raisons, elle mérite que la rédaction d’ActuaBD lui consacre la distinction de "Personnalité de l’année 2011", succédant à Jean Van Hamme qui avait été sans conteste celle de l’année 2010..

Fanny Rodwell en 2009

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
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16 Messages :
  • Fanny Rodwell, personnalité BD de l’année 2011
    31 décembre 2011 03:03, par Jonathan F

    qu’il a mis 20 ans à construire, avec courage (il en fallait pour écarter Claude Berri, Patrice Leconte, Jean-Pierre Jeunet, Jaco Van Dormael... du projet)

    J’y vois plus de la stupidité que du courage, nous ne verrons jamais les films que ces grands artistes pouvaient faire, Leconte,Jeunet et Jaco Van Dormael sont brillants et le peu qu’on connait de leurs projets montre l’étendu du gâchis.

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  • le dessinateur de presse Ali Ferzat mérite beaucoup plus ce titre ronflant. Madame Rodwell est élue par qui, par quoi, un sondage le démontre ?! je ne crois pas que Fanny Rodwell mérite ce titre juste à cause d’un film d’animation en motion-capture qui fera l’effet d’une trilogie seulement.
    Soutenons Ali Ferzat , la Syrie ... plutôt que la dame qui "dirige" et "gère" l’héritage de Hergé.

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  • Fanny Rodwell, personnalité BD de l’année 2011
    31 décembre 2011 11:59, par Pacome

    Deus ex machina et non Deux ex machina

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  • Fanny Rodwell, personnalité BD de l’année 2011
    31 décembre 2011 12:29, par Jean-Michel Vernet

    Et bien moi je trouve que c’est une bonne idée d’honorer Fanny Rodwell, même s’il est aujourd’hui de bon ton de la brocarder en l’assimilant totalement à son Nick Rodwell d’époux.

    A son crédit, je garde en souvenir la superbe exposition sur Tintin et le Tibet présentée à l’Arche de la Défense en 1995 ; déjà Fanny y montrait une exigence et une volonté de promouvoir par le haut l’oeuvre d’Hergé après des années 70/80 assez affligeantes en terme d’image (repensons avec horreur à certaine campagne publicitaire pour une huile végétale !)

    Déjà aussi l’idée ambitieuse de bâtir un musée-écrin pour Tintin faisait son chemin , qui demanda près de 15 d’effort et de volonté pour arriver à son terme, ce qui n’est pas rien !

    Je terminerai en évoquant également la fermeté et l’opiniâtreté que montra Fanny pour faire interdire la diffusion de "Tintin au Tibet Chinois" dans ce merveilleux pays devant lequel se prosternent aujourd’hui tous nos dirigeants,à savoir la Chine ! Il lui fallut, on s’en doute, beaucoup de détermination et de courage, qui d’ailleurs lui valurent d’être distiguée par le Dalaï Lama en personne !

    Non, pour moi pas de doute, c’est une bonne idée d’honorer Fanny Hergé (pardon...Rodwell !) aujourd’hui !

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    • Répondu par Archibald H. le 31 décembre 2011 à  18:04 :

      Une bonne idée ? Bigre, la dithyrambe me semble excessive, je dirais même plus… Hormis sa détermination à ne pas laisser les aventures de Tintin se poursuivre sous d’autres crayons, ce qui était la ferme volonté de Hergé, on ne peut pas affirmer que l’élégante dame ait pris le destin de ce patrimoine à bras le corps. Les dérives absurdes et mégalomanes de Alain Baran d’abord, l’autoritarisme excessif et antipathique de Nick Rodwell ensuite, ont prouvé que ces deux-là n’en faisaient qu’à leur tête, profitant largement d’une délégation de pouvoirs fort à tout le moins candide.
      Tintin et le Tibet ? Certes un événement de qualité voulu par elle. Mais qui est dû surtout aux compétences fidèles de B. Peeters et de P. Sterckx, dont les noms ont été inscrits un peu plus tard sur une "Liste noire" de persona non grata chez Moulinsart… Pas très amical ça ! Promouvoir l’oeuvre par le haut ? Dans quel but ? Altruiste ? Où est la charte riche de bonnes intentions signée par Fanny lors de la création de feu la Fondation Hergé ? Allons, un peu de sérieux svp ! Si la gestion des droits dérivés, de l’édition, est on ne peut plus qualitative, il faut bien avouer que le mercantilisme est au pouvoir absolu. Le musée Hergé ? S’il est indiscutablement superbe, il est perdu dans une cité universitaire "catholique", en Wallonie, éloigné de Bruxelles cette ville cosmopolite dont l’universalité eut été bien plus appropriée comme réceptacle de l’oeuvre. Quant à sa rentabilité…
      Enfin, la sortie du film de Spielberg, que tout le monde couvre de louanges (!?), a donné lieu à une débauche de pubs plus laides les unes que les autres, en ce compris la promotion d’une chaîne de "malbouffe" alors même que les sicaires de Moulinsart s’en allaient intimider un restaurateur bruxellois dont le seul tort était d’être un passionné de Tintin… Et cet arbre-là cache une forêt !
      Fanny, personnalité de la BD 2011 ? Allons, il y avait bien d’autres candidats plus méritants, mille sabords !
      A.R.

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 1er janvier 2012 à  10:29 :

        Allons, il y avait bien d’autres candidats plus méritants, mille sabords !

        Nous attendons la liste, Archibald.

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        • Répondu par Quentin le 4 janvier 2012 à  13:34 :

          Il ne me serait jamais venu à l’esprit de nommer Fanny Rodwell personnalité BD de l’année. Par contre, j’aurais bien vu l’ancienne équipe de l’association, revenue à la barre de cette structure après un long bras de fer. Il leur en a fallu du courage et de la ténacité pour défendre une vision forte et originale de la BD, qui est tournée vers le présent et le futur, et non pas vers le passé. Pour les Rodwell, par contre, Tintin, c’est le passé. Sa place est maintenant au musée. En interdisant à un fan de s’approprier Tintin, ils tuent à petit feu le personnage puisqu’il ne peut plus vivre parmi nous. Le film de Spielberg ne constituera qu’un sursaut dans le long déclin des ventes des albums d’Herge.

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      • Répondu par Jean-Michel Vernet le 1er janvier 2012 à  15:03 :

        Quel amalgame !!!
        Je croyais que l’on parlait de Fanny Rodwell... et voici que déferlent mille et une critiques contre Alain Baran, Nick Rodwell, Steven Spielberg , Peter Jackson et Mac Donald confondus !!
        Par pitié, recentrons-nous donc un instant sur l’objet du débat !

        Force est de constater que nous sommes entièrement d’accord lorsque vous louez avec raison la fermeté de Fanny face aux tentations de reprise du personnage de Tintin (fermeté bien rare aujourd’hui où, du Marsupilami à Gastoon, en passant par Lucky Luke, Achille Talon, Cubitus ou bientôt Astérix, les "ressucées" les moins inspirées encombrent un marché de la BD exténué de médiocrité...), ou lorsque vous vous félicitez de la beauté du Musée Hergé (dont je vous rappelle que seule Louvain-la-neuve souhaita l’implantation à un moment où votre "universelle" Bruxelles dédaignait superbement le projet de la Fondation Hergé !) .

        Alors que reste-t-il donc pour nourrir votre catégorique refus ? L’éviction de Peeters et Sterckx ? Allons donc ! Elle ne les a empêchés, ni l’un ni l’autre, d’écrire encore récemment et à l’envi sur l’oeuvre d’Hergé !

        Je ne vois plus guère dans votre argumentaire que le manque de rentabilité que vous reprochez au Musée Hergé...et soudain je comprends mieux ! Mais c’est bien sûr, saperlipopette ! Comment peut-on, en 2012, récompenser une personnalité qui n’est pas -excusez l’horreur mot !- "rentable" ? Qui laisse le plus célèbre des héros de BD au chômage et ose préférer aux attraits mercantiles d’un projet de parc "Tintinland", les modestes séductions d’un simple musée ?!

        C’est en effet impardonnable, tout comme le choix d’ActuaBD et je me rends à vos arguments ! Il ne manquait pourtant pas de prétendants , repreneurs sans génie, éditeurs sans scrupules, démagogues sans inspiration et "faiseurs" de tous poils, pour mériter, Tonnerre de Brest, d’être la personnalité BD 2012 dont vous rêviez !

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        • Répondu le 1er janvier 2012 à  16:14 :

          face aux tentations de reprise du personnage de Tintin (fermeté bien rare aujourd’hui où, du Marsupilami à Gastoon, en passant par Lucky Luke, Achille Talon, Cubitus ou bientôt Astérix,

          Mais Hergé s’était opposé à la reprise de Tintin, pas les autres qui ont même parfois mis en place la reprise de leur vivant (comme Roba, Uderzo ou Tabary).

          Pas rentable Tintin ???? Vous me faites rire, vous n’avez aucune idée de l’économie que génère une telle franchise.

          les modestes séductions d’un simple musée

          Le musée Tintin n’a rien de modeste ni de simple, je ne pense pas que vous y soyez allé pour dire ça.

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          • Répondu par Jean-Michel Vernet le 2 janvier 2012 à  10:58 :

            Comprenons-nous...Modeste dans ses recettes si on le compare aux parcs Disney et Astérix dont les objectifs sont purement mercantiles !

            Ceci étant, pourquoi reprocherait-on à ce musée d’être beau et original, à l’instar de l’oeuvre d’Hergé ?

            Quant à la rentabilité proprement dite de ce musée, je ne suis pas dans le secret des dieux et ne faisais que répondre aux remarques d’ailleurs assez allusives ("Quant à sa rentabilité...") d’Archibald H sur ce point (voir sa réponse).

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            • Répondu le 2 janvier 2012 à  14:32 :

              Modeste dans ses recettes si on le compare aux parcs Disney et Astérix dont les objectifs sont purement mercantiles !

              Vous comparez des choses incomparables.

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    • Répondu le 1er janvier 2012 à  03:37 :

      c’est une bonne idée d’honorer Fanny Hergé (pardon...Rodwell !)

      Ca n’a jamais été Fanny Hergé, mais Fanny Remi.

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  • Fanny Rodwell, ha bon ?
    31 décembre 2011 12:45

    Rien créé. Rien dessiné. La "personnalité BD de l’année" le serait parce qu’elle a permis la réalisation d’un... film, dont vous même sous-entendez qu’il n’est pas terrible. Mais qui a fait du fric. Sinistre vision comptable du monde de la bande dessinée.

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  • Fanny Rodwell, personnalité BD de l’année 2011
    31 décembre 2011 15:41, par LC

    Choix étrange de votre part, sachant qu’elle n’a jamais géré elle-même l’héritage d’Hergé. Ce fut d’abord Alain Baran, le secrétaire personnel qu’Hergé considérait comme son fils qui s’en occupa avant que Nick Rodwell ne l’évince tout en gagnant le cœur de Fanny. Depuis c’est bien lui qui s’y colle, avec les excès que l’on connait.

    Considérer Fanny Rodwell comme personnalité BD de l’année est étrange et pour tout dire assez ridicule. A ce tarif, pourquoi pas nommer "personnalités BD de l’année" les enfants de Peyo pour le succès du film Les Schtroumpfs à New-York, c’est tout aussi (peu) pertinent.

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  • Alors l’évènement BD de l’année est un film ? Eh ben...

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