Fate/Zero T13 & T14 - Par Shinjirô & Gen Urobuchi - Ototo

  • Arrivée à terme, la Guerre du Saint Graal s’achève sans vainqueur. Ses survivants n’auront pas gagné grand-chose si ce n’est d’en apprendre plus sur eux-mêmes. Une fin douce-amère pour une préquelle ambitieuse, cruelle et sans concession qui aura été au bout du désenchantement de l’héroïsme.
Fate/Zero T13 & T14 - Par Shinjirô & Gen Urobuchi - Ototo

« Enfant je rêvais de devenir un héros de la justice mais j’ai fini par devenir adulte ». Ce sont sur ces mots que Kiritsugu, Master de Saber connu comme le Tueur de Mages, tire sa référence et conclut une série qui aura été marquée par l’échec des nobles idéaux.

Dans ces ultimes tomes, réunis pour l’acte final de la Guerre du Saint Graal, les trois derniers participants jouent le tout pour le tout à travers deux grands combats. Ces derniers constituent l’essentiel du treizième tome, suivi d’un quatorzième et dernier proposant le dénouement de cette guerre sanglante, complété d’un très long épilogue.

Si l’affrontement entre Saber et Berserker, respectivement le Roi Arthur et Lancelot du Lac, pourra laisser sur sa faim l’amateur de combat épique, ce duel se développant essentiellement sur les modes de l’émotion et du symbolisme, la confrontation entre Kiritsugu et Kotomine tient quant à elle toutes ses promesses de violence et de bravoure !

© Gen Urobuchi / TYPE-MOON / Shinjirô - Kadokawa Shoten

Deux beaux combats, aux styles différents mais tous deux aux enjeux forts : d’un côté la question du statut du roi et de l’autre celle de la justice, le tout tiraillé entre un idéal inatteignable aliénant et un rappel à une réalité très amère.

L’idée de désenchantement, dont nous avons suivi le développement à travers le parcours de nombreux personnages, atteint ici son apogée : Kiritsugu, vainqueur de la Guerre après bien des sacrifices et des pertes, fait enfin face à la légendaire coupe sacrée qui se révèle bien différente de ce qu’il avait espéré.

Entre la démonstration par l’absurde de sa vision erronée du monde et une ultime trahison, Kiritsugu finit écrasé par sa propre culpabilité. L’impitoyable mercenaire se mue en une figure brisée, ayant perdu sa combativité, et décide d’élever un jeune garçon, seul survivant de la catastrophe qu’il a provoquée.

© Gen Urobuchi / TYPE-MOON / Shinjirô - Kadokawa Shoten

Une fin véritablement douce-amère qui prend son temps car, rappelons-le, Fate/Zero est une préquelle à Fate/stay night. À ce titre, nous retrouvons ses futurs protagonistes, Shirou, Rin et Sakura, dans ce long épilogue qui pose les graines de leur future destinée.

Ainsi le connaisseur reconnaîtra la dernière discussion entre Shirou et Kiritsugu, dont il sera beaucoup question dans Fate/stay night, mais également le « faux » enseignement de magie, plus un bonus appréciable : le devenir du jeune Waver, survivant de la Guerre du Saint Graal, bien décidé à faire honneur à son roi mort sur le champ d’honneur.

Récit d’un échec, celui d’un garçon qui voulait devenir un héros mais dont le destin en fit un tueur, et qui espérait trouver un sens à sa vie en demandant au Saint-Graal de réaliser son rêve utopique, Fate/Zero n’aura pas ménagé ses personnages. Tués les uns après les autres, quittant le monde avec de nombreux regrets, les héros de légende en particulier ne furent souvent rien d’autre que des marionnettes au service de maîtres bien trop humains.

© Gen Urobuchi / TYPE-MOON / Shinjirô - Kadokawa Shoten

Finement écrit, dessiné avec énergie et rage, souvent imité depuis la création de la saga en 2004, Fate/Zero constitue indéniablement une référence du récit anti-héroïque, qui débute en quête pour s’achever en anti-quête, où les protagonistes ne gagnent rien et perdent beaucoup, dont leurs convictions et leurs espoirs, tout en préservant une pointe d’espoir final incarnée par la prochaine génération.

Une œuvre forte et sans concession, transcendant sa nature "otaku" par sa capacité à décrire avec puissance le désenchantement et la folie auxquels peut mener un idéal trop grand, où les sacrifices et le sens du devoir ne sont pas forcément récompensés.

Enfin, signalons qu’au mois de juillet prochain, Ototo débute la publication du manga Fate/stay night [Heaven’s Feel], qui propose la version canonique de l’œuvre (avec Sakura en héroïne) à l’ambiance noire et malsaine. La version précédemment publiée chez Pika était en effet un mélange des versions "Saber" et "Rin" au style très shônen. À suivre donc !

© Gen Urobuchi / TYPE-MOON / Shinjirô - Kadokawa Shoten

(par Guillaume Boutet)

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Fate/Zero T13 & T14. Par Shinjirô (dessin) & Gen Urobuchi (histoire originale). Traduction Nicolas Pujol. Ototo, collection "Seinen". Sortie le 9 février 2018 & le 18 mai 2018. 160 pages. 7,99 euros.

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