Festival d’Angoulême : Le médiateur donne "du temps au temps" et préconise de reconduire 9eArt+ pour la gestion du festival

13 juillet 2016 0 commentaire
  • "Surtout ne rien brusquer", telle semble être la devise de Jacques Renard, le médiateur que le Ministère de la culture a mis en place. Mais il avance ses pions qui vont dans le sens, à terme, d'une mise à l'écart de l'association du FIBD, et d'une reconduction du contrat avec 9eArt+.

Souvenez-vous : à la suite de l’absence de femmes dans la liste des prétendants aux Grands Prix du Festival d’Angoulême et surtout à l’affaire des "faux fauves" lors de la cérémonie des Prix 2016 du FIBD, deux "couacs" qui avaient fait scandale jusqu’à valoir des articles acides à l’égard du FIBD jusqu’à l’autre bout de la planète, on allait voir ce qu’on allait voir : les éditeurs de bande dessinée, grands comme petits, les auteurs, les féministes de la BD, soutenus par un certain nombre d’élus locaux considéraient que "trop c’est trop", qu’il fallait "réformer la gouvernance du FIBD", sous-entendu virer Franck Bondoux et 9eArt+, à défaut de quoi les éditeurs ne viendraient pas au prochain festival... Et joignant le geste à la rodomontade, ils allèrent tous en délégation au Ministère de la culture obtenant la nomination d’un médiateur, M. Jacques Renard.

Festival d'Angoulême : Le médiateur donne "du temps au temps" et préconise de reconduire 9eArt+ pour la gestion du festival
La cérémonie des "faux fauves" avait provoqué la colère...

Marigot

En réalité, cet accès de testostérone suite à l’humiliation du mois de janvier est bien retombé depuis. D’abord les éditeurs n’entendent pas faire l’impasse sur le Festival 2017. Le Grand Prix étant Hermann, un auteur qui fait d’autant plus l’unanimité qu’il est publié par trois des plus grands éditeurs de la place : Dupuis, Le Lombard et Glénat, des voix modératrices s’élèvent : "On ne va pas faire ça à ce pauvre Hermann..." Quant aux petits labels, ils font à Angoulême une grosse partie du chiffre de l’année. C’est aussi le grand moment interprofessionnel où l’on rencontre les auteurs et les principaux librairies spécialisés...

Par ailleurs, en technicien des rouages de la politique, Jacques Renard a bien compris dans quel marigot il était amené à faire trempette : une guerre des chefs au sein des élus en Charente où, à l’intérieur même des factions, que ce soit à gauche comme à droite, on se déteste cordialement, on dialogue à couteaux tirés et on nourrit des ambitions quelquefois pharaoniques ; une association-croupion, le FIBD, menée par le bout du nez par ses interlocuteurs, incompétente et impuissante mais accrochée à une gloire qui ne lui appartient déjà plus depuis longtemps ; et un prestataire, 9eArt+, qui a fait ses preuves de gestionnaire et qui, bien que très souvent méprisé voire détesté par ses interlocuteurs, arrive à obtenir d’eux ce qu’il veut, faisant notamment signer à l’Association du FIBD un document qui les engage au-delà des limites raisonnables si l’on tient compte du fait que 46% du budget est, selon 9eArt+, composé de fonds publics, pour un montant qui approche les 2 millions d’euros.

Angoulême : Une ambiance de western...

Pragmatisme

Aussi les préconisations du médiateur font-elle l’objet d’un pragmatisme à toute épreuve :

1/ En laissant "du temps au temps", en créant en septembre une "association de préfiguration" (un joli vocable que l’on pourrait traduire par : "comité Théodule") qui réunit les différents acteurs institutionnels et éditoriaux de la manifestation et à laquelle l’association du FIBD est "invitée" à participer.

2/ Ce comité devrait aboutir à une "convention d’objectifs et de moyens applicable à partir de l’édition 2018..."

3/ Reconduire 9eArt+ dans "un contrat pluriannuel renouvelable d’une durée conforme aux modalités habituelles d’intervention des pouvoirs publics."

À terme, le communiqué du Ministère est très clair sur ce point, un "Groupe d’Intérêt Public" (GIP) prendrait le relais de l’association du FIBD : "Elle a pour finalité, pour ce qui est des objectifs fixés et des ressources allouées par les pouvoirs publics et les organisations professionnelles, de devenir la porteuse institutionnelle du festival et l’interlocutrice de l’opérateur."

L’Association du FIBD s’étrangle quelque peu. Ce schéma constitue "une perte d’indépendance et de prérogatives, finalement assez comparables à celles qu’impliquait notre entrée dans l’EPCC, il y a quelques années et que nous avons refusé très majoritairement à plusieurs reprises..." écrit son président Patrick Ausou à ses membres. "Cela mettra un terme à quarante-trois années d’indépendance de l’Association, de « maîtrise » du festival, à sa vocation et à son essence-même."

Une réunion de l’Association du FIBD est prévue le 3 septembre pour statuer sur ces questions, mais en ce qui concerne le médiateur, la messe semble dite. En cas de refus (envisageable), entend-on du côté du médiateur, le GIP se ferait sans l’Association, cette nouvelle entité devenant le récipiendaire des financements publics.

9eArt+ bien placé

9eArt+ triompherait sur toute la ligne, en dépit des boulettes du mois de janvier et de sa gestion passée ? Apparemment, le médiateur misant pragmatiquement sur le long terme tandis qu’à court terme, il s’emploie à sauvegarder l’événement quitte à avaler quelques couleuvres procédurales.

Est-ce pour cela qu’aucun appel d’offre n’est envisagé alors même que d’autres prestataires s’étaient mis sur les rangs ? Il est clair que la proposition du médiateur est de reconduire 9eArt+ dans un accord avec le GIP, mais il reste discret sur ce dernier point : "sans application du code des marchés publics" peut-on lire dans des documents qu’il nous a été donnés de lire...

Bertrand Morisset, ancien directeur du Salon du Livre de Paris, qui alerte depuis six ans la profession et les médias sur les pratiques passées de 9eArt+, pose la question : "Comment peut-il dès lors rester à la manœuvre devant de telles pratiques ?"

Décidément, la Charente n’est pas un long fleuve tranquille...

La mascotte de Lewis Trondheim

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Jacques Renard. Photo : DR
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

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