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Filobédo : "J’avais voulu créer une sorte de Tintin au féminin, sans Milou mais avec une poitrine hors norme."

  • Nous avons rencontré Filobédo, l'auteur des aventures trépidantes et sexy de Melonie Sweet. Un auteur qui n'a pas froid aux yeux et qui renouvelle un peu le genre !

"L’île mystérieuse" est le deuxième album des aventures de Melonie Sweet ; le premier étant paru chez un autre éditeur plus confidentiel. Pouvez-vous nous parler de ces deux albums ?

C’est en effet le deuxième album consacré aux aventures de cette jeune femme pulpeuse, ce n’est en revanche pas une deuxième histoire, c’est en terme cinématographique un "remake"...
Le premier album est sorti en 2004, c’était mon tout premier travail fini en bande dessinée. Au départ j’avais voulu créer une sorte de Tintin au féminin, sans Milou mais avec une poitrine hors norme, particularité qui lui vaudrait toutes ses péripéties ; il n’était point question de scènes sexuelles mais plus simplement d’érotisme léger...

Filobédo : "J'avais voulu créer une sorte de Tintin au féminin, sans Milou mais avec une poitrine hors norme."Je voulais une aventurière qui parcourrait le monde et rencontrerait toutes les créatures de la littérature et du cinéma fantastique, je ne voulais pas d’une de ces héroïnes si communes à présent qui passe son temps à distribuer mawachis "pleine bille" et pains dans la face, tout en traversant les murs de béton sans jamais être décoiffée, ni même se casser un ongle (pourtant proéminents !)...

Je voulais retrouver une sensualité féminine qui fait à présent cruellement défaut dans les production modernes et qui mène à se poser cette question sociologique assez inquiétante : si les hommes ne peuvent plus accourir tout muscles bandés au secours des femmes, à quoi vont ils servir ?...

J’avais dessiné une dizaine de planches en N&B et je l’avais envoyées à tous les éditeurs habituels. C’est un éditeur américain spécialisé dans le pornographique qui m’a répondu positivement mais en me demandant de réécrire l’histoire en plus hard, ce que j’ai fait...

Il n’a pas été intéressé parce qu’il a trouvé le résultat "trop gentillet" ; j’ai abandonné l’idée de faire publier cette histoire et je m’en suis servi pour trouver une technique de fabrication. J’ai donc terminé l’album en travaillent au plus vite ; l’idée était de faire le plus d’albums possible sans que ça prenne trop de temps...

A l’époque je connaissais déjà les gars de chez Blam qui produisaient un petit fanzine et éditaient des BD de bonne qualité.

J’avais déjà travaillé avec eux plusieurs fois et notamment sur des couvertures et le début d’une histoire de science-fiction qui a été publiée dans leur fanzine. Comme ils insistaient pour avoir une histoire complète, je leur est cédé la première version de Melonie Sweet. Je les remercie d’ailleurs de l’avoir éditée ; malgré son manque de professionnalisme j’aime beaucoup cette BD. C’est aussi par cet intermédiaire que le patron des éditions Tabou m’a contacté...

Il m’a demandé de faire une histoire complète avec les 11 planches du "Diable par la queue" qui se trouvent à la fin du premier Melonie ; c’était un test de BD fait à l’huile sur toile en grand format (46/65 CM). J’ai donc écrit une suite et l’album a été publié...

Très content de cette collaboration avec Tabou, nous avons voulu produire un autre album. Comme j’avais déjà écrit et storyboardé la suite du premier Melonie, je l’ai proposée à Thierry (le patron de Tabou) qui a préféré que je redessine la première histoire de Mel.

En effet la distribution très confidentielle de la première version n’incitait pas à en éditer une suite...

J’ai bien évidement été très content de cette demande ; je tiens beaucoup à cette petite Melonie et je voulais refaire ce premier album depuis bien longtemps.

J’ai réécris l’histoire en rajoutant tout ce que qui manquait au premier récit, de nouvelles scènes, personnages et dialogues. Je l’ai ensuite redessinée avec la même technique que sur le "Diable" mais en essayant d’affiner les détails de
chaque case. Il aura fallu un an de travail pour finaliser cet album. Si le fond de l’histoire est le même, les deux BD n’ont techniquement plus rien à voir...

Il n’y a pas tant de création que cela en matière de BD X française ; vous apportez donc votre pierre à l’édifice...

Comme on l’a vu plus haut, c’est le hasard qui m’a conduit vers la pornographie...

Cela ne me dérange pas puisque j’en faisais déjà pour le magazine BDX, pour lequel j’ai fait des couvertures et des illustrations. J’ai accepté de m’engager dans cette branche particulière en sachant pertinemment que j’aurai du mal à en vivre, le but était de m’améliorer techniquement à peu de "frais scénaristique" jusqu’au moment où je serai au point visuellement pour me permettre de dessiner les histoires "conventionnelles" que j’ai déjà écrites.

Enfin, c’était l’idée de base parce que je me suis rendu compte au fil du temps que je ne pouvais pas non plus laisser la crédibilité des récits pornographiques au niveau de simplicité du premier Melonie. On ne peut pas travailler un an au dessin et aux couleurs sur une histoire qui ne tient pas un peu droit, ce n’est pas motivant...

J’ai cherché à faire ce qui me semblait absent du visuel porno habituel ; je n’ai vu que très rarement de l’humour et des gags dans les productions érotiques. Ce côté humoristique et le grotesque de mes personnages rend possibles des scènes extrêmement hard sans pour autant tomber dans le glauque ou le malsain.

Comme la branche pornographique est assez restreinte et n’atteint que très rarement les niveau de vente de la bande dessinée conventionnelle, beaucoup d’auteurs qui ont souvent d’autres signatures ne s’embêtent généralement pas trop à perdre du temps. Il faut que ça soit fait rapidement pour la rentabilité. Je profite de cette logique pour essayer de m’en démarquer, en travaillant le plus possible mes images et mes plans ; je pense (j’espère) que cette différence, si elle est réelle, m’apportera le public qui en est demandeur...

Si j’apporte une pierre à cet édifice, je pense que c’est peut être ça .

Vous faites preuve d’une grande minutie dans les couleurs notamment. Comment les travaillez-vous ? À l’ordinateur ?

Oui, pratiquement tout est fait à l’ordinateur à part le story que je fais sur une moitié de feuilles A4 ; de l’autre j’écris les dialogues.
Cette façon de faire me permet non seulement de travailler au café, mais aussi de scanner en une seule fois le résultat...

Mes premiers tests de planches se sont fait sur calques acétate transparents, une technique empruntée à mon année de travail dans un atelier de dessins pour teesh (french spirit).

J’ai ensuite essayé d’en faire à la peinture à l’huile ; j’ai adapté une technique que j’avais mise au point pour les peintures que je faisais il y a quelques années. J’ai aussi fait plusieurs essais de BD conventionnelles et porno, dont les 11 planches du "Diable", j’étais assez content du résultat mais je n’ai décidé aucun éditeur à publier mon travail...

C’est à ce moment que j’ai créé Melonie Sweet, sur base d’un scénar vraiment simple ; j’avais dessiné tout l’album sur des feuilles papier pour la peinture à l’huile en format 45x60 CM ; c’est en cours de fabrication que j’ai décidé de me mettre à l’ordinateur, chose que je croyais impossible puisque je voyais d’un très mauvais oeil l’outil numérique. Tout ce que je voyais dans les diverses productions numériques était extrêmement froid et synthétique, le total contraire de ce que je cherchais ; je pensais qu’on ne pouvait pas donner un autre résultat...

C’est Didier Cassegrain (que je remercie ici) qui m’a fait changer d’avis, avec le deuxième album de "Tao Bang". J’ai vu qu’il était possible de donner un rendu plus vivant et chaud avec un travail à l’ordinateur ; même si ce visuel n’était pas ce que je cherchais, il me montrait la voie à suivre...

La suite ne s’est pas faite toute seule, puisque entre mon travail alimentaire, l’achat de l’ordi, l’apprentissage du logiciel Photoshop, la recherche d’une technique et le bouclage de la BD Melonie Sweet, il s’est passé 4 ans !

Une fois la petite technique trouvée ça a été très vite. Je me servais des planches que j’avais faites au crayon, que je devais scanner en 6 fois ! d’où la mise au point des story sur feuilles A4. Ensuite je noircissais le trait gris que je séparais du fond blanc et que je plaçais sur un calque transparent, technique qui me permettait de ne pas redessiner mes planches. Je déteste en effet refaire plusieurs fois la même chose. Je pouvais ainsi coloriser sous le trait noir avec des teintes très claires ; je produisais jusqu’à 6 planches par jour...

Si j’aimais bien certains dessins de cette BD, le rendu couleur ne me satisfaisait pas du tout ; j’ai donc abandonné l’idée de faire de la BD "vite fait" et j’ai adapté ma technique de peinture à l’huile pour le numérique. Je voulais donner des images les plus chaudes possibles, ce qui est normal pour ce genre de production ; j’ai donc enlevé le trait noir et beaucoup plus travaillé les reliefs ; j’ai travaillé "dans la masse" comme en sculpture...

© Tabou Editions

Tout se fait dans Photoshop en partant d’un fond de couleur, le même que celui dont je me servais pour mes peintures à l’huile ; j’y superpose mon story que j’ai découpé, retouché et mis a la bonne dimension ; je le rends en partie transparent pour faire apparaitre mon fond de couleur, je décalque ensuite ce story sur un autre calque transparent que je place dessus...

Je fais mes traits avec un marron plus ou moins foncé, pris directement sur ceux de la version à l’huile du "Diable", comme beaucoup des couleurs dont je me sers...

La coloration se fait par dessus tout ça sur un ou plusieurs autres calques. Je fais rapidement les foncés des ombres toujours avec le même marron et par dessus je peins les couleurs des foncés vers les clairs, ce qui me permet de créer les reliefs et formes au fur et à mesure de l’avancée du travail...

J’essaye aussi de ne pas trahir ce travail numérique ; je donne à mes cases le plus possible de rendu manuel. Pour finir, je retouche mes images jusqu’au moment où ça me parait assez bon pour passer à la suite...

La chose à souligner et qui est assez marrante, c’est que je me suis mis a l’ordinateur pour réduire les temps de travail qui allaient de paire avec la peinture à l’huile, laquelle demandait une dizaine d’heures pour la mise en couleur d’une planche.

Aujourd’hui le but n’est pas atteint du tout puisque contrairement à ce qu’on pourrait croire, le temps de travail est grandement multiplié !

C’est essentiellement dû au fait qu’on peut agrandir l’image autant qu’on veut, ce qui incite a s’occuper d’innombrables détails.Détails qu’il n’aurait pas été possible de retoucher sur une planche faite à la main . Le résultat est que certaines de mes planches m’ont "coûté" plus d’une semaine de travail juste pour la mise en couleur...

De plus et pour ne pas arranger ça, j’aime particulièrement m’attarder à ces petits détails ; on peut remarquer aussi (je l’espère) que certaines parties du corps de mes filles sont beaucoup plus travaillées que d’autres, ainsi que les gros plans de visages, notamment ceux des imbéciles de chefs papous ; les formes plantureuses, les reflets dans les yeux mais aussi les rides me donnent beaucoup de plaisir...

© Tabou Editions

Le travail numérique est aussi très plaisant pour ce qui est des erreurs qu’on peut corriger très facilement et au fait qu’on n’a pas à nettoyer pinceaux, peinture et tout le reste ; sans parler du mal de tête dû aux solvants. Le tout étant ici bien rangé dans la palette numérique. Ceux qui comme moi ont travaillé à l’huile savent de quoi je parle...

J’ai aussi la chance de travailler sur écran Cintiq 21. Ayant commencé avec la mise en couleur du premier Melonie sur une petite tablette numérique, j’apprécie particulièrement la différence. En effet, je suis incapable de dessiner sur cette petite tablette ; je pense que l’apprentissage pour quelqu’un qui dessine depuis tant d’années en voyant sa main serait trop long et pas forcément compétitif...

Pour le jeune dessinateur n’ayant pas encore certaines habitudes, la Cintiq n’est pas indispensable puisqu’il pourra faire exactement la même chose avec n’importe laquelle des tablettes numériques de bonne qualité...

En plus d’être joliment dessiné, il y a beaucoup d’humour dans "L’île mystérieuse" ; c’est une parodie de "King Kong" version X, sodomies et fellations à gogo...

© Tabou Editions

Le début des aventures de Melonie Sweet est bien une parodie de King Kong dont je suis bien évidemment fan, plus particulièrement celui de 1976, réalisé par John Guillermin, avec Jessica Lange et Jeff Bridges, sur lequel est basé cette première aventure de Melonie...

La version de King Kong de 76 est pour moi la plus sympathique, ou plus exactement la plus "reposante". Malgré des effets spéciaux de vraiment mauvaise qualité, le pire étant le personnage costumé en gorille qui ne laisse à aucun moment un doute sur son incompétence pour ce rôle.

J’aime ce petit côté amateur qui donne des scènes où tout y est "facile" en terme d’aventure. Il y a une héroïne très sensuelle et féminine comme on n’en voit plus aujourd’hui et il y a aussi beaucoup d’humour, dans les personnages, les attitudes et les dialogues ; ce film a été ma nourriture lors de l’écriture de cet album.

J’ai même repris directement certaines scènes que j’ai juste caricaturées, comme celle du dialogue où on entend le tam tam, ou encore l’arrivée sur la plage du chef Brody, qui tient son nom du film de Spielberg "Les Dents de la Mer", une petite allusion à sa peur des requins est d’ailleurs quelque part...

J’ai repris les deux personnages masculins dont je ne pouvais me passer, qui sont en quelques sorte les "faire valoir" de Mel. Ce sont en effet deux très bonnes bases à caricaturer pour donner la réplique à Melonie. On peut remarquer aussi que ce sont les deux seuls à bord à ne pas avoir eu "accès" à elle, ça n’aurait pas été "moral" puisque ce sont les chefs de l’expédition...

Comme le but de cette BD était plus la recherche d’une technique que l’écriture d’une histoire, j’ai préféré faire un pastiche de film plutôt que de chercher un scénario "neuf", surtout que le singe géant était un bon personnage pour commencer les rencontres de Melonie avec les créatures fantastiques...

J’ai bien évidemment dû éliminer ce géant dans la version hard et le remplacer par un très sympathique extraterrestre, personnage qui m’a donné une voie à suivre pour écrire les autres albums de la série...

Comme je l’ai dit, la version X n’était pas prévue au départ. Même si cette bifurcation me coupe du marché beaucoup plus étendu de la bande dessinée conventionnelle, je pense à présent que c’est bien mieux pour cette petite héroïne de se faire connaître de façon plus explicite...

Je n’abandonne quand même pas l’idée d’en faire une version "soft" un jour comme c’était prévu au départ...

Filobédo en compagnie de Melonie Sweet
© D.R

Je me suis aperçu que dans cette branche, on pouvait faire du sexe très hard sous couvert d’humour et même détourner les habituelles scènes en y développant leur côté burlesque. Pour prendre un exemple, on peut dire que les scènes de giclées spermatiques dont profite l’héroïne sont ma version des tartes a la crème qu’on voyait dans les BD humoristiques, et non un fantasme personnel.

Je ne travaille d’ailleurs pas vraiment le fantasme sexuel mais plutôt un visuel fantasmagorique de la sexualité, le tout baignant dans un humour à la Benny Hill, feuilleton anglais d’où vient le prénom de Melonie (version francaise).

Tout ceci est expérimental et je ne sais pas encore si cette mixture, humour, sexe hard et aventure fantastique fonctionne...

J’ai inventé le personnage de Melonie Sweet pour plusieurs raisons, mais ce qui m’a convaincu de l’insérer dans king Kong, c’est la nouvelle que Peter Jackson commencait le tournage d’une nouvelle version de king kong ; j’ai pensé que ça ferait une bonne pub pour Melonie si l’album sortait en même temps, mais comme on l’a vu plus haut cet album a pris un peu plus de temps que prévu...

La pornographie est-elle une violence faite aux femmes ?

Voilà une question que je me pose à chaque fois que j’écris pour Mel, pour ne pas dépasser les "bornes". Bien que je ne sois vraiment pas un spécialiste de la chose pornographique, puisque j’y ai atterri par hasard, je vais néanmoins tenter de répondre a cette question en ne faisant référence qu’à la pornographie venant de la vidéo ; comme la bande dessinée s’en inspire la plupart du temps, ça revient un peu au même...

En premier, et pour relativiser la portée sexiste, il faut penser que la pornographie n’est pas réservée qu’aux femmes, il y a aussi des hommes qui en font et j’ai pu voir que eux aussi prennent quelques fois "chair "...

Si on se contente de la pornographie hétérosexuelle, la réponse est la plupart du temps oui ; je n’ai aucun doute là dessus. En effet la pornographie est, dans sa version la plus courante, le reflet des différents fantasmes de domination masculins, qui correspondent d’ailleurs certaines fois aux fantasmes de domination féminins, la domination faisant partie intégrante de la sexualité (dans un sens ou dans l’autre). Il arrive qu’une certaine violence s’y mêle, même si la frontière est mince entre violence et fougue ; est-ce qu’on peut dire qu’une claque sur les fesses peut être apparentée à de la violence ?

Le problème aujourd’hui est qu’il est de bonne mode que les personnages féminins soient dominés de façon extrêmement brutale. En effet, on peut constater que les petites claques sur les fesses sont remplacées par ce qui s’apparente plus à des coups violents qu’à de gentillets "vilains gestes". Sans parler du reste, les claques en pleine figure et j’en passe ; ce qui m’effraie un peu est le fait que ces gestes, qui étaient réservés à un certain millieu, devient l’habituel de la pornographie ; on a certaines fois plus l’impression d’assister à un combat de boxe plutôt qu’a un ébat sexuel !...

Le tout accompagné d’une absence totale de sensualité ; les femmes de plus en plus nombreuses et de plus en plus belles y sont presentées comme de la chair à consommer rapidement et à jeter, comme si une date de péremption y figurait...

Les "scènes de sexe" ressemblent de plus en plus à de la représentation gynécologique qu’à un quelconque fantasme ; Je me rappelle d’une façon de faire bien différente dans laquelle les femmes étaient le fantasme de l’homme et pas son exutoire...

Le plus troublant est la comparaison entre les films pornographiques et le cinéma conventionnel, en restant de part et d’autre dans les productions "grand public" (si on peut dire) ou de grande diffusion...

On constate que d’un côté les personnages féminins (si on peut parler de personnages !?) sont de plus en plus violentés dans ce qu’il était possible d’appeler il y a quelques années l’érotisme, et qu’à l’inverse le cinéma héroïque nous montre des femmes au caractère de plus en plus masculin !? Elles se bastonnent, tuent, massacrent et j’en passe...

Quel que soit le genre de spectacles qu’on affectionne, la sensualité féminine a pratiquement disparu des écrans... Progrès ? Je ne sais pas.

Ce dont je suis sûr, c’est que qui si un peu de Nikita ou un soupçon ’d’esclave sexuelle’ peut apporter un certain plaisir dès l’instant qu’un peu de talent le distile, la systématisation des deux ne peut que donner de très mauvaises choses, ce qui est déjà le cas, et lasser très vite...

Espérons juste que cette lassitude va inciter les créateurs à faire des choses plus comestibles...

Melonie, à l’instar des héroïnes de Russ Meyer, a une très forte poitrine. Est-ce que vous fantasmez, comme Bastien Vivès, sur les très gros seins ?...

Inoubliable Russ Meyer

Si je ne connaissais pas Vivès avant cette question, j’ai entre-temps été voir son travail que j’aime beaucoup. Je connais par contre toute la filmographie de Meyer ; j’étais un fan de ses productions qui correspondaient en partie à ce que je voulais (tenter de) faire avec la première version de Melonie Sweet...

Je me suis assagi un peu avec le temps et si je modère à présent le côté fantasmagorique des mes histoires (à peine), je suis, c’est vrai, extrêmement attiré par l’effet visuel d’une très forte poitrine. Je dis bien visuel parce que, comme je n’en ai pas l’expérience vécue, je ne peux pas savoir si c’est un fantasme ou une réelle envie...

Melonie et mes autres héroïnes ne pouvaient pas arborer de petits seins, c’est évident ; pour moi la poitrine de la femme est ce qui représente le plus la sensualité féminine. En effet, si le sexe de l’homme représente sa masculinité, l’endroit de la sexualité du corps féminin est "vide", toujours en terme visuel bien sûr. Et donc comme les deux ont tout le reste en commun, il n’y a pour moi que cette poitrine qui peut vraiment "exprimer" quelque chose, à fortiori si elle est volumineuse...

Je reste ici encore dans le fantasme et la caricature ; il y a non seulement l’irrésistible envie de dessiner les femmes de cette façon si fantasmagorique, mais aussi un problème juridique auquel il faut penser. En effet, il est interdit et même puni par la loi de dessiner des jeunes filles prépubères, ce qui n’est de toutes façons pas mon fantasme ; mais comme je préfère que mes filles n’arborent pas des visages de vieilles femmes, je les dessine plus volontiers avec une apparence qui certaines fois peut passer comme juvénile ; je n’ai donc que deux solutions pour dissiper tout malentendu : ou je leur appose une pilosité qui dissoudra toute critique, ou je les agrémente d’une poitrine qui ne laissera aucun doute sur leur âge supposé...

Comme quoi, certaines fois, la loi donne la possibilité de fantasmer ; c’est assez rare pour devoir le souligner...

L’album est à suivre ("Que va-t-il advenir de Melonie ? Va-t-elle réussir à faire pipi ? L’horrible et hideuse créature va-t-elle la violer et la dévorer toute crue ?") ; nous sommes impatients...

L’album est en effet à suivre, en premier lieu parce qu’à la réécriture de cette nouvelle version, j’ai rajouté beaucoup de choses en essayant de crédibiliser le tout ; de nouveaux personnages, de nouveaux dialogues, décors et scènes, tout ce que j’avais oublié dans "Melonie Sweet" et qui rendait l’histoire vraiment trop "facile" et sans aucune assise. Tous ces rajouts m’ont obligé à couper en deux cette première aventure...

Ce premier album est le début d’une série qui doit en compter 6 ou 7 (si bien sûr les ventes le permettent). J’ai écris presque en totalité une grande aventure qui va permettre à Melonie de voyager beaucoup plus loin que je l’avais prévu au début, dans l’espace mais aussi dans le temps...

Je me suis beaucoup attaché à cette petite héroïne et j’ai voulu qu’elle vive un peu plus que des péripéties terriennes. Ce qui était une petite aventure sans lendemain est devenu un récit dont le développement se "sérieusifie" au fil des tomes ; je ne voulais pas que tout ça ne parle que de sexe, et surtout je voulais un début et une fin, ce qui dans le cas présent est un peu la même chose... (eh ! eh ! mystère mystère !)

Dans le deuxième tome, on connaitra les autres facettes de Melonie, ce qu’elle aime à part le sexe, les gens qu’elle fréquente et ses sentiments. J’ai placé un peu de romantisme et d’amour qui sont la motivation de toute l’aventure ; le sexe n’aurait pas été suffisamment porteur pour en faire 7 albums sans lasser le lecteur à un moment ou un autre, sans parler de moi...

J’espère que cette petite Melonie aura un avenir souriant qui me permettra de finaliser ce projet.

(par François Boudet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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23 Messages :
  • Êtes-vous sûr que ce n’est pas Fabrice Tarrin avec une barbe ? Une nouvelle imposture ?

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    • Répondu par Sébastien le 6 janvier 2013 à  10:48 :

      Filobédo est un artiste comme on n’en fait peu, avec du talent, de l’humour, et un sens du récit et du tempo qui font de ses albums de vrais bijous. Bravo à Actua bd de le mettre en lumière, on ne parle pas assez de lui sur les sites BD.

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      • Répondu par charlicom le 6 janvier 2013 à  22:48 :

        Excellente initiative de ce "papier", son travail respire la générosité tout comme son discours. Le premier Melodie aux Editions Le Gang, une équipe fort sympathique au demeurant, manquait de volume dans les modelés à défaut de ceux développés par les formes, c’est donc chose faite ! Reste malheureusement ce choix de typographie inexpressive qui aurait mérité un traitement plus "manuel", pour une réelle esthétique et dynamique de la lecture.

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        • Répondu par FILOBEDO le 7 janvier 2013 à  00:37 :

          Merci Charlicom , pour la typo , je procède dans l’ordre d’importance de l’apprentissage , je m’occupe en premier du scénar et du dessin et après viendra ce qui est secondaire comme le lettrage , l’idée de base était d’écrire avec le clavier un alphabet que j’aurais fait moi même , je n’ai pas encore eu le temps de savoir comment pratiquer , ça vas venir ...
          Il faut aussi savoir que c’est l’éditeur qui pour l’instant choisi le lettrage et corrige mes innombrable fautes d’orthographes ... pour le moment et comme je met un ans a fabriquer une BD , ça me vas ...
          FILO

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          • Répondu par charlicom le 7 janvier 2013 à  10:59 :

            J’espère, Filobedo, te voir au stand Tabou sur le festival d’Angouleme, j’éprouve une certaine curiosité à découvrir cette "Ile mystérieuse" à la mappemonde si rebondie !...

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          • Répondu le 7 janvier 2013 à  12:42 :

            Il existe des logiciels capable de transformer TA propre police, créée par toi, en police utilisable en frappe clavier. Font lab. Voir là, http://www.fontlab.com/font-editor/fontlab-studio/

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    • Répondu par FILOB2DO le 7 janvier 2013 à  00:27 :

      Ben nan c’est sur que c’est pas lui , en plus question "tarin" celui du Fabrice en question est bien moins voyant , heureusement pour lui ...
      FILO

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  • Lettrage en Comic Sans MS ! C’est courageux...

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    • Répondu par Alex le 7 janvier 2013 à  00:58 :

      J’allais le faire remarquer aussi. Pourtant tout cela a l’air bien drôle et très maîtrisé. Mr Filobédo, vous nous copierez 100 fois (à la plume) : "Comic Sans" est la plus laide police de caractères et je n’y toucherais plus jamais". Non mais !

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      • Répondu par FILOBEDO le 7 janvier 2013 à  10:30 :

        Ben dis donc , je ne croyais pas que ce lettrage provoquerait autant de réprobation !!!
        C’est pas grave ce n’est pas moi qui l’a choisi mais l’éditeur ... mais je vais lui faire part de tout ça ...

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        • Répondu par Alex le 7 janvier 2013 à  14:55 :

          Mais ne le prenez pas mal toutefois : j’ai visité votre blog qui conforme tout le bien que j’ai pensé de votre travail en voyant la page reproduite ici. Forcément, si un élément- dont vous n’êtes même pas responsable- s’intègre mal à un ensemble très cohérent ça saute aux yeux. Cordialement.

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          • Répondu le 8 janvier 2013 à  11:05 :

            Aucun risque que je prenne mal une critique constructive , comme je l’ai écris , je vais en prendre compte dans le prochain album ...
            Mais peut être y aurait il un choix meilleurs que celle choisi par mon éditeur ?

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            • Répondu par Alex le 10 janvier 2013 à  00:08 :

              Comme l’indique un commentaire plus haut il y a un très bon logiciel qui permet de créer sa propre police. Facile d’emploi pour le lettrage des bulles : il vous suffit de scanner votre lettrage (ou celui de votre choix) de le transformer en dessin vectoriel et de règler vos espaces dans ce programme. Une semaine de boulot je dirais, mais ensuite vous n’avez juste qu’à taper sur votre clavier (et c’est complètement intégrable avec Photoshop). C’est une bonne solution pour remplacer ces typos un peu trop impersonnelles. Bonne continuation.

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  • Soutien à la bande dessinée mammaire
    7 janvier 2013 09:06, par Polo

    "J’avais voulu créer une sorte de Tintin au féminin, sans Milou mais avec une poitrine hors norme." affirme l’auteur. Soit. Il aurait pu dire aussi "J’avais voulu créer une sorte de Astérix au féminin, sans Obélix mais avec une poitrine hors norme." Mais bon, c’est un détail. Ce qui est fondamental pour les amateurs de ce genre de choses, c’est bien entendu l’omniprésence de la "poitrine hors norme."

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    • Répondu par FILOBEDO le 7 janvier 2013 à  10:45 :

      Au que non ce n’est pas un détail ! , c’est bien aux aventures de Tintin que celles de Melonie fait référence , de multiples péripéties ...
      Ou le facteur chance est primordiale pour la sauvegarde du héros , de l’héroine et de ces facéties sexuelles , dans le cas de Mel ... bien qu’au file des épisodes ( si ils se font ) on vas constater que cette chance n’a rien a voir avec le hazard ...
      Au contraire Astérix et Oblétisk baignent dans la malchance et sont toujours embêter par les romains et serait mort depuis bien longtemps sans la potion magique ...

      Petite anecdote , dans la vie réel , césar a mis a mal la résistance gauloise en soudoyant les fils des riches familles qui les ont trahis , et pas de potion !!! :o)

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      • Répondu par Polo le 7 janvier 2013 à  16:46 :

        Si si. Pour les petits mâles consommant ce genre de production, je crois que c’est vraiment un détail.

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        • Répondu le 7 janvier 2013 à  23:51 :

          C’est là que l’on reconnait que Filobédo est un artiste ; même pour ce genre de public ("des petits mâles consommant ce genre de production" - vraiment ?), il s’attache aux détails et s’applique à ne pas faire uniquement du "consommable"/jetable... Bravo l’artiste !

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        • Répondu le 8 janvier 2013 à  10:27 :

          Ce que tu écrit là est insultant mon bonhomme ... tu devrais venir me le dire a angoulême , pour discuter ...

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        • Répondu le 8 janvier 2013 à  11:03 :

          Pour couler ce genre d’appriories facile ,
          Quand je suis en dédicace a angoulême ou ailleurs , j’ai toutes sortes de personnes qui passe se procurer mon travaille , de jeune couple avec ou sans le bébé , des couple de plus de 50 ans , des papas , des mamans , des ouvriers de l’installateur de cuisines au tourneur fraiseur , des médecins , des chimiste ( mes dédis préférés " boom ! " ) des profs , des architectes , des pilotes , etc ...

          Et très rarement ce qui pourrait s’apparenter a de " petits mâles" , si bien sur ça veux dire quelque chose de précis ...

          Comme en festival mes dédicaces sont presque toujours en relation avec le métier du demandeur , il n’y a qu’a regarder pour constater ...

          Merci Polo d’avoir écrit cette .... ce qui m’a permis d’y répondre ...

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          • Répondu par FB le 8 janvier 2013 à  12:23 :

            Les "petits mâles", à priori, téléchargent plutôt de la pornographie vidéo qu’ils s’échangent en cours sur leurs i-phones...

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        • Répondu par Sébastien P. le 8 janvier 2013 à  18:36 :

          Il faudra que je dise à ma femme qu’elle fait partie des "petis mâles" puisqu’elle se jette avant moi sur chaque nouveau Filobédo. Si j’ai lu Melonie Sweet première version et Le diable par la queue en premier, elle m’a devancée pour L’île Mystérieuse. Et pourtant elle n’a rien d’un mâle !

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