Fins de siècle - Par Bilal et Christin - Collection Auteurs, Casterman,

16 septembre 2006 0 commentaire
  • Réunis dans un album, sous le titre "Fins de siècle", les éditions Casterman proposent une nouvelle lecture de deux oeuvres majeures du tandem Bilal-Christin, dans une "mini-intégrale" des "Légendes d'aujourd'hui".

Les quadras bédéphiles n’ont certainement pas oublié le choc provoqué, dans les années 1980, par le tandem Christin-Bilal dans les pages de Pilote avec la publication des Légendes d’aujourd’hui, initialement publiées chez Dargaud avant d’être reprises par les Humanoïdes associés, rassemblaient cinq titres : La croisière des oubliés (1975), Le Vaisseau de pierre (1976), La Ville qui n’existait pas (1977), Les Phalanges de l’ordre noir (1979) et Partie de chasse (1983).

Ces titres ont largement contribué à l’époque à la reconnaissance de la BD comme littérature adulte et mature. Il faut dire que depuis 1975, les deux compères inscrivaient au sein des pages du fameux Pilote des histoires éminemment politiques, écrites par un Pierre Christin déjà au sommet. Résolument modernes dans le traitement graphique imposé par Enki Bilal dont le travail prenait alors un nouveau tournant en privilégiant les couleurs et les ambiances froides et brutales qu’il développera un peu plus tard.

La série des Légendes qui avait commencé avec des fables fortement influencées par les idées dominantes de l’époque (éveil de l’écologie politique dans La Croisière, remise en cause du nucléaire avec Le Vaisseau de pierre, casse industrielle du Nord de la France dans La Ville qui n’existait pas...) va alors connaître une évolution quasi prémonitoire et apporter sa contribution au vieux débat de la mort des idéologies avec une acuité pertinente. Désenchantement d’anciens terroristes à la retraite dans les Phalanges, ou apparatchiks fatigués de l’Europe de l’Est dans Partie de chasse, autant de thèmes présents qui illustrent de manière magistrale le télescopage de l’actualité et de l’histoire à laquelle assistèrent les lecteurs des années 1980.

Réunis dans une nouvelle édition par Casterman sous le titre Fins de siècle, ces deux premières œuvres majeures connaissent donc une nouvelle jeunesse et apparaissent avec le recul, très porteuses de sens. L’arrivée de Bilal au catalogue de l’éditeur tournaisien n’est évidemment pas étranger à cette publication enrichie, en préambule, d’un long entretien avec les deux auteurs signé du scénariste Benoît Peeters, également éditeur chez Casterman. Mais c’est aussi l’occasion de (re)découvrir à travers ces deux albums (disponibles également en volumes séparés), au-delà de leurs qualités visionnaires, deux histoires dont l’influence fut considérable sur l’évolution de la bande dessinée francophone et contribua aussi à la véritable reconnaissance du médium.

(par Patrice Gentilhomme)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

  Un commentaire ?