Floc’h : Une ligne claire "abymée"

24 juin 2005 0 commentaire
  • Floc'h cultive le « chic anglais » avec affectation. En compagnie de son complice François Rivière, [expert en vieilles dames anglaises->2436], il vient de sortir un nouvel album, « Olivia Sturgess 1914-2004 », un requiem en ligne claire, tandis que Champaka lui consacre un nouveau livre d'images.
Floc'h : Une ligne claire "abymée"
Olivia Sturgess 1904-2004
Editions Dargaud

Son prénom est Jean-Claude, mais si vous le prononcez en sa présence, il vous fusille du regard. Il est né en Bretagne (sa famille est originaire de la région de Vannes), mais il vénère la Grande-Bretagne ; par conséquent, il a opté pour l’univers en tweed de Blake & Mortimer plutôt que la farce gauloise d’Astérix chez les Bretons. Ses parents possédaient une imprimerie et pas n’importe laquelle : celle qui imprime les livres de Monsieur Gallimard. Son frère cadet, Jean-Louis, fait aussi des BD, mais c’est un sujet dont il vaut mieux ne pas lui parler. Il habite le 6ème arrondissement de Paris avec la nonchalance et le ravissement d’un touriste britannique en vacances dans la capitale française. Tel est Floc’h, dandy complexe, convaincu que la rareté est faite pour être désirée. C’est pourquoi il affecte de mettre plus de temps pour produire un album qu’Uderzo n’en met pour commettre un Astérix.

Pavane pour un héros (et un style) défunt

S’il aime la BD, il a toujours veillé à ce que celle qu’il dessine ne soit pas ordinaire. Pour le Rendez-Vous de Sevenoaks déjà, son premier album réalisé avec la complicité de Rivière, il revisite l’univers jacobsien et lui donne une dimension toute highsmithienne. Foin de l’Angleterre de pacotille que Jacobs reproduisait avec la vénération d’un citoyen libéré par le monde libre. Ici, c’est la Londres des fumoirs littéraires et du groupe de Bloomsbury. L’enjeu chez ces gens-là est ne pas déparer au club. D’où une mise en abyme permanente et complice, dans laquelle ses personnages conversent au fleuret moucheté, maniant le second degré avec dextérité, avec la saveur des dialogues d’Oscar Wilde.

Floc’h Illustrateur 2
deuxième opus chez Champaka.

Il y a chez Floc’h, contre toute apparence, un déni de la forme, une sorte de « degré zéro » du dessin. Je l’ai vu tenir ce genre de discours auprès de Chaland qui en était fortement impressionné (peu de spécialistes ont souligné l’influence majeure que Floc’h a eue sur Chaland) : faire des BD qui ne sont pas des BD, mais une pièce de théâtre, un journal littéraire ou, comme dans cet album, Olivia Sturgess 1914-2004 (Editions Dargaud), une pavane pour un personnage de fiction défunt. Ici, la forme stigmatisée est celle du documentaire télé, sans l’entrelacement des 540 lignes et le scintillement caractéristique du petit écran. Au contraire, l’image est figée (photocopiée ?) et se focalise sur sa caractéristique principale : la répétition et son absence totale de qualité artistique.

On peut ne pas être sensible à l’Angleterre littéraire fantasmée de Rivière et Floc’h et rester froid comme un colin face à ce dessin immuable. Mais son nouvel album d’illustration chez Champaka, Floc’h illustrateur 2, le prouve : s’il est une qualité qu’on ne peut retirer au dessinateur de Blitz, c’est bien l’élégance.

Olivia et Francis
Une magnifique sérigraphie éditée par Champaka à 150 ex numérotés et signés par les auteurs.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

A noter aussi, la publication, toujours par Champaka, d’une sérigraphie "Portrait d’Olivia et Francis". (Format : 60 X 80 cm ; papier : Vélin Bfk Rives 270 gr ; 7 passages couleurs ; tirage : 150 exemplaires numérotés et signés par Floc’h et Rivière ; PVP : 125 euros.

  Un commentaire ?