Fouché T. 3 : L’Homme d’État – Par Nicolas Juncker et Patrick Mallet – Les Arènes BD

23 février 2019 0 commentaire
  • Voici que s’achève cette biographie en bande dessinée de l’un des hommes d’État les plus importants de la Révolution et de l’Empire. Un personnage trouble, puissant, faiseur de rois, qui termine ses jours comme l’avait prédit l’empereur : seul…

L’album s’ouvre sur l’abdication de Napoléon 1er. C’est Fouché qui lui tend l’acte qui met fin à son règne. Il en était pourtant à l’origine : il avait toujours pensé qu’il fallait à la France et à l’Europe un monarque. Il est de ceux qui feront de Bonaparte l’empereur des Français.

Mais jamais sans calcul politique, ce qui fait que ce manœuvrier habile sait aux moments-clés, comme son double diplomate Talleyrand, prendre des gages sur l’avenir. Il passe comme une ombre dans tout l’Empire -dont il prédit la chute depuis la Campagne de Russie, arrive à le maintenir lorsque les Anglais débarquent dans le dos des Français partis en Russie, ce qui lui fait gagner une charge de duc, subit sans coup férir sa révocation au profit de Savary car il anticipe la première défaite de Napoléon face aux armées alliées, accepte son retour en grâce auprès de Bonaparte afin d’accomplir un double jeu cynique pendant les Cent jours en attendant la chute de « l’ogre » à Waterloo… Il n’est donc pas, à l’instar de Talleyrand, déconsidéré aux yeux des Bourbons et il participe à la restauration de Louis XVIII alors même qu’il avait été l’artisan de la mort de son frère Louis XVI !

Fouché T. 3 : L'Homme d'État – Par Nicolas Juncker et Patrick Mallet – Les Arènes BD
Fouché T. 3 : L’Homme d’État – Par Nicolas Juncker et Patrick Mallet
© Les Arènes BD

Tout cela est joliment raconté, et d’une façon documentaire très appuyée, par Nicolas Juncker. Dommage que le graphisme -qui a ses qualités- rende avec difficulté un certain lyrisme qui sait faire passer le souffle de l’Histoire, comme cette transposition de la séquence célèbre si bien décrite par Chateaubriand dans ses Mémoires d’outre-tombe, où les deux complices de Bonaparte, Talleyrand et Fouché, viennent recueillir le fruit de leur trahison auprès de Louis XVIII dont ils seront ministres.

Décrivant ce Talleyrand claudiquant (« Tout en lui boitait comme lui... » écrira Victor Hugo), soutenu par le Duc d’Otrante sortant du cabinet du roi, Chateaubriand a cette formule définitive : « Tout à coup une porte s’ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime… »

La bande dessinée a des vertus documentaires évidentes mais, dans cet exemple, elle s’avère nettement inférieure à la littérature.

Documents

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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