Interviews

Francis Groux : "Le Festival et la Cité sont complémentaires et absolument pas concurrents."

L'année 2011 a été marquée par un conflit permanent entre le Festival International de la BD et la Cité de la Bande Dessinée. Va-t-on, en 2012, revivre le même affrontement? Francis Groux, co-fondateur du Festival d'Angoulême et qui vient de publier ses mémoires aux éditions PLG, lance ce mot d'ordre bien de saison: "Paix aux hommes de bonne volonté!"

Pourquoi avoir signé un contrat de dix ans avec un prestataire comme 9eArt+, pourquoi pas trois ans renouvelables, par exemple ?

Parce que nous avons étudié cela avant avec un conseiller juridique. Ensuite, je n’ai pas signé cela tout seul. Il y a eu un vote de l’Assemblée Générale. Moi, ce que je voulais, c’était sauver le Festival avec des gens qui avaient une certaine compétence et lui conférer une certaine pérennité pour mener son action. Que ce soit cinq ou dix ans n’est pas le problème.

Francis Groux : "Le Festival et la Cité sont complémentaires et absolument pas concurrents."Pardonnez-nous, mais si, c’est le problème. À partir du moment où l’on est assis sur un contrat et que l’on est sur des points de vue inconciliables, une telle position n’incite pas à la souplesse...

C’est votre interprétation, ce n’est pas la mienne. Ce pourquoi je me suis exprimé et je continue à m’exprimer, c’est que les deux institutions sont indispensables : on a besoin du Festival pour les quatre jours de la manifestation et de l’association qui est derrière car, vous n’êtes peut-être pas au courant, mais on fait des choses toute l’année sur Angoulême et la Charente. Par ailleurs, il y a la Cité et le Musée qui sont très très importants. On est complémentaires et absolument pas concurrents.

Il faudrait simplement que les gens se mettent autour d’une table, laissent de côté ce qui peut éventuellement les diviser, car on n’a pas forcément la même vision des choses, et arrivent à trouver une façon de fonctionner en se répartissant les tâches. Je pense que c’est vers cela que l’on va à l’heure actuelle. C’est ce que souhaite le président du Conseil général de la Charente Michel Boutant qui est aussi président de la Cité de la bande dessinée et c’est ce que veulent les gens du Festival.

On a néanmoins l’impression que du côté du FIBD, il y a beaucoup d’agressivité et peu d’écoute.

Benoît Mouchart est tout à fait dans l’écoute.

Mais il n’est pas le décisionnaire.

Oui, l’interlocuteur de Gilles Ciment est Franck Bondoux. J’ai de l’admiration pour l’un comme pour l’autre. Simplement, il faut qu’ils laissent de côté leur ego pour qu’ils acceptent de travailler ensemble. Il faut peut-être quelqu’un qui les force à le faire...

La pomme de discorde, c’est quoi ? Si nous avons bien compris, c’est la volonté de la part de la Cité une d’avoir une programmation qui lui soit propre et des financements qui lui soient adaptés, donc des sponsors... vis-à-vis desquels 9eArt+ exige l’exclusivité. C’est là que ça bloque ?

La véritable raison, elle est simple. On nous avait demandé de faire partie de l’EPCC [Établissement Public Culturel et Commercial qui administre la Cité]. Nous avons pris la décision de ne pas y aller. J’ai été le moteur de la décision à ce moment-là. J’ai toujours la même position pour ce genre de choses, nous sommes les irréductibles Gaulois : Nous existons, nous sommes une association démocratique qui employons 9eArt+. Notre Conseil d’administration fonctionne, les réunions de bureau aussi. Le jour où nous intégrerons l’EPCC, nous n’existerons plus car il est géré en grande partie par des représentants de différentes instances, pas forcément par des gens qui aiment la BD.

Nous comprenons bien, mais à ce moment-là, pourquoi l’association ne prend-t-elle pas le taureau par les cornes ? Vous êtes du cru, vous connaissez Michel Boutant, vous avez mandaté personnellement 9eArt+, pourquoi ne vous posez-vous pas vous-même en arbitre ?

Le lendemain de ma conférence de presse, j’ai envoyé un texte que j’avais écrit à l’avance pour éviter toute interprétation. Je l’avais envoyé au Maire d’Angoulême, au préfet de la Charente et à Michel Boutant. Je l’écrivais comme fondateur du Festival et comme contribuable de la Charente. Car il y a toute une économie qui est née de ce festival. Entre les métiers de l’image, qu’elle soit fixe ou Live, tout le monde a joué pendant 40 ans pour arriver au point où nous en sommes et parce que l’on n’est pas capable de se mettre autour d’une table, on va foutre tout cela en l’air ! Si demain, le festival crève, car si on continue, on va le tuer !, tout va partir en quenouille. N’attendez pas de moi de mettre de l’huile sur le feu en donnant raison à tel ou tel acteur. Ce que je veux, c’est qu’ils se mettent autour d’une table les uns et les autres.

Nous n’avons pas l’impression que Michel Boutant soit dans un discours d’exclusion.

Je suis d’accord avec cette analyse mais, malheureusement, ce n’est pas le trait de caractère de Gilles Ciment.

Le patron de Gilles Cilment, c’est Boutant. Et celui de Bondoux, c’est l’Association...

J’ai dit ce que j’avais à dire à Bondoux et je ne passe pas par l’extérieur pour l’expliquer. J’avais dit à Michel Boutant : "Vous êtes sénateur, président du Conseil général et président de la Cité, forcez-les à se mettre d’accord !" La fin de ma lettre au maire et au préfet ne dit pas autre chose.

Boutant ne peut pas forcer le FIBD. Il a des positions conciliantes : lors de sa dernière conférence de presse concernant la subvention du Conseil général au Festival, il a lui-même convenu que le choix de Jean-Marc Thévenet comme commissaire de l’exposition "Une autre histoire" ne le ravissait pas...

C’est une connerie. J’ai été celui qui avait réglé le problème avec Jean-Marc Thévenet pour le FIBD. Il y a eu un accord aux Prud’hommes. Mais installer Thévenet dans cette salle qui est la meilleure pour les expositions du Festival est une façon de dire :"Je te crache à la figure".

Jean-Marc Thévenet a le droit de travailler, quand même. Il a été viré il y a six ans. Il devrait y avoir prescription...

Il en a parfaitement le droit. Je ne suis pas pour que l’on boycotte Thévenet. J’ai beaucoup aimé l’exposition sur l’architecture qu’il avait faite à Paris. Ce n’est pas le problème. Je ne prends pas Gilles Ciment pour un con, il n’a pas fait ce choix par hasard. J’ai déclaré que c’était une imbécillité, c’est ce que je crois.

Si Michel Boutant peut influer sur les décisions de la Cité, est-ce que l’Association, donneur d’ordre, ne peut pas de son côté demander à 9eArt+ de mettre de l’eau dans son vin ?

Ce langage-là, je ne vous ai pas attendu pour le tenir. J’ai toujours dit à Franck : "Tu ne peux pas être en guerre avec le monde entier !" Maintenant, je sais qu’il a réglé les problèmes avec les éditeurs, les auteurs et les partenaires financiers privés et publics. C’est un équilibre très difficile. Sa méthode est la sienne...

Mais si elle met le FIBD en difficulté ?

Mon intervention n’avait pas d’autre objet que de dire : "Arrêtez, vous allez dans le mur !" Je ne veux pas que l’on puisse dire que j’ai donné tort à l’un ou à l’autre. Ce que je veux, c’est que l’on se dise que le festival est quelque chose de très important et que l’on fasse des chouettes choses pour le réaliser. Les Angoumoisins, comme beaucoup de gens, pensent que le FIBD et la Cité, c’est la même chose. Il faut régler le problème !

Êtes-vous optimiste ?

Oui, car j’ai une disposition de mon caractère qui pense que tout va finir par s’arranger. Ceci dit, j’ai quand même la frousse, c’est pourquoi je suis intervenu aussi fort. Chaque mot était pesé. Je n’attaque personne, j’invite tout le monde à s’entendre.

Propos recueillis par Didier Pasamonik

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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