Frank Pé : "Mon métier c’est d’enchanter le monde pour des gens qui ont envie de me recevoir"

22 août 2016 4 commentaires
  • Nous vous avions longuement déjà parlé de l'expo Frank Pé qui se tient actuellement depuis le 22 mars jusqu'au 4 septembre au Centre Belge de la Bande Dessinée (CBBD). Nous y revenons au travers de ce passionnant entretien où l'auteur se livre à cœur ouvert alors qu'il occupe l'actualité, avec plusieurs publications, dont sa version de "Spirou" et une copieuse intégrale de "Broussaile". Un programme particulièrement chargé pour cet artiste qui vient de fêter ses 60 ans.
Frank Pé : "Mon métier c'est d'enchanter le monde pour des gens qui ont envie de me recevoir"
Expo CBBD : "Frank Pé ou Les Passions d’un Faune"
Photo : Christian MISSIA DIO

Est-ce la première fois que vous exposez au CBBD ?

Frank Pé : Non, j’ai déjà participé à des expositions collectives, notamment à l’expo intitulée : “Bruxelles dans la BD”. Je leur avais d’ailleurs fourni une vingtaine de pièces. Mais une expo rétrospective, non, c’est la première fois.
Une rétrospective est quelque chose d’unique car on ne le fait que quelques fois dans sa vie. C’est donc la première fois que j’expose tous mes travaux au Centre Belge de la BD.

Vous êtes un auteur rare dans la BD. Vous n’avez publié qu’une douzaine d’albums tout au long d’une carrière que vous menez depuis 38 ans maintenant. Comment réagissent vos lecteurs, lorsqu’ils vous rencontrent, par rapport à cette rareté ?

Je ne sais pas. Vous savez, je travaille pour un public qui me suit et qui apprécie que je ne travaille pas dans l’actualité, avec des soucis de présence régulière chez les libraires. Mais quand je sors un projet, j’essaie toujours de proposer quelque chose de mûr, de bien et cohérent par rapport à mon parcours. Et cela, les gens le perçoivent. On dit souvent que l’on forge son public à son image.

Lorsque je suis en dédicace, on se rend vite compte que mon public n’est pas celui de Largo Winch, par exemple. Et j’ai beaucoup de chance avec ce public. Certains sont devenus des amis. On ne récolte que ce que l’on sème.

Maintenant, il ne faudrait pas croire que je travaille peu, que du contraire ! Je bosse énormément et de plus en plus vite. On peut d’ailleurs se rendre compte, dans cette rétrospective, de tous les domaines que j’aborde. Si vous prenez mes travaux sur les dessins animés, par exemple, vous vous rendrez compte que ça dépote ! Pareil pour ma version de Spirou. Cela faisait un moment que je n’avais plus fait de BD mais là, j’ai réalisé 84 pages. C’est dense, fourni. C’est un projet énorme !

Je ne suis peut être pas très présent sur les tables des libraires mais ceux qui me suivent, notamment grâce à mon site Internet, savent que je bosse tout le temps. Mon site est régulièrement alimenté.

Je rajouterais autre chose : cette année-ci est particulièrement riche puisque j’ai mon Spirou qui sort en octobre ; un artbook de 300 à 400 pages qui sortira début 2017 ; une réédition de mes deux albums de Little Nemo que j’avais publiés chez Thot et qui ressortiront dans une édition de luxe pour le grand public au début de l’année prochaine ; et puis une intégrale Broussaille qui sortira en même temps que le Spirou. Cet intégrale est un livre qui fera 600 pages. C’est pas mal ça quand même, 600 pages ! Pour quelqu’un qui travaille peu, qui n’est pas présent, c’est pas mal, non ?

Intégrale Broussaille T1 - 1978-1987
Frank & Bom (c) Dupuis

Concernant le Broussaille, cet intégrale contiendra donc les cinq albums de la série, plus les Papiers de Broussaille que vous aviez publiez dans le magazine Spirou. C’est bien cela ?

Plus ou moins. Il s’agit du tome 1/2 de l’intégrale Broussaille. Celui-ci contiendra l’intégralité des Papiers de Broussaille, les récits complets publiés dans le Journal Spirou entre 1978 et 1985, les portfolios, les tirés à part, des études, des interviews que j’ai fait sur le monde de Broussaille et les albums "Les Bleines publiques" et "Les Sculpteurs de lumière. L’équipe des intégrales de Dupuis est vraiment magnifique. Ils sont très motivés et accomplissent un boulot remarquable. Je les remercie beaucoup pour ce qu’ils ont fait.

Revenons un instant sur votre participation au dessin animé Excalibur, l’épée magique, qui est sorti il y a dix-huit ans chez Warner USA. En 1996, dans une interview que vous aviez accordée à un fanzine bruxellois, vous expliquiez que vous aviez effectué une grande quantité de dessins. Votre rôle dans ce long métrage était de stimuler la créativité des animateurs en proposant des dessins de toute sorte. À la fin, vous aviez aussi précisé que les animateurs n’avaient finalement retenu que peu de choses de vos dessins. N’est-ce pas frustrant ?

Non. J’ai souvent eu ce cas là lorsque je travaillais dans l’animation. On ne travaille pas pour que tous nos dessins soient publiés ou utilisés. C’est comme ça, c’est le jeu. Il s’en dégage donc une sorte de légèreté qui s’installe parce que lorsque vous êtes en train de travailler du matin au soir sur votre table de dessin pour des travaux qui doivent être publiés, il y a une sorte d’épée de Damoclès au dessus de votre tête, vous avez la pression. Si vous faites un truc pas terrible, cela vous poursuivra jusque dans votre tombe.

Dans le dessin animé, ce n’est pas du tout ça. Mon travail dans l’animation c’était d’apporter une énergie aux animateurs. Vous savez, l’univers de l’animation est très différent de celui de la BD. Il y a beaucoup de gens formidables, qui sont très compétents et même hypers pointus car ils se spécialisent dans un domaine bien précis. Par exemple, en BD vous ne trouverez pas des gens qui ne font que des ombres ou que de l’animation de chevaux. Ce sont des spécialistes et on apprend énormément en travaillant à leurs côtés pendant des mois. C’est une expérience de vie. Ce n’est pas juste une démarche entre moi et le public. Pour moi, ce fut une grande chance de participer à ce genre de projets. Travailler en studio, me rendre en Californie ou bosser avec nWave Pictures, une boîte belge spécialisée dans les effets spéciaux, furent de grandes expériences. Une frustration ? Non !

Photo : Christian MISSIA DIO
Photo : Christian MISSIA DIO
Travaux préparatoires à Excalibur
Photo : Christian MISSIA DIO
Travaux qui ont servi au dessin animé Excalibur
Photo : Christian MISSIA DIO

Dans cette même interview, vous expliquiez que les animateurs vous enviaient parce que vous pouviez laisser libre cours à votre imagination.

C’est vrai. La raison pour laquelle on m’engage, c’est comme chercheur sur des personnages ou chercheur d’idées. Par exemple dans Excalibur, il y avait une séquence de chanson. On m’a demandé ; « Tiens, dans cette séquence-là, est-ce que tu peux nous faire une dizaine d’images sur cette chanson ? »

Je suis vraiment impliqué dans le projet, comme un metteur en scène. Je proposais des plans, des éclairages, des mouvements. Après, tout cela va être bouffé, digéré par l’équipe des animateurs et ils en ressortiront quelque chose de totalement original. C’est vrai que les gens dans les studios envient cette liberté, parce que c’est la meilleure partie du job. Vous pouvez librement exprimer votre créativité. Après, on devient artisan, il faut réaliser et à la fin d’une planche, la fin d’une séquence, on passe des nuits blanches et on finit exténué. On va chercher au fin fond de ses tripes une once d’énergie parce que l’on est crevé. Alors que moi, je ne suis qu’au début (rires). Je suis dans le plaisir. C’est sûr qu’ils envient ça et c’est quelque chose que j’ai pu constater plusieurs fois. Lorsque je me baladais dans les boxes des animateurs, je remarquais que, souvent, mes dessins étaient punaisés au mur et ils leurs servaient d’inspiration. C’est très gratifiant parce que d’une manière ou d’une autre, mon travail se retrouve dans le film.

Avez-vous eu d’autres expériences dans le dessin animé ?

Oui. Après Excalibur, j’ai travaillé pour une filiale de la Warner en Allemagne, qui s’appelle Cartoon-Films à Berlin. J’ai travaillé sur trois longs métrages.

Lesquels ?

Le premier s’appelait Kleiner Dodo. Il s’agit de l’histoire d’un petit orang-outang à Bornéo. J’ai travaillé sur le deuxième film Laura’s Star et enfin, j’ai bossé sur The little Polar Bear - The Mysterious Island. Pour ce long métrage, j’ai créé toute la faune que l’on peut retrouver aux Galápagos. J’ai créé une scène qui se déroule dans un squelette de mosasaure. J’ai dû créer le monstre marin et j’en ai fait la maquette.

Ensuite, j’ai bossé pour nWave, sur le film Robinson Crusoé qui est sorti cette année. Enfin, j’ai travaillé sur le film live de Quartier Lointain de Sam Gabarski. J’ai réalisé tous les dessins du héros. Là de nouveau, on voit peu de choses du travail qui a été réalisé. Car Sam, prend ce qu’il veut et il vire le reste.

L’Élan
Frank a créé le personnage de l’Élan pour animer les bas de pages du Journal de Spirou. Un album reprenant les strips de l’Élan fut publié en 1984 chez Dupuis.
Photo : Christian MISSIA DIO

Aura-t-on l’occasion de découvrir tous vos dessins et études dans un Artbook ?

Non, je ne crois pas. C’est tellement spécifique que c’est difficile de réunir cela dans un bouquin. Ou alors, ce devrait être des Artbooks consacrés à des films, comme ceux consacrés à Miyazaki ou Disney. Mais cela se fait peu. Ce n’est pas leur métier principal. Pour eux, ce qui compte c’est de vendre les films. Les autres éditeurs sont aussi frileux parce que c’est très dur de vendre des Artbooks. C’est vraiment une niche.

Mais vous savez, je rêve de faire cela, de publier tous mes travaux faits pour Excalibur. Mais on voit une partie ici à l’expo. On voit tous ces personnages d’armes et d’outils métalliques. C’est un moment de créativité super mais qui ne se voit pas du tout dans le film. Cela n’a pas été repris mais l’idée était formidable.

Avez-vous participé à la scénographie de cette exposition ?

Oui et ceci depuis le début.

C’est vraiment votre vision ?

Non, ce n’est pas uniquement ma vision. C’est un travail d’équipe qui a été réalisé avec Jean Serneels, qui est le scénographe du CBBD. Il a fait un travail remarquable ! C’est quelqu’un qui est capable d’apporter des idées et dans le même temps, de régler avec brio tous les problèmes techniques rencontrés tout au long de la mise en place de cette expo, en vous faisant croire que tout est léger. C’est vraiment le genre de collaborateur précieux.

Nous avons travaillé étape par étape ensemble, même si il y a eu des moments de solitude. Par exemple, lorsque l’on vous dit que mardi, on vient chercher tous les originaux, les sculptures, les dessins inédits, etc. Il faut alors ouvrir toutes les caisses disséminées de la cave au grenier et faire le tri dans tout ce que j’ai fait depuis que j’ai l’âge de 10-15 ans, et choisir le meilleur. Tout étiqueter. Ça fait beaucoup de travail !

Fresque réalisée par Frank durant la Nuit de la BD le 6 août dernier
Photo : CBBD
Les Schtroumpfs vu par Frank
Extrait de l’ouvrage "Portraits héroïques".
Frank Pé (c) Dupuis
Photo : Christian MISSIA DIO
Sculptures en bronze réalisées par Frank Pé
Photo : Christian MISSIA DIO

Conservez-vous tous vos travaux ? Avez-vous vendu beaucoup de dessins originaux ?

Il y a un peu de tout. Je me suis fendu d’un bel atelier où j’ai emménagé des zones de conservations qui sont correctes. J’ai un grenier dans lequel il y a un bordel innommable, où il y a de vieilles choses qui ne sont pas classées parce que je n’ai pas le temps. À côté de cela, il y a beaucoup d’œuvres qui ont été vendues car, le monde de l’édition étant ce qu’il est, avec la crise... Les éditeurs se sont arrangés entre eux pour payer de moins en moins les auteurs. Avec tout cela, on est bien obligé de vendre une partie de nos travaux.

Lors de notre dernière rencontre, vous aviez justement poussé un coup de gueule contre les éditeurs.

Little Nemo, d’après l’oeuvre de Winsor Mc Kay T1 - Wake up !
Frank Pé (c) Thot
Photo : Christian MISSIA DIO

Oui, tout à fait. J’ai poussé un coup de gueule qui a peu servi mais bon, on ne peut pas changer le monde...

Et donc pour moi, c’est indispensable de participer à la scénographie d’une expo.

Que ce soit avec la galerie 9ème Art à Paris ou avec Champaka à Bruxelles, qui sont des gens créatifs, nous élaborons entre nous beaucoup de projets. Des projets qui m’intéressent et qui ne sont pas uniquement commerciaux. Par exemple, la reprise de Little Nemo est née d’une idée de Bernard Mahé de la galerie 9ème Art. Cela m’a fait découvrir un énorme truc, dans lequel je me suis beaucoup investi. Sans lui, je n’aurais probablement jamais fait cette série. Et c’est un galeriste qui l’a initiée. Super !

Même pour de grosses ventes du genre Sotheby’s ou Christie’s, on essaie que ce soit toujours des démarches créatives, qui ont du sens. Il ne faut que ce soit toujours des démarches trop commerciales, parce qu’après, si cela ne marche pas...

Lorsque l’on suit votre parcours, on se rend compte que vous êtes un artiste très présent dans les galeries et les ventes publiques. Surveillez-vous toutes les ventes que vous faites ?

Oui, bien sûr.

N’y a-t-il pas une contradiction dans votre philosophie ?

Quelle est ma philosophie ?

Si je prends la série Broussaille par exemple, Michel de Bom et vous étiez dans une démarche anti-productiviste. Vous faisiez un album quand l’envie était là et non juste pour vendre des BD. C’est d’ailleurs le cas tout au long de votre carrière. Mais d’un autre côté, vous participez à beaucoup d’expo-ventes dans des galeries d’art ou des événements prestigieux... Comme le chanteur Jason Kay du groupe Jamiroquai qui est un écologiste reconnu mais qui, dans le même temps, possède une luxueuse collection de voitures de sport...

Je ne vois pas où est la contradiction. Je vois le paradoxe dans l’exemple de votre chanteur mais je ne le vois pas dans mon cas. Ce n’est pas parce que l’on vend chez Christie’s ou Sotheby’s que l’on est en train de baisser sa culotte. C’est cela que j’essaie d’expliquer. Ça reste de vraies projets qui sont liés à tout le reste... Si il y a de la compromission là dedans, alors là je ne le vois pas.

Vincent Murat - Comme un animal en cage
Frank & Terence (Thierry Martens) (c) Dupuis

Il y a cette connexion avec le monde de l’argent...

Je ne regarde jamais l’intermédiaire. J’ai toujours l’envie de dessiner ou de raconter des histoires pour le lecteur ou pour l’amateur de belles images. C’est lui mon interlocuteur. C’est à lui que je fais des cadeaux. Mon métier c’est d’enchanter le monde pour des gens qui ont envie de me recevoir. Maintenant, il me faut des intermédiaires parce que je ne peux pas tout faire. Il me faut des éditeurs, il me faut des galeristes pour toucher ma cible. Mais cela doit se faire le mieux possible. C’est pour cela que je travaille avec un galeriste à Paris, avec qui nous sommes sur la même longueur d’ondes en ce qui concerne les valeurs, et pas du tout avec d’autres avec qui je suis en désaccord. Je ne vais pas donner de noms mais c’est clair et net, je ne passerai jamais cette limite-là.

Il y a quelques temps, vous aviez participé à une émission à la RTBF (équivalent belge de France Télévision), dans laquelle vous parliez de votre projet de zoo : un vrai zoo, pas la BD. La particularité de ce zoo c’est que cet endroit sera aussi un lieu de résidence pour les artistes qui aimeraient travailler avec les animaux. Où en est ce projet ?

C’est une idée qui m’est venue lorsque j’ai quitté Bruxelles pour m’installer à la campagne et y construire mon atelier. Très vite, j’y ai accueilli des animaux exotiques et cela a créé un mélange intéressant qui m’a fait réfléchir à un concept inédit : créer une collection animale - j’aime beaucoup les zoos - non plus avec un regard scientifique, mais artistique, dans un environnement de création. Cela m’a paru être un concept tout à fait nouveau. Je n’ai jamais vu ça ailleurs dans le monde.

Maintenant, moi petit dessinateur, construire un tel endroit avec mes moyens limités, c’est compliqué et extrêmement lourd. J’ai plusieurs fois démarré mais j’ai dû m’arrêter à un certain moment parce que je n’avais pas toutes les capacités ou toute l’équipe qu’il fallait. Maintenant j’en suis à la troisième mouture qui a beaucoup évolué et j’en suis très content. J’ai une équipe autour de moi, j’ai des partenaires, et maintenant nous sommes à la recherche de fonds.

Donc, c’est beaucoup trop tôt pour dire aux copains : « Venez les gars, venez dessiner les bêtes ». Pour l’instant j’y travaille mais si cela se fait, ce sera une sorte d’aboutissement de tout ce que j’ai fait jusqu’à présent : il y a les animaux, la BD, l’illustration, les belles images. Il y a le côté grand public, le côté show, il y a les médias. Bref, ce serait formidable !

Planches de l’album "Entre chats" publié en 1989 chez Delcourt
Photo : Christian MISSIA DIO
Photo : Christian MISSIA DIO
Manon, le personnage principal de la série Zoo
Frank & Bonifay (c) Dupuis
Photo : Christian MISSIA DIO

Par le passé, vous aviez collaboré avec Éric Domb, le directeur du parc zoologique belge Pairi Daiza. Fait-il partie de votre équipe dans ce projet ?

Éric Domb est tout à fait engagé dans le développement de Pairi Daiza et je ne pense pas qu’il ait envie de s’engager dans d’autres voies. Et puis, Éric est un homme d’affaires particulier, c’est un businessman redoutable. Il a une vraie vision pour son parc que j’adore, mais travailler avec lui, ce n’est pas toujours facile. Je ne me sens pas du tout en concurrence avec lui, comme avec d’autres parcs d’ailleurs et mon offre est tout à fait différente.

Où sera situé votre parc, en Belgique, en France ou ailleurs dans le monde ?

En Belgique, dans la région proche de Namur. Le plus proche de chez moi possible car comme le concept est neuf, il faut être pleinement disponible et le suivre correctement, sinon il pourrait déraper et devenir, soit un zoo traditionnel, soit une affaire commerciale. Il y a pleins d’ornières dans lesquelles le projet pourrait tomber. Il faut donc que je sois présent pour le superviser.

Quel est votre regard sur l’évolution du quartier bruxellois de votre jeunesse, le Quartier Léopold, qui est devenu le Quartier européen et principal centre d’affaires de la ville ? C’est dans ce quartier que vit votre personnage Broussaille.

L’affaire est pliée depuis longtemps. Depuis 20 ans, les communautés européennes, mais surtout les hommes d’affaires belges et bruxellois ont œuvré pour l’implantation des institutions européennes dans ce quartier. C’est un péché capital d’implanter ça là, dans un quartier ancien et chargé d’histoire. Aujourd’hui, il n’y a plus moyen de bouger, tellement c’est saturé de voitures et les rues sont bloquées à cause des menaces d’attentats. Le Quartier Léopold, c’est une affaire de pognon ! Il n’y a rien d’autre à dire. Quand on connaît les dessous de l’affaire... Je n’ai rien contre l’Europe a priori. J’adhère pleinement à l’idée de l’Europe, mais je n’aime pas la manière dont elle est menée concrètement. Ce que l’Europe libérale fait en ce moment ne me plaît pas. Ils ont appliqué un masque positif à un truc négatif.

Mais je n’ai pas coupé les ponts avec ce quartier, je suis toujours en contact avec des personnes que j’ai connues lorsque j’y vivais. Ce qu’il reste de ce quartier m’est toujours très cher. Mais quand je vois qu’ils envahissent le Parc Léopold pour leurs manifestations, pour faire un parking ou pour leurs petites affaires, ça ne me plaît pas. C’est nier l’histoire de ce quartier de Bruxelles et ce n’est pas respectueux pour ses habitants.

Photo : Christian MISSIA DIO
Photo : Christian MISSIA DIO
Photo : Christian MISSIA DIO

Vous avez évoqué tout à l’heure la publication de la grosse intégrale de Broussaille. Doit-on comprendre que Broussaille est une page définitivement tournée pour vous ? Il n’y aura plus jamais de nouveaux albums ?

Une intégrale ne veut pas dire un enterrement ! Une intégrale, cela veut juste dire que l’on reprend ce que vous avez fait, comme une sorte de bilan, dans un gros album. C’est une rétrospective, comme mon expo au CBBD, par exemple. Mais une rétrospective ne veut pas dire que vous arrêtez de dessiner. Ça n’a rien à voir (rires) !

Il est très clair avec l’éditeur qu’il y aura des rééditions des albums parus, peut-être avec d’autres couvertures, peut-être une nouvelle intégrale plus tard. Peut-être même de nouvelles aventures de Broussaille. Tout est possible. Tout est ouvert.

C’est la forme éditoriale qui prend un autre aspect pour s’adapter aux besoins des lecteurs d’aujourd’hui. Il y a tellement de nouveautés aujourd’hui que c’est plus facile de mettre en place et d’assurer la promotion quand on a un ouvrage ramassé et conséquent. Quand c’est visible. C’est une forme moderne pour vendre du fonds et de mettre en valeur un patrimoine BD. C’est une manière de faire comprendre que l’on est peut-être passé à côté de quelque chose de très intéressant.

Il y a tout ce courant de la BD belge des années 1980-1990 qui a été occulté par l’émergence de la BD française. Cette BD française, littéraire, qui a fait beaucoup de bien à la bande dessinée en général. Mais dans le même temps, elle avait beaucoup de prétention et a souvent oublié le dessin, tout en gommant ce qui se faisait ailleurs dans le même temps, comme en Belgique. Les Français ont souvent tendance à prendre tout l’espace et considèrent parfois que, quand une chose ne se passe pas chez eux, cela ne se passe nulle part. Nous étions un peu dans le purgatoire de la BD à cette époque-là. Ressortir des séries en intégrale, c’est une sorte de renaissance.

Frank Pé a réalisé de nombreux tableaux dans le style d’Alphonse Mucha
Photo : Christian MISSIA DIO

Pour moi, en tant que lecteur, Broussaille a été une BD très marquante, notamment parce que celle-ci revendique vraiment son ancrage bruxellois. J’ai découvert cette série en 1993, lorsque j’étais jeune adolescent et je me souviens m’être baladé à plusieurs reprises dans le quartier du Muséum des Sciences naturelles avec un album en main afin de retrouver l’appartement de Broussaille. C’est Broussaille qui, le premier, m’a fait aimer ma ville car l’action se passe dans des endroits que je connais, où je suis passé des milliers de fois.

Merci beaucoup. C’est très fort ce que vous venez de me dire là.

Je sais qu’à une certaines époque, les éditeurs demandaient à leurs auteurs belges de masquer le plus possible les références à la Belgique dans leurs albums afin que le lectorat français puisse mieux s’identifier. Était-ce difficile pour Bom et vous d’imposer à votre éditeur ce côté belge dans votre série ? Si je prends l’exemple de la série de votre scénariste, Julie, Claire et Cécile, qu’il réalise avec le dessinateur Sidney, celle-ci se passe clairement à Paris et ailleurs en France, alors que ses auteurs sont belges.

Non, pas vraiment. En fait, il faut préciser que ce mouvement-là avait émergé avant moi. Ma génération n’a pas connu cette époque où l’éditeur demande à ses auteurs de situer les histoires à Paris ou ailleurs en France. Cela se passait du temps de Franquin. Mais je ne suis pas le seul à revendiquer Bruxelles comme lieu de l’action de mes histoires : Bidouille et Violette étaient aussi plus belges que français, même si Bernard Yslaire avait peut-être moins à cœur que moi de représenter la capitale belge. Mais le marchand de frites que l’on retrouve dans sa série était bien situé sur la place Jourdan. Il y a eu François Schuiten quand même, qui a clairement marqué son attachement à Bruxelles. Je pourrais aussi citer Alain Goffin qui a fait des albums à Bruxelles.

Broussaille et Catherine
Frank & Bom (c) Dupuis
Photo : Christian MISSIA DIO
Extrait de "Broussaille au Japon"
Frank (c) Dupuis
Photo : Christian MISSIA DIO

Le régionalisme est devenu un plus. Et de plus en plus apprécié.
Dans le cas de Broussaille, il y a un autre élément qui a aussi joué, c’est que Bom et moi voulions raconter une histoire fantastique. Quand vous voulez faire émerger quelque chose d’impossible, cela peut être un monstre ou une baleine, vous devez ancrer votre histoire dans le réel, parce que sinon, cela n’aura pas le même impact. Si l’histoire se passe dans une ville imaginaire sur la planète Mars, tout le monde s’en fout qu’il y ait des baleines volantes. Mais quand l’histoire se passe dans votre ville que vous connaissez, que vous vous identifiez aux personnages, là, ça devient autre chose.

Et puis, j’ai toujours adoré Brel lorsqu’il chante Bruxelles. J’aime particulièrement des chanteurs qui sont très ancrés dans leur environnement, parce que cela a un charme. Quand on parle de quelque chose que l’on connaît, que l’on a vécu dans ses tripes, on transmet quelque chose qui est impossible de toucher d’une autre manière. Si j’invente une ville, je n’arriverais pas à lui donner le même charme que la ville où j’ai vécu. C’est impossible ! Après, on peu faire des choses très bien : la ville dans Blade Runner est extraordinaire. Mais travailler sur Bruxelles, sur New York pour Woody Allen ou Paris comme le font André Juillard et Jacques Tardi , est un avantage énorme. Cela va dans le sens que j’aime bien, car cela apporte un petit plus. Ce petit quelque chose qui vous touche, qui vous fait vibrer. Vous vous ouvrez... J’aime bien les ouvertures du cœur. Ce n’est pas toujours facile d’atteindre ce résultat-là. Il faut des clés pour arriver à cela.

Extrait de Broussaille T1 - "Les baleines publiques"
Frank & Bom (c) Dupuis
Photo : Christian MISSIA DIO

J’estime qu’être en contact avec un lecteur, c’est disposer d’un moment privilégié d’échange avec lui, cela mérite un beau cadeau. En général, on se barde de protections qui vont du cynisme à l’ironie, à la critique, à la rationalité. Toutes ces choses qui empêchent d’entrer dans une belle histoire et vivre des émotions, et même, au-delà de l’émotion, de commencer à se regarder soi-même, de regarder là où on a mal, là où on est beau, où l’on a du chemin à faire. Et c’est là que tous se passe en fait. Les fictions servent à cela et à rien d’autre. Ce n’est pas juste pour passer son samedi soir et l’oublier le lendemain matin. Ce n’est pas que pour se divertir.

Divertir, voilà un mot que je déteste ! Se divertir pour moi, c’est aller dans le bas-côté de la route. Quel est l’intérêt ? L’intérêt, c’est de retrouver le sens de la route. Il faut arriver à donner un petit plus. Et cela, c’est mon job (rire). Voilà pourquoi Bruxelles (il sourit).

Le Spirou de... T10 - La lumière de Bornéo
Frank Pé & Zidrou (c) Dupuis

De Broussaille, nous passons à Spirou. Dans les premières planches de ce nouvel album, Spirou porte des lunettes et cela lui donne un petit air de... Broussaille, justement. Pourquoi ce choix ?

Cela se comprendra en lisant l’histoire, évidemment. Même si cette raison n’est pas clairement expliquée.

L’histoire de cet album se déroule dans un future proche, parce que je voulais un Bruxelles un peu déglingué. Un peu plus que maintenant. Les inégalités sociales sont plus grandes : il y a plus de gens dans les rues, plus de gens riches aussi. On sent que cela ne va pas très bien. C’est le contexte de l’histoire que nous voulions raconter Zidrou et moi.

Spirou est toujours un héros crédible et positif. Je tenais beaucoup à cela. Je ne suis pas dans le cynisme, ni dans l’ironie ou le décalage. Je suis dans le premier degré. C’était mon premier challenge. Je voulais conserver l’âme de ce personnage attachant que j’ai tellement aimé dans mon enfance. Je voulais le garder dans ce rôle, d’autant plus que j’étais très triste lorsque Franquin disait que Spirou lui semblait vide. Il voulait dire qu’un héros positif le faisait un peu rire. Il a dit cela à l’époque où il en avait marre d’animer Spirou & Fantasio. Ce discours un peu amer de Franquin sur Spirou est resté dans les mémoires.

Mais je m’inscris vraiment en faux par rapport à cela parce que je suis persuadé, et ses dessins le montrent, que Franquin a aimé Spirou. Il l’a animé, en se projetant dedans, comme un héros vraiment sympa. Et à la fin de sa vie, lorsqu’il est lui-même en crise et qu’il commence à concevoir ses Idées Noires, évidement qu’il est en décalage par rapport à Spirou. Donc, il va s’auto-critiquer et donner cette image de Spirou, héros ringard. J’ai trouvé cela dommage. C’est pour ça que mon Spirou est positif, il est chouette, mais il a un peu vieilli quand même. C’est la raison pour laquelle il a de petites lunettes, qui sont un symbole de mûrissement. Cela donne du sens à l’histoire car il y rencontre une jeune ado, une future héroïne qui va reprendre le flambeau que Spirou va lui transmettre. Mon Spirou aura un rôle de mentor et de passeur.

Frank & Zidrou (c) Dupuis
Frank & Zidrou (c) Dupuis

Vous venez d’avoir 60 ans. C’est un cap dans la vie d’un homme. En regardant le chemin que vous avez parcouru en tant qu’artiste, avez-vous des regrets et quelles sont vos envies pour le futur ?

Il y a beaucoup de projets que j’aurais aimé faire mais ce n’est pas grave parce que j’ai eu tellement de chance de faire tout ce que j’ai déjà effectué. Voir cette rétrospective au CBBD. Voir tous mes travaux côte à côte, c’est... À chaque fois, c’étaient des projets personnels, ce n’étaient pas des travaux de commande ou alimentaires. À chaque fois, j’ai pris mon pied et j’ai pu explorer une nouvelle facette de mes capacités. C’est une chance inouïe ! C’est sûr qu’il me reste encore un tas de choses à faire ou à explorer, mais il me faudrait une vie de 3 000 ans.

Néanmoins, ce projet de zoo artistique que je vous ai expliqué me tient vraiment à cœur et j’aimerais vraiment le concrétiser. Ce n’est pas uniquement un zoo, ce n’est pas juste un projet artistique, c’est tout cela à la fois. C’est aussi un lieu où je pourrai expérimenter de nouveaux concepts artistiques et de nouvelles œuvres, en solitaire ou en collectif, mais que je ne pourrais pas faire autrement. C’est vrai que j’ai entamé une course contre la montre car faire un zoo est un projet de longue haleine. Il faut lui laisser le temps de démarrer et trouver son rythme de croisière, comme le Centre Belge. Mais j’espère connaître ça, tant que je suis productif et vaillant.

Cela dit, après Spirou, je vais m’attaquer avec Zidrou à la reprise d’un autre personnage très célèbre. C’est un très beau projet !

Vous n’en direz pas plus ?

Non, j’en ai déjà beaucoup dit (rire).

Propos recueillis par Christian Missia Dio.

Frank & Zidrou (c) Dupuis
Un extrait du Spirou de Frank et Zidrou
Frank & Zidrou (c) Dupuis

(par Christian MISSIA DIO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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En médaillon : Frank Pé. Photo : Christian MISSIA DIO
En survol : Frank Pé à Soliès-Ville. Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

À lire sur ActuaBD.com :

Visitez le site officiel de Frank Pé

L’agenda de la rentrée 2016 de Frank Pé :

Expo Frank Pé ou Les Passions d’un Faune - Jusqu’au 4 septembre
Centre Belge de la Bande Dessinée - Musée Bruxelles
Rue des Sables 20
1000 Bruxelles
Tél. : + 32 (0)2 219 19 80
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Ouvert tous les jours de 10 à 18 heures.
Expo Frank Pé au CBBD

Festival BD de Solliès-Ville
Du 26 au 28 Août 2016
Réalisation d’une fresque, potentiellement avec Kim Jung-Gi, ou une dessinatrice chinoise.
Festival BD de Solliès-Ville

Fête de la BD de Bruxelles 2016 - Brussels Comic Strip Festival
Du 2 au 4 septembre 2016
Parc Royal de Bruxelles
Réalisation d’une fresque Spirou de 10 m, du vendredi midi au dimanche soir, à la Comixothèque / salon de lecture, au centre du Parc Royal
Entrée gratuite
Fête de la BD 2016

Festival de Chambery
Du 30 septembre au 2 octobre 2016
Réalisation d’une fresque, dédicaces et présentation en avant-première du Spirou, le samedi 8 octobre 2016 à partir de 12h.
Festival de Chambery

Festival de la BD Trait d’union
Watreloos
Du 8 au 9 octobre 2016
Festival Trait d’union

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4 Messages :
  • Belle interview.
    C’est un plaisir de lire Frank Pé.

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    • Répondu par philippe Wurm le 24 août 2016 à  11:59 :

      Oui, très intéressante interview de Frank Pé.
      Parmi les très belles réalisations qu’il a apportées à travers son travail je retiens, effectivement, cette célébration de Bruxelles à une époque où bien sûr il n’était pas "interdit" par les éditeurs de représenter sa ville mais où Bruxelles ne faisait pas partie d’un trio des villes mythique (et presque incontournables) pour y situer une histoire, je pense, par exemple, à Paris, Londres ou New-York. Le fait de s’intéresser à cette ville de moyenne importance, et ce avant son grand essor international lié aux institutions européennes (justement !) était novateur et très personnel. Frank Pé a dessiné son quartier et en a fait celui de son héros, il a utilisé le Musée des Sciences Naturelles (voisin) pour y inscrire, avec Bom, une histoire fantastique avec une sorte de prémonition, car la baleine peut-être vue comme ce géant qui s’inscrit au coeur de la capitale et qui bouleverse tout... mais reste sage (à l’inverse de ce qui est advenu dans la réalité).
      "La nuit du chat" venant confirmer cet encrage, dans une longue promenade nocturne Bruxelloise. Ainsi nous avions l’impression de pouvoir vivre ce lieu, ce quartier, jour et nuit, comme un espace que nous aurions pu habiter.
      Cette sensation était très forte, très troublante pour qui connaissait le quartier (il y avait aussi bcp de libraires BD dans les environs !) et elle ouvrait un espace de fiction original en rendant la frontière entre le réel et l’imaginaire très ténue.
      Maintenant ce quartier comme ces histoires de Broussaille sont inscrites dans l’Histoire de la ville ; et cette caractéristique, si vite advenue, donne une dimension encore plus grande aux aventures du héros écologiste.
      Aujourd’hui de nombreux auteurs s’inscrivent volontiers dans la retranscription d’un lieu (certains Français le font même pour Bruxelles ! Ce qui est un bel hommage !) et je pense qu’un certain nombre d’entre nous doivent beaucoup à Frank Pé pour cela.
      Dans la diversité des réalisations de Frank Pé ce n’est pas le moindre des paradoxes qu’un exceptionnel dessinateur d’animaux soit aussi un exemple pour son travail sur le plan urbain ! Cela rejoint cette réflexion qu’il a évoquée concernant les auteurs Belges des années 80 et 90, qui portaient en eux un univers et nous faisaient ressentir une vision globale à travers une oeuvre que l’on pourrait qualifier "d’humaniste" (dans la lignée d’un Franquin mais aussi des grands photo-reporter dans l’esprit d’un Henri Cartier Bresson ou d’un Doisneau).
      Merci à Frank Pé de nous avoir apporté tout cela, aussi !

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  • Je ne comprends pas, hier le titre de l’article était :
    Frank Pé : "Mon job c’est de donner du sens au mot divertissement", pourquoi a-t-il changé depuis hier ?

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 23 août 2016 à  19:10 :

      Parec qu’on trouve celui-ci meilleur. "C’est une question d’hygiène : il faut changer d’avis comme de chemise" disait Jules Renard.

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