Fred Blanchard : "Avec Série B, nous avons toujours fonctionné au coup de coeur et privilégié l’amour du travail bien fait"

14 septembre 2005 0 commentaire
  • A l'occasion des 10 ans de Série B (éditions Delcourt), Fred Blanchard, auteur et directeur de collection (avec Olivier Vatine), nous explique le fonctionnement et l'évolution du label durant cette décennie.

50 titres, 1,5 million d’albums vendus, le bilan est positif et en attente avec les objectifs ?

Il le serait à moins ! Franchement, il n’y a jamais eu "d’objectif" ou de "plan d’invasion" pré-établis chez Série B, nous avons toujours fonctionné au coup de coeur et privilégié l’amour du travail bien fait, de "la belle ouvrage", plutôt.
L’excellent bilan obtenu à l’issue de ces 10 premières années résulte du fait que nous avons toujours essayé d’en "donner pour leur argent" à nos lecteurs, notamment grâce à l’implication exemplaire dont ont su faire preuve les scénaristes, dessinateurs et coloristes qui travaillent avec nous depuis les débuts. La réussite de Série B est avant tout la leur.

Fred Blanchard : "Avec Série B, nous avons toujours fonctionné au coup de coeur et privilégié l'amour du travail bien fait"
logo "10 ans Serie B"

Avec le recul, y a-t’il des déceptions ? des fiertés ?

Je ne suis déçu de rien. Trois auteurs nous ont quittés en 10 ans, pour les autres ce sont pour la plupart devenus des amis, voire des amis proches, en plus de s’être mués en auteurs à succès, ce dont je suis très fier !

© Blanchard/Cassegrain/ Pecqueur/Vatine/Delcourt

L’idée du label Série B est née au hasard de discussions avec Olivier Vatine ; a commencé miraculeusement avec Carmen Mc Callum et Tao Bang, et s’est petit à petit enrichie de succès répétés, succès qui ont mis l’eau à la bouche d’autres éditeurs qui ont essayé de monter des collections au postulat de base proche du nôtre... Le problème dans ces cas-là, c’est que lorsqu’on ne sait pas faire, ça ne marche pas... Je suis heureux que la plupart des lecteurs aient vu la différence d’intention, tout simplement.

Comment se partage le travail avec Olivier Vatine ?

Au tout début de Série B, nous intervenions ensemble sur toutes les séries, Olivier s’occupant plutôt de la narration et moi du design, en plus du suivi des scénarii. Nous apprenions notre métier de directeur de collection sur le tas, au fur et à mesure que les pages arrivaient... Nous nous sommes bien vite aperçus que nous étions beaucoup trop interventionnistes et que nous devions plus faire confiance aux auteurs, ce qui nous a aussi permis de lancer d’autres séries telles que Travis, Nash, Arcanes, Golden City, Golden Cup, Arcane Majeur, Hauteville House, Moby Dick, L’Histoire Secrète, la collection Art of, etc.

© Duval/Quet/Delcourt

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, en cette année des dix ans, nous gérons environ douze séries en parallèle. Nous avons depuis quelques années déjà été obligés de nous séparer le travail, car autrement ça nous aurait pris trop de temps à chacun et ça aurait été trop lourd pour les auteurs...
De toute façon, entre les pages de scénario, les storyboards, les pages encrées, les pages colorisées, les messages émanant de chez Delcourt, je me retrouve déjà avec 20 à 30 mails (accompagnés d’images) à traiter par jour, sans compter les coups de fil (de 9h du matin à parfois 11h du soir), ce qui représente beaucoup de travail, d’énergie et de temps... Si j’avais voulu suivre toutes les séries en cours de près, ce chiffre aurait été multiplié par deux !
Par contre, dans le cas du scénario, je mets toujours un point d’honneur à lire tout ce qui me parvient sur toutes les séries, non que les scénaristes aient absolument besoin de mon avis mais parce que c’est là l’étape primordiale dont va découler tout le reste et avec laquelle il faut être en accord dès le début, même si par la suite je ne suivrai pas telle ou telle série de près.

© Duval/Gess/Delcourt

Avez-vous "carte blanche" de Guy Delcourt ? Vous suit-il systématiquement ?

Ça a été carte blanche depuis le début, même si je pense rétrospectivement qu’il attendait de voir ce que ça allait donner... Guy nous a vraiment laissé le temps de nous développer dans notre coin, sans interventionnisme excessif de sa part, à tel point que nous nous sommes aperçus il y a deux ou trois ans que nous étions presque trop indépendants, que l’équipe éditoriale ne savait pas trop ce que nous fabriquions dans notre coin, confusion qui était parfois répercutée jusqu’auprès des libraires...
Nous avons alors décidé, tout en restant indépendants, de travailler plus étroitement avec Delcourt, chose qui a été facilitée avec l’arrivée de gens comme Thierry Joor à la direction éditoriale ou encore Grégoire Séguin et Caroline Moreau pour le suivi du label à toutes les étapes finales, que ce soit l’impression, les réunions avec les représentants de Delsol, les plannings de sortie, la communication avec le service marketing, etc.
Le résultat de cette collaboration renforcée à été une plus grande efficacité en "bout de chaîne" (en gros, de l’impression à la livraison aux libraires) mais aussi le rapprochement avec des gens en qui nous pouvons avoir toute confiance si nous avons besoin de renforts en cas de coup dur, ce qui est fort appréciable ! L’anniversaire des 10 ans de Série B n’aurait pu avoir une telle ampleur (Catalogue, offres promotionnelles, calendrier/prime à l’achat de 3 albums, dédicaces dans toute la France sur deux mois, site Internet, etc.) sans eux et toutes les équipes éditoriales, marketing, presse, promotion, fabrication avec qui nous avons développé des liens renforcés depuis ces derniers mois.

© Pécau/Kovacevic/Delcourt

Série B, c’est beaucoup de "nouveaux" dessinateurs, quel est votre rôle avec eux ?

Avant tout un rôle d’encadrement afin d’optimiser au maximum leur travail, que chaque goutte de sueur dépensée se retrouve dans l’album au final.

Nous assurons aussi le relais avec le scénariste en attendant que "la greffe" prenne, que les deux auteurs apprennent à mieux se connaître et travailler ensemble. Une fois que c’est effectif, nous avons tendance, tout en restant présents, à les laisser travailler ensemble sur ce qui reste avant tout LEUR série.

© Duval/Quet/Delcourt

Les trois scénaristes du label ont fait leurs preuves. Quel est votre apport auprès d’eux aujourd’hui ?

Nous avons eu beaucoup de chance (je pèse mes mots) en rencontrant Fred Duval, Jean-Pierre Pécau et Daniel Pecqueur aux débuts de Série B, car nous avons très vite été d’accord sur l’essentiel et ils ont pu traduire en termes scénaristiques ce que nous voulions pour notre label.
Nous avions des envies, ils avaient des idées, nous nous sommes rencontrés au bon moment, voilà tout !
Il en a résulté une identité forte dès les débuts de Série B, les lecteurs ont très vite compris ce que nous voulions faire, et c’est dû en grande partie au travail de ces trois-là.
Quant à notre façon de fonctionner, elle perdure depuis les débuts. Nous parlons beaucoup, nous échangeons des idées, nous réfléchissons sur les mêmes types de sujets, et nous continuons à concevoir des séries avec eux.

© Duval/Cassegrain/ Damour/Yoann/Delcourt

Est-ce un principe de décliner chaque univers en plusieurs séries ?

Il était présent en filigrane dès les débuts du label, car même si ça n’était pas explicite, Carmen Mc Callum et Travis ont été conçues dès le début comme deux séries se déroulant dans le même univers. L’idée de décliner chaque univers sur plusieurs séries s’est développée au fil du temps, et pas du tout pour des raisons bassement commerciales ou d’exploitation du lecteur, comme je peux le lire de temps en temps sur certains forums, ce qui a le don de m’exaspérer !
L’idée qui sous-tend tout ça est plutôt de proposer l’exploration d’un univers au travers de plusieurs points de vue, qui sans être identiques, seront complémentaires.

© Pecqueur/Malfin/Delcourt

Par exemple, Golden City raconte la chute et la rédemption d’un homme très puissant alors que Golden Cup propose un univers de course automobile proche de Michel Vaillant, ce qui est très différent au niveau des thématiques. Nous avons décidé de rapprocher ces deux séries, qui auraient pu n’avoir aucun rapport entre elles, le jour où nous nous sommes rendus compte que nous pouvions, en transposant Golden Cup dans le futur, expliquer certains aspects de Golden City qui ne pourraient pas être développés ou expliqués dans cette série. L’avantage de ce genre de principe est double : il permet aux scénaristes de ne pas trop restreindre leurs idées, et surtout de pouvoir pleinement les déployer sur plusieurs séries, révélant ainsi la pertinence et la cohésion de chaque univers proposé. Il permet aussi aux fans d’en apprendre plus sur un univers et des personnages auxquels ils se sont attachés au travers d’autres aventures, toujours complémentaires.
Inutile de le nier, il permet aussi à de jeunes auteurs de commencer une série sans peur de se planter au niveau des ventes, c’est évident, mais encore une fois l’aspect "commercial" de la chose n’est JAMAIS ce qui a primé dans le désir de décliner un univers sur plusieurs séries.

L’histoire secrète scénarisé par Jean-Pierre Pécau paraîtra en novembre. Que pouvez-vous nous dire sur cette nouvelle série ?

Editorialement parlant, c’est pour nous un très gros projet qui nous a demandé des efforts constants pendant presque deux ans. Le principe de la série n’est pas neuf, il est régulièrement exploité chez d’autres éditeurs, puisqu’il va proposer une série complète, composée de sept albums, sur un an. L’originalité vient plutôt du principe, qui nous propose une vision de l’histoire sous un jour conspirationiste digne du Da Vinci Code...
Les faits relatés auront des bases historiques solides, mais seront déformés par le principe de base de la série, ce qui est vraiment très ludique !
Par exemple, tout le monde sait que Napoléon dirigeait la campagne d’Egypte, qui fût un fiasco militaire mais une réussite au niveau archéologique... Mais si en fait Napoléon avait pris prétexte à cette campagne pour aller quémander l’aide d’un personnage très puissant qui, seul, pouvait lui donner les moyens (magiques) de prendre le pouvoir de retour en France ?
Nous avons aussi tenu à préserver un minimum de cohérence graphique entre les albums, déçus que nous étions des différences de niveau entre des dessinateurs sur d’autres séries du même type... C’est pourquoi quatre des albums ont été dessinés par Igor Kordey, les trois autres étant partagés entre deux autres dessinateurs. La couleur sera assurée sur les sept albums par Carole Beau, qui travaille déjà avec nous sur Hauteville House, ce qui nous permettra, je l’espère, d’encore renforcer ce sentiment d’unité, comme sur une série plus "classique".

Quel est l’avenir de Série B ? Multiplier les séries ? Les auteurs ?

Nous verrons bien !
En attendant, nous continuons à réfléchir à de nouveaux projets, mais aussi de nouveaux concepts éditoriaux, tout ceci devrait porter ses fruits dès l’année prochaine avec de nouvelles séries comme Code Mc Callum, Showergate, Le Moniteur, Angela, etc.

(par Laurent Boileau)

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Photo en médaillon : © Olivier Roller/Delcourt

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