Fred : « Que l’histoire soit bonne ! Surtout si c’est la dernière de Philémon. »

11 mars 2010 5 commentaires
  • Après des ennuis de santé, Fred a fait un {come back} remarqué lors d’Angoulême 2010. Où sa cordialité et son inventivité, entre autres qualités, ont fait plus que jamais l’unanimité. Au point que la future médiathèque locale devrait être baptisée le « A », en hommage à {Philémon}. Redevenu gaillard comme un jeune homme, son auteur nous parle de ses projets : de l’ultime volet de la série à une monographie illustrée en préparation…

Vous continuez actuellement à assurer la promotion de votre coffret Une Évasion avec Fred en quatre histoires (Dargaud)…

Oui. C’était une surprise… C’était prévu, évidemment. Mais je n’y pensais plus à ce coffret que l’on avait prévu. C’était un projet, et puis une bonne surprise, sortie le 4 décembre. Quatre albums qui existaient déjà et qui continuent à être exploités sous forme indépendante, regroupés dans un coffret. Quatre histoires : L’Histoire du corbac-aux-baskets, L’Histoire du conteur électrique, L’Histoire du Magic Palace Hôtel et L’Histoire de la dernière image. Elles sont réunies. Mais ce sont des one shots, comme on dit. C’est à dire que les personnages ne servent que pour une histoire. Elles n’ont rien à voir entre elles : le seul lien, c’est le titre qui comporte le mot« histoire » et ce sont des histoires qui doivent faire cinquante-deux pages, je crois, et qui sont des histoires uniques. Si j’avais le temps, j’aurais aimé poursuivre certaines d’entre elles. Toutes d’ailleurs : j’aurais aimé faire des chutes ou quelque chose comme ça. Comme Le Corbac-aux-baskets, qui marche très bien et que j’aime beaucoup. La dernière image également. Tous mes albums, je les aime bien, quoi !

Fred : « Que l'histoire soit bonne ! Surtout si c'est la dernière de Philémon. »
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1. Fred et son coffret Une Évasion avec Fred en quatre histoires. © Florian Rubis, 2010.

Ce coffret, regroupant certaines de vos meilleures histoires, du Corbac-aux-baskets en passant par Le Magic Palace Hôtel et son récit en boucle, n’est-ce pas un concentré éminemment représentatif de votre talent singulier ?

Oui, oui. Mais c’est un peu par hasard ! Vous savez, on ne prévoit pas tellement. Chaque histoire me semblait bonne à développer. Et puis, je la développe ! Elle se débrouille toute seule. À la fin, je suis toujours un peu épaté. Souvent, j’ai déjà oublié. Je suis sur un autre bouquin. Excepté lorsque je feuillette les bouquins, des fois, au cours de dédicaces. Sinon, je ne les relis jamais. Sauf quand j’ai besoin de retrouver un détail, un truc, pour préciser. Après, je suis épaté : j’ai l’impression qu’ils ne sont pas de moi. C’est pas moi. Donc, c’est toujours une bonne surprise ! Je ne suis jamais déçu, quoi ! [Rires.] Mais j’espère que le lecteur ne l’est pas ! C’est surtout ça. Apparemment, il ne doit pas l’être. Puisque ça fonctionne bien. Ça va…

Lors d’une précédente entrevue, vous parliez de projets d’écriture, de théâtre…

Oh, j’ai tellement de projets ! Mais je n’aurai jamais le temps de les mener à bien. Parce que là, maintenant, j’ai quelques problèmes de santé et tout ça. Alors je me limite à ce que j’ai encore en route. Là, je travaille sur un nouveau Philémon. J’avais arrêté pendant deux ans. Je ne pouvais plus dessiner car j’ai été opéré du cœur… J’ai fait plutôt des visites dans les hôpitaux, davantage que dans les salons de bande dessinée.

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2. Philémon et l’âne Anatole. © Fred & Dargaud.

Il s’agira, semble-t-il, de votre ultime Philémon, le seizième tome ?

Oui. Je confirme complètement ! Là, j’ai vingt-huit pages qui sont réalisées. Mais elles ont été commencées il y a très longtemps. Et là, outre ces quatre histoires réunies en coffret, dont nous avons parlé tout à l’heure, j’avais en fait arrêté, entre-temps, le Philémon que j’avais en route, à peu près à la cinquième page. Et puis j’avais envie, non pas d’arrêter Philémon, mais de faire cette Histoire du corbac-aux-baskets, puisque j’avais l’occasion de croiser des psychiatres et tout ça, à ce moment. Quelques jours et ça m’a suffi pour me rendre compte que c’était un sujet qui pouvait être intéressant. Le thème, c’est un type qui se réveille un matin et se rase. Et, en se rasant, il s’aperçoit que ce ne sont pas des poils qu’il coupe, mais des plumes…

Pour le dernier Philémon, est-ce que la fin est déjà fixée ? Y aura-t-il une vraie fin ou une ouverture laissée à des développements éventuels possibles ?

Vous savez, en définitive, il n’y a jamais de fin, si l’on veut ! C’est plutôt une question de forme et de temps. Comme là je ne suis pas tellement, physiquement, en forme, j’aime mieux finir correctement, quoi ! Mais ça n’est pas une fin, en fait. On peut toujours imaginer une suite. On peut imaginer ça pour toutes mes histoires. J’ai donc vingt-huit pages qui sont faites depuis longtemps actuellement… Je sais que là, quand je vais rentrer, je vais me reposer quelques jours. Après, je me mets à la suite de l’histoire. Il reste une vingtaine des pages : j’espère finir pour la fin de l’année. Mais ça n’est pas sûr. J’aime mieux mettre un mois ou deux en plus et que ça soit réussi ! Sans date impérative. J’ai cette chance. L’éditeur, évidemment, souhaiterait le plus vite possible. Mais je n’en tiens pas tellement compte. Que l’histoire soit bonne ! Surtout si c’est la dernière de Philémon.

Comme Hergé, avec Tintin, n’avez-vous pas exprimé le souhait que votre œuvre ne continue pas après vous ?

Ah non, non ! Je trouve que c’est dommage pour l’auteur, et pour le personnage, aussi, souvent. Même le personnage il s’en rend compte, quand il est repris par quelqu’un d’autre !… Ce n’est plus la même chose. Et puis, les repreneurs sont en général des auteurs ou des dessinateurs qui n’ont pas pu s’imposer avec leurs propres histoires. Donc, ils reprennent le truc : c’est plus facile et ça fonctionne mieux. Ce sont souvent des histoires d’intérêt ! Moi, je suis contre. Lorsque l’auteur meurt, eh bien on meurt ! Le personnage meurt avec, et puis c’est tout. On enterre tout le monde. On l’enterre avec une planche à dessin et du papier, et puis on continue à travailler pour l’éternité !… Voilà, je ferai des festivals dans l’au-delà ! Je crois que c’est Francis Blanche qui disait - j’adore ce genre d’humour - : « Je préfère boire le vin d’ici que l’eau de là »… [Rires.] Eh bien moi, je préfère faire les histoires d’ici que les histoires d’au-delà.

Vos spécificités d’auteur, votre poésie, votre onirisme et, en même temps, l’originalité de votre dessin, n’ont-ils pas été difficiles à imposer auprès des éditeurs ? Votre nouveauté, comme souvent, a dû les effrayer, dans un premier temps ?

Oui, oui. Comme la plupart du temps. Et après, quand ils s’aperçoivent… Oui, ça a été long. Plusieurs années quand même ! C’est pour ça que j’ai écrit beaucoup de scénarii pour d’autres dessinateurs. Parce que j’avais de la facilité à écrire. Beaucoup de dessinateurs restent un peu en attente, comme ça. Car ils n’écrivent pas eux-mêmes. Et puis, il y a des concordances. Donc, c’est dommage. Quand on peut faire un mariage de compétences, autant travailler en équipe lorsqu’on peut, quoi !

Dessinateur de bandes dessinées, discipline hybride, à la croisée du texte et de l’image, ne dites-vous pas, presque paradoxalement, que vous accordez beaucoup d’importance à l’écriture ?

Non, ça n’est pas paradoxal : pour moi, la bande dessinée, c’est une façon d’écrire. Moi, j’adore écrire, j’adore les mots, j’adore… J’ai autant de plaisir à écrire des contes ou des textes. Philémon a ainsi beaucoup été retardé, pendant au moins deux ans, à cause d’une série de courts-métrages écrits pour la télévision. Après, je me suis lancé dans l’écriture d’un long-métrage pour le cinéma, avec des comédiens. Il est écrit et tout. Mais il ne sortira pas. J’ai préféré revenir à la bande dessinée.

Parmi vos expériences d’écriture diverses, n’y a-t-il pas eu également la rédaction de chansons pour Jacques Dutronc ?

Oui, bien sûr. J’aime bien, souvent, raconter des histoires. Voilà, c’est ça ! C’est ça mon écriture, pas des analyses sur l’actualité, des faits précis ou des développements. J’aime bien inventer des histoires. Comme des contes de fées modernes, si vous voulez…

Parmi vos inspirations dans l’écriture, Le Naufragé du « A » (Dargaud) fait d’abord penser à une sorte de robinsonnade à la Daniel Defoe. Ensuite, les autres albums de Philémon évoquent Lewis Carroll ou Edgar Allan Poe : l’onirisme, toujours…

Voilà ! Oui, oui. Il s’agit des bases de mon écriture de jeunesse, bien sûr. Ce sont plutôt les auteurs anglo-saxons. D’ailleurs, pour moi, l’humour, c’est anglo-saxon. En France, c’est l’esprit, c’est Sacha Guitry. Ce sont Jules Renard ou Alfred Jarry. En Angleterre, ce sont Lewis Carroll ou Charles Dickens.

Oscar Wilde aussi, Irlandais lui…

Oscar Wilde ! Irlandais, certes, mais Anglo-Saxon également. Chez moi, c’est un mélange de plein d’auteurs qui sont dans un sac… Même si les noms ne me viennent pas spontanément, des gens dans le même esprit ou des films et des trucs comme ça qui m’ont beaucoup marqué. Avec ça, on voyait qu’on pouvait tout faire, tant que c’était bien fait.

Cette tournure d’esprit que vous cultivez dans vos bandes dessinées, surréaliste, onirique, comme le monde des lettres de l’Atlantique, comment est-ce que cela vient ? Avez-vous une recette pour inventer ces choses-là ?

Non. Il n’y a pas de recette. Vous savez, déjà, quand j’étais enfant, j’avais dû imaginer, à l’école primaire, en regardant sur une mappemonde ou des cartes géographiques, que les lettres qui indiquaient l’océan Atlantique, Indien et tous les autres, pouvaient être des îles. Et puis, ça a dû me revenir à un moment où j’avais besoin d’un thème pour Philémon. C’est ressorti ! Je ne me suis pas rendu compte tout de suite que c’était une idée si forte. Au départ, il aurait dû s’agir d’un album unique. Lorsqu’il est sorti, Le Naufragé du « A », c’est là que ça a commencé à accrocher d’ailleurs, vraiment, les histoires dans la bande dessinée pour adolescents et pour les adultes. Sinon, la première lettre reçue après la fin du Naufragé du « A », c’était un petit garçon de huit ans qui m’avait écrit en me disant : « Ah, qu’est-ce que j’ai aimé votre histoire ! » Enfin, plein de compliments et on sentait que c’était authentique. Une écriture très… Il y avait dix lignes, quoi ! Non seulement c’était flatteur, mais c’était très émouvant. Et les dernières lignes disaient : « Le seul reproche à faire, c’est que le « puisateur » (en fait le puisatier, Barthélémy) n’est pas remonté avec Philémon. » Alors, bon, la suite était toute trouvée : il retourne sur le « A » pour chercher Barthélémy. Puis viennent le deuxième, le troisième et la suite des lettres d’Atlantique : A, T, L, etc. Ça se fait un peu comme ça, les idées, par hasard. Si on les cherche, on peut trouver des choses, évidemment intéressantes. Mais c’est moins spontané et, en général, je trouve que c’est plus fort quand ça vient comme une évidence. Comme si c’était déjà là, attendant dans la pièce. Comme s’il y avait un fil, pendant dans la pièce : on commence à faire une pelote, et puis on tricote l’histoire.

Avez-vous parfois des pannes, avant que l’histoire ne revienne ? Parce qu’il y a un grand nombre de trouvailles originales chez vous…

Non, je n’ai pas tellement de pannes. Quand j’ai une panne, ça ne dure pas longtemps : je prends un grand bain. J’essaye d’oublier l’histoire et tout…

Voulez-vous dire que vous prenez un bain physiquement, dans de l’eau j’entends ?

Un grand bain, dans une baignoire ! Oui, oui, un bain bien chaud et j’oublie tout. Je ne fais pas de grandes marches dans les forêts ou je ne sais pas quoi. Je n’ai pas le temps. Donc, je me plonge dans le bain et, lorsqu’il commence à tiédir, eh bien hop ! La solution commence à venir, le bain est froid et j’ai trouvé l’histoire. Maintenant, pour aller beaucoup plus vite, je prends des bains verticaux. C’est beaucoup plus acrobatique, mais ça dure moins longtemps et c’est très efficace !

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3. Fred jouant avec la forme de la bande dessinée : Le Chat à neuf queues (Philémon T12, p. 13). © Fred & Dargaud.

Autre chose : votre travail sur la forme du médium bande dessinée. Osamu Tezuka faisait cela aussi au Japon. Vous jouez avec les cases, la planche, les bulles : la forme de la bande dessinée, avec beaucoup de recul en ce domaine…

Oui, oui, parce que j’aime bien. C’est une question presque d’étude. J’aime bien essayer d’utiliser toutes les possibilités qui nous sont offertes avec la bande dessinée, un papier, un crayon.

Par exemple, la page 31 de Simbabbad de Batbad (Philémon T6, Dargaud), est caractéristique de cela, avec le pseudo-chien du titre et la fameuse planche qui le représente découpé en cases. Comment naît-elle, l’idée d’une planche géniale comme celle-là ?

Ah, oui ! Parce que j’avais un boxer comme ça. Avec ma femme et mon fils, on avait un chien avant, qui était mort. Je ne voulais plus de chien. Car c’était triste. Ça m’avait rendu triste. On l’avait gardé pendant sept ans au moins. Il était mort de maladie. Et puis, un jour, ils avaient comploté ça, deux ou trois ans après, suite à une occasion : la rencontre avec quelqu’un qui avait une chienne boxer qui mettait bas. Il y avait donc plein de petits boxers. Ils m’en ont amené un, pour me faire une surprise. Alors, bon, quand on voit ça, c’est tellement admirable un petit boxer ! La tête est très grande par rapport au corps. Ça grandit vite un boxer. C’est ce qui m’avait fait penser à l’histoire : tous les jours, chaque matin quand je me réveillais, j’avais l’impression qu’il avait pris encore de la grandeur et du poids. Donc, après, je voulais faire une histoire avec lui, avec ce chien.

Entretien Fred– Extrait de Philémon – mars - 2010
4. La fameuse planche de Simbabbad de Batbad (Philémon T6, p. 31). © Fred & Dargaud.

En ce qui concerne la composition, fabuleuse, de la planche elle-même, comment est-elle venue ?

Ben, c’était un peu un résumé de toutes mes histoires. C’est à dire qu’on commence par la case en haut de la page et on oblige le lecteur à se tourner vers la case de droite. Puis, il descend, etc. Mais c’est justifié par le texte. Même si je ne me souviens plus du texte exact. Ensuite, arrivé à la case en bas de la page à droite, il passe à la case de gauche. Et là, ça l’oblige à remonter à la case de gauche supérieure et vers le haut de la page. Cette page-là, je crois que c’est l’une des plus reproduites dans le monde quand on parle de bande dessinée. Parce que ça synthétise vraiment la bande dessinée : on fait toute une histoire en une seule page !

La richesse de l’imagination s’ajoute au fait que l’on voit bien qu’il s’agit de l’alliance du texte et de l’image et que l’on peut en faire quelque chose de différent de la littérature…

Oui, évidemment, j’ai cherché ça. Mais je n’ai pas cherché très longtemps. En outre, j’aime bien que les cases puissent être indépendantes ou alors comme des valises, avec une profondeur.

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5. Planche publiée dans Fredissimo, le meilleur de Fred, Dargaud, p. 88. © Fred & Dargaud.

Quel est le chiffre cumulé des ventes de la série Philémon ? Vous m’aviez parlé une fois d’un million et demi d’exemplaires, je crois ?

Je pense que c’est, à mon avis et en fait, beaucoup plus. J’avais donné ce chiffre-là parce que j’avais lu ça dans une revue, en Suisse. Je ne sais pas exactement. Je ne fais pas de comptes comme ça. Mais ça fait longtemps que ça existe. C’est normal, comme ça marche bien. Chaque fois que l’on réimprime un album, les autres sont toujours en activité. Et cela fait trente ou quarante ans ! Donc c’est normal qu’il y ait autant d’albums. Bon, il y en a qui vendent ça d’un seul coup, en quelques mois. Moi, ça a mis plusieurs années. Mais je suis très content. Je vis correctement.

Qu’est-ce qui marche le mieux : la série Philémon ou Le Petit Cirque (Dargaud) ?

Le Petit Cirque marche très très bien, toujours ! Dans les dédicaces, j’en signe à peu près autant que s’il y a une nouveauté. Vous voyez, là, hier, par exemple, j’étais content parce que j’ai même signé les coffrets avec les quatre histoires. Évidemment, ça fait quatre albums. Alors, c’est plus cher qu’un album seul. Mais ça fait plaisir. Ça n’est pas tellement par intérêt. C’est plutôt que, si les gens achètent quatre album, c’est vraiment qu’ils aiment ça ! Souvent, ils les ont déjà indépendamment. Mais ils veulent l’avoir entier ce coffret.

Lors d’une précédente entrevue, vous m’aviez indiqué également que vous prépariez une biographie. Sera-t-elle publiée chez Dargaud et à quelle date ?

Oui, c’est en train de se terminer. Ça sortira dans le courant de l’année, au printemps peut-être ?

Comment l’ouvrage va-t-il se présenter ? S’agira-t-il d’une biographie avec des illustrations à l’intérieur ?

Comme une monographie, avec des illustrations : il va s’agir d’un gros bouquin, du type de ceux qui ont été faits concernant René Goscinny ou Jean-Michel Charlier.

Qui en a assuré la rédaction ?

Des gens de chez Dargaud. On avait commencé avec une jeune femme. Et puis, finalement, ça ne collait pas tellement, pour d’autres raisons. D’autres raisons… Et là, le projet a été repris, par Marie-Ange Guillaume, qui était chez Pilote, depuis très longtemps, et chez Dargaud. Elle écrit très bien. C’est elle qui a fait une biographie de Goscinny et les prières d’insérer des albums, des nouveautés, quand ils sortent, pour la presse, etc.

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6. L’introduction aux albums de Philémon et son hérisson narrateur. © Fred & Dargaud.

Une dernière précision : Angoulême constitue un peu une terre d’élection pour vous. Vous y avez reçu le Grand Prix, en 1980. Puis vous y avez été distingué pour L’Histoire du corbac-aux-baskets, en 1994. Qu’est-ce que cela vous procure d’être reconnu ainsi ?

Ça ne peut que faire plaisir ! Des rencontres comme Angoulême ou des rencontres publiques ailleurs, quand je constate que mes histoires fonctionnent à ce point là auprès du public, c’est encourageant. Ça me donne envie d’insister, quand même, et de finir ma dernière histoire de Philémon. Ça regonfle ! Moi, j’aime bien les festivals pour ça. On en revient, on est gonflé à bloc, et on a envie de continuer. Et même là, quand on est accueilli, reçu comme ça : les débats et que les gens reçoivent nos discussions et que ça fonctionne bien. Le public est ému lorsqu’il faut l’être et on ne peut pas truquer là ! Ça fait évidemment plaisir et ça encourage à continuer. Ça donne confiance en soi. Là, j’avais besoin de ça ! Parce que, d’habitude, j’ai confiance en moi. Je n’ai pas de doute. Quand j’ai besoin d’une histoire : je la trouve ! Comme Picasso disait : « Moi, je ne cherche pas, je trouve ! ». Eh bien, c’est un peu pareil. Alors, ça paraît un peu prétentieux. Mais c’est vrai que ça fonctionne comme ça ! Mais, comme j’ai eu des problèmes de santé, ça m’avait troublé quand même. Ça m’avait fait commencer à douter un peu de moi. Et là, c’est agréable ! C’est un peu comme si l’on rechargeait les piles, quoi !

(par Florian Rubis)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : portrait de Fred lors d’Angoulême 2010. © Florian Rubis, 2010.

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5 Messages :
  • Ce Monsieur est un génie .
    hier comme aujourd’hui son dessin , ses histoires restent puissants...Philémon c’est le cousin de Corto .

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  • Merci pour ce long entretien qui nous donne des nouvelles d’un véritable revenant, le grand Fred ! Je suis heureux de le voir à nouveau d’aplomb, bien campé sur ses jambes. Car il fait partie des grands auteurs qui nous ont charmé depuis bientôt cinquante ans (Arras-Qui rit, puis Polite !°). Son absence lors des dix dernières années fut remarquée, on remarque les absences de ceux qui vous sont chers, et on ignore l’omniprésence de ceux que l’on préfère ignorer, parce que leur banalité finit par s’apparenter à de la vulgarité (je parle ici des jeunes auteurs très productifs à la mode, que l’ont trouve fréquemment sur les étals des libraires. Grrrrrr !!).

    Onirisme, fantastique et poésie (avec un zeste de critique sociale, ami Serpicco), Fred a énormément apporté à la BD. Il est d’ailleurs vrai que Sfar lui rend parfois hommage (la moindre des choses !!), même si d’après les pages que vous nous rappelez, Marc-Antoine Mathieu lui doive aussi beaucoup.

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  • Mais il prend vraiment des bains physiquement dans de l’eau ?

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  • Belle interview d’un grand conteur.
    Ceci dit, autant j’adore Philémon que je suis depuis le début, pour son graphisme, sa poésie, sa folie douce et ses moments de franche rigolade (la tirade des critiakouatics...), j’ai lu et relu "le petit cirque" que j’ai fini par connaître par coeur, "magic palace hotel" et un autre moins connu mais très sympa "Cythère la petite sorcière", trouvé par hasard dans un bac d’occasions, autant le Corbac, la dernière image et le conteur électrique m’ont ennuyé et fortement déçu. Je ne comprends pas leur succès.
    Pas grave, le reste de l’oeuvre est un morceau de génie qui place Fred dans les tout meilleurs. Je vais donc attendre encore un peu le dernier Philémon !
    PS : ne ratez pas le pastiche très réussi de Fred par Gotlib (dans je ne sais plus quel numero des rubriques-à-brac)

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    • Répondu par Oncle Francois le 17 mars 2010 à  21:00 :

      Je dirai même plus : Hum ! Le fond de l’air a été Fred cet hiver (humour de saison, Fred à la place de frais, à l’attention de ceux (nombreux, hélas) qui comprennent mal sur ce site.)

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