Frédéric Bézian : Adieu à l’insouciance

  • Depuis la Madeleine de Proust, les effluves de la mémoire n'ont cessé d'alimenter la littérature, et la bande dessinée par conséquent. Il y a la mémoire-nostalgie qui se souvient des jours heureux, la mémoire-témoignage qui consigne les moments terribles. Et puis la mémoire qui interroge pour mieux se rassurer, pour mieux expliquer un présent incertain.

Basile Far revient sur les pas de son enfance. Il se présente au petit hôtel qui l’héberge comme le détective d’une agence privée qui vient enquêter sur une disparition. Laquelle ? Mystère. L’histoire démarre en couleur, mais dès qu’il a posé le pied sur le quai de gare, celle-ci disparaît : on entre dans un noir et blanc modelé d’ombres fantomatiques. L’air est d’hiver et les branches nues s’ennuient dans le ciel gris, affrontant un vent coupant.

Frédéric Bézian : Adieu à l'insouciance
Aller-Retour - Par Frédéric Bézian - (C) Delcourt

Au bout de quelques pages, on s’aperçoit que nous ne sommes plus d’aujourd’hui mais dans le passé : les objets, les enseignes, les voitures évoquent des modèles anciens tels qu’on les voit dans les magazines du grenier... C’est une France en imper à casquette et bouffarde, aux rues un peu vides, épiées par les jalousies. Simenon est convoqué, lui qui aimait tant décrire une Europe sans espoir, au romantisme usé.

À ce qui est pour notre héros une vrai quête d’identité, tout parle : les ciels striés de fils électriques bornés de plots en porcelaine, le timbre entêtant d’une cloche lointaine, un rire d’enfant, une odeur...

Aller-Retour - Par Frédéric Bézian - (C) Delcourt

Bribes d’histoire. De celles qui fixent la mémoire, s’enracinent, pour mieux envisager le futur dans la sérénité, dans un dernier adieu à l’insouciance.

Frédéric Bézian à la galerie Oblique. Derrière lui, de manifiques estampes tirées à 3 exemplaires.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Aller-Retour - Par Frédéric Bézian - Delcourt

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En ce moment à Paris : Exposition Bézian - Stries & grilles - Du 3 au 18 février - Galerie Oblique - Village Saint-Paul - 17, rue Saint-Paul - 75003 Paris - Tel 01 40 27 01 51 - Du mardi au samedi, de 14 à 19 heures.

 
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5 Messages :
  • la couverture m’a fait penser ( la thématique de la gare, bien sur mais aussi la maquette) à demi tour de Boilet et Peeters.

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  • Bézian mériterait le Grand Prix à Angoulême et la réédition de tous ses albums passés souvent introuvables.

    Mais il ne fait aucun doute qu’il le sera un jour.

    Ce qui est malheureux, finalement, c’est que Bézian a eu sa carte d’entrée chez Delcourt, seulement après un donjon monster, donc grâce à Sfar et Trondheim. Sinon, il aurait été oublié.

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    • Répondu par Guerlain le 8 février 2012 à  16:10 :

      il est aussi proche d’Andreas, qui est aussi bien installé chez Delcourt (sans avoir dû faire un Donjon au préalable, même s’il si est collé par la suite)

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    • Répondu par Eric B. le 8 février 2012 à  16:41 :

      Ah, n’oublions pas Ne touchez à rien, publié en 2004 chez Albin Michel. C’est sans doute ce coup de maître qui a « relancé » sa carrière après quelques années de silence... Après il a suivi chez Delcourt avec son Donjon (2006) et l’excellent Les garde-fous (2007).

      Je m’attends à un titre du même tonneau que ce chef-d’œuvre de 2004 pour Aller-retour.

      Et en passant, ce n’est pas que la couverture qui fait penser à Demi-tour : le titre aussi ! C’est sans doute un clin d’œil...

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    • Répondu par OW le 8 février 2012 à  18:10 :

      Ce qui est malheureux, finalement, c’est que Bézian a eu sa carte d’entrée chez Delcourt, seulement après un donjon monster, donc grâce à Sfar et Trondheim. Sinon, il aurait été oublié.

      Je ne vois pas en quoi c’est malheureux, c’est tout à l’honneur de Sfar et Trondheim. Et son Donjon est formidable.

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