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Frederik Peeters termine le cycle d’Aâma

  • "Tu seras merveilleuse, ma fille" est le quatrième et dernier tome de la série Aâma de Frederik Peeters chez Gallimard, la seconde grande série de science-fiction du dessinateur suisse après "Lupus". Une rêverie graphique métaphysique comme on n'en avait plus vue depuis Moebius...

Il avait envisagé de boucler sa série en cinq volumes. Il l’achève en quatre tomes, ramassés, poétiques, lyriques même, qui ne sont pas sans évoquer le Moebius des années 1980. ’"Major Fatal est un poème" écrivait alors le critique de SF Goimard dans Le Monde... On n’en est pas loin ici...

Peeters ne rejette pas l’analogie : Moebius, il l’a connu à 14 ans au travers d’un livre d’entretien de Moebius avec Numa Sadoul. Il n’a pas tardé à aller acheter tous ses livres... :"J’étais un monomaniaque de Tintin jusqu’à l’âge de 14 ans. Je ne lisais quasiment que cela. Je les connais absolument par cœur, je continue d’ailleurs à les relire. Il a fallu me sauver de cela !"

Mais Brouillard au pont de Tolbiac de Tardi & Mallet ou Les Carottes de Patagonie de Trondheim n’en sont pas moins déterminants dans ses influences : "Cela découle de l’arrivée de L’Association, de Trondheim, Sfar et compagnie, où l’on découvre que l’on peut rater des dessins, ne pas écrire de scénario, et que cela provoquait des accidents heureux. Mais c’est vrai que c’est une prolongation de ce que fait Moebius dans les années 1970-1980. Ce qui est marrant, c’est que les gens de L’Association ont décomplexé tout cela pour aboutir à des scénarios très construits, même si chez Sfar, c’est très arborescent. Il y a quand même des histoires, des personnages, alors que chez Moebius, on est dans une forme de poésie pure, primitive. J’aimerais bien trouver une place entre les deux parce que la pure poésie m’intéresse quand elle s’intègre dans une démarche narrative."

Frederik Peeters termine le cycle d'Aâma
"Aâma T4 : "Tu seras merveilleuse, ma fille" de Frederik Peeters.
(c) Gallimard

Dans cet album, Verloc Nim, seul rescapé du petit groupe parti à la recherche de la substance Aâma arrive au bout de sa quête sur la planète Ona(ji). Il compte bien accéder à cette nouvelle puissance pour rentrer chez lui et retrouver sa fille.

Mais son voyage est essentiellement métaphysique. Il est en permanence en train de se dissoudre dans le cosmos et doit rassembler toute sa faculté de concentration pour arriver à ses fins. Frederik Peeters récuse toute lecture mystique de ce périple : "C’est une forme de rêverie qui puise dans la science. C’est un problème qui s’était déjà posé dans Pilules bleues avec l’histoire du mammouth : je voulais que le personnage discute avec une espèce de conscience, de Jimini Cricket, qui incarnerait un point de vue froid et scientifique." Il avance pour se défendre le nom de Richard Dawkings, un scientifique anglais connu pour être un chantre de l’athéisme : "Il explique qu’il y a assez de beauté et de mystère dans le monde concret qui nous entoure où l’on peut puiser de la magie, de la rêverie, pour que l’on n’ait pas besoin de rajouter d’autres mondes qui n’expliquent absolument rien, rajoutant des problèmes en déclenchant une sorte de barrière artificielle qui nous empêche de regarder ce que l’on a sous nos yeux. Savoir comment fonctionne le temps et l’espace provoque chez moi beaucoup plus de sensations que d’imaginer qu’il y a un monsieur barbu qui organise tout cela."

Cela nous donne une finale en apothéose où les "splash pages" se succèdent. On pense à Moebius, certes, mais aussi aux comics : "Mon entrée dans le comic book de super-héros s’est fait par Frank Miller qui a un peu raffiné et modernisé les codes qui préexistaient avant lui. Le principe d’une grande image avec une action visuelle très courte -un mec est suspendu dans l’air, cela ne prend qu’un quart de seconde.- confrontée à des pensées qui, elles, peuvent prendre un quart d’heure, cela m’a toujours beaucoup obsédé. Je suis né avec cette génération."

"Aâma T4 : "Tu seras merveilleuse, ma fille" de Frederik Peeters.
(c) Gallimard

Il est un peu amusé et surpris de la réaction suscitée par ses livres qui sont, selon lui, des miroirs pour nos sensations : "Il faut imaginer que cette bande dessinée m’a pris quatre ans de façon exclusive quasiment, ce qui provoque une espèce de transe un peu molle, une forme d’auto-hypnose très lente, qui fait surgir des choses qui m’intriguent. L’un des fils conducteurs principaux dans ce récit est la relation d’amour filial d’un père pour sa fille. J’y vais un peu plus loin que d’autres personnes. Cela prend du temps de faire surgir cela, il faut que ça monte. Cela a l’air très intello mais ma première pulsion, c’est de m’amuser, prendre et procurer du plaisir, de façon un peu inédite, chez le lecteur. J’essaie de provoquer de la lecture !"

"Aâma T4 : "Tu seras merveilleuse, ma fille" de Frederik Peeters.
(c) Gallimard

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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- L’entretien en deux parties de Frederik Peeters conduit par Thierry Lemaire : Ici et

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