Fredric, William et l’Amazone - Jean-Marc Lainé & Thierry Olivier - Comix Buro, Glénat

6 février 2020 0 commentaire
  • "Fredric, William et l’Amazone", c’est l’histoire en BD des destins croisés de deux personnalités qui ont changé le monde du comics. Le premier, Fredric Wertham, est un pshychiatre qui voit dans le comics la cause de tous les maux de l’Amérique. Le second, William Marston, a inventé Wonder Woman.

Le récit prend le parti de nous montrer leurs histoires en parallèle, avant de les faire se rencontrer. La première séquence permet de bien caractériser les deux protagonistes, afin que le lecteur comprenne bien à quel point tous les oppose.

Fredric a été l’élève de Freud. D’origine allemande, son esprit est pour le moins cartésien et rationnel. Guidé par une morale très puritaine, il voit d’un mauvais œil les travaux du docteur Marston, qui avant de créer la fameuse princesse Diana, a contribué à développer le détecteur de mensonge.

Fredric, William et l'Amazone - Jean-Marc Lainé & Thierry Olivier - Comix Buro, Glénat

Travaillant sur les liens entre le milieu social et la violence chez les individus, et l’influence de la culture sur la moralité, Fredric prend vite en grippe les comics américains qui prolifèrent dans les kiosques de l’époque, et qui selon lui mettent en scène des icônes idéalisées et dangereuses. Détail caractéristique de leur incompatibilité : William Marston est polygame, et entretient une relation amoureuse (et consentie) avec deux femmes.

L’histoire nous raconte donc comment l’un et l’autre vont petit à petit faire grandir leur notoriété dans leurs domaines respectifs, William en tant qu’auteur, Fredric en tant que docteur, jusqu’à finalement s’opposer publiquement, lorsque Fredric publiera le très célèbre pamphlet Seduction Of The Innocent, qui aboutira à la création du Comic Code Authority, le label -d’aucun diraient la censure- que les éditeurs doivent apposer sur leurs productions avant de les vendre.

À travers ces deux personnages (ces trois avec l’Amazone), Jean-Marc Lainé et Thierry Olivier représente la fracture opérée aux USA dans les années 1950, entre une société à la morale traditionnelle et puritaine, contre un nouveau courant de pensée beaucoup plus libre, qui se concrétise ensuite avec le mouvement des hippies par exemple.

Comme fresque sociale, et presque historique, l’album est très réussi : les enjeux sont explicites, et les auteurs n’hésitent pas à accélérer le récit avec des ellipses plutôt que de le ralentir. Mais si Fredric, William et l’Amazone plaît autant, c’est grâce à la force de ses graphismes. On baigne avec eux dans l’atmosphère rétro des plaquettes de publicités des années 1950, avec des visages très expressifs, en noir et blanc, au trait clair et précis.

Ce style ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais il démontre la grande maîtrise du dessinateur et créé une continuité entre la période narrée et les visuels. Cette parfaite osmose entre le fond et la forme font de Fredric, William et l’Amazone une excellente BD qui en plus de vous divertir enrichira considérablement votre culture.

(par Jaime Bonkowski de Passos)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

  Un commentaire ?