Frères d’ombre – Par S. Vassant & J. Piot – Futuropolis

8 mars 2013 10
  • Thriller baignant dans une atmosphère de complot terroriste, "Frères d'ombres" est un récit prenant, qui souffre cependant de faiblesses de mise en scène.

Alain est un homme sans histoire. Vieux célibataire divorcé, pas d’enfant, un boulot de contrôleur à la SNCF. Un jour, il s’étonne lui-même en couvrant la fuite d’un clandestin. Kamel, originaire d’Algérie, est arrivé en France par la bande, les réseaux parallèles de l’immigration. Alain le croise dans les couloirs d’un train et pour on ne sait trop quelle raison, lui qui est d’habitude si intransigeant, décide de fermer les yeux.

Arrivé en gare terminus, il retrouve Kamel et décide de l’héberger. Des liens se tissent petit à petit entre les deux hommes. Notamment parce que la Guerre d’Algérie a marqué la famille d’Alain. Mais des suspicions d’appartenance à un mouvement terroriste jettent un froid sur l’amitié naissante. Kamel cache-t-il un lourd secret ? C’est ce qu’Alain va essayer de savoir.

Frères d'ombre – Par S. Vassant & J. Piot – Futuropolis
Un extrait de "Frères d’ombres"
© Vassant - Piot - Futuropolis

Pour son premier album de bande dessinée, le scénariste Jérôme Piot cornaque un thriller efficace, remuant certaines plaies familiales avec subtilité. Les ressorts sont connus mais fonctionnent bien. On suit le déroulement de l’enquête du contrôleur SNCF sans avoir envie de le lâcher d’une semelle.

Là où le bât blesse, c’est dans la mise en images de l’intrigue. Un dessin maladroit n’est pas un problème en soi, dès lors qu’il se fait oublier. Or le style de Sébastien Vassant s’allie assez mal au genre thriller et l’on est sans cesse distrait par le trait. À l’origine, il faut savoir que le scénario de Piot était celui d’un long-métrage, avant de devenir une bande dessinée. On peut dès lors parler d’une erreur de casting dans le choix du dessinateur.

(par Morgan Di Salvia)

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10 Messages :
  • Je ne comprends pas cette critique sur le trait qui distrait , sur le style du dessinateur qui ne s’accorderait pas au genre ????

    Il y a certainement un bon argument pour illustrer cette critique mais il m’empêche de mon côté de trouver l’idée creuse et surtout terrible de finir l’article avec l’erreur de casting ..??..
    Le trait est trop humoristique pour un sujet plus dramatique ?? etc , etc ...

    On enferme tout le temps la bd dans des stéréotypes , on défini ce médium , et certainement évidemment grace ou à cause de ce qui a été fait , et les genres et les styles ont donc contribué à définir , établir cet art mais au lieu d’essayer de casser les parois de ce médium , d’abolir l’establishment , on insiste sur ce qui doit et pas sur ce qui pourrait !

    On oublie que la bd c’est un crayon , une plume , de l’encre , du papier , aujourd’hui un écran , un stylet , et que les limites sont insondables ...alors qu’en comparaison le cinéma , les jeux vidéos , les séries télé ont leur limites évidentes , de budget , de production ...

    On oublie que la bd est un espace de création de réelle liberté , de perspectives incroyables .Mais comme c’est aussi un médium commercial il est vite réduit à ce que l’on attend qu’il soit .

    Quelle loi , quel code , dans la bd empêche tel style de dessin raconté tel genre de récit ??? ce sont des codes commerciaux ou des codes narratifs ?

    Le médium bd démarre sur un horizon vaste , une page blanche , pour finir dans un entonnoir , se réduire à une idée , une sorte d’art ...comme le cinéma qui répète sans cesse très souvent les mêmes scénarios d’histoires , idées visuelles , mais qui s’expliquent au moins par les couts de production et l’obligation de ramener de l’argent .

    La bd aussi a ce devoir mais pas à la source ..si ??...
    Juste pour une fois la bd devrait prendre exemple sur l’art contemporain qui pond sans limite des trucs géniaux ou sans queue ni tête , et qui ne l’empêche pas ( mise à part le côté mercantile et snob ) d’intéresser les gens pour ses idées nouvelles ...

    la bd ne devrait pas avoir d’oeillère ...

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    • Répondu par Sergio Salma le 8 mars 2013 à  10:06 :

      Bonjour Arkel. Je n’ai pas encore lu la bande dessinée de Vassant et Piot mais je crois comprendre ce que la critique et le critique veulent dire. Supposons que vous ayiez une idée de scénario géniale du genre un garçon de bureau gaffeur très porté sur la cuisine horrible et qui adore sa mouette rieuse et son chat fou. Vous n’êtes pas dessinateur donc et un jour un grand amateur de Victor Hubinon vous propose d’illuster vos gags désopilants. Il a un dessin réaliste et le personnage ressemble à Buck Danny ( et aussi un peu à Michel Vaillant). C’est ça une erreur de casting.

      Vous êtes auteur-compositeur. Vous avez un opéra rock-techno basé sur des chants à gorge déployée , des interprétations façon Céline Dion et Pavarotti réunis ; le personnage central est un ténor , un Stentor, une voix. Comme vedette de votre comédie musicale, le producteur a un chouchou ; c’est Vincent Delerm qui est choisi. Voilà ce qu’on appelle un peu violemment une erreur de casting.

      Il y a effectivement une adéquation à trouver, c’est au millipoil. Et c’est pas forcément une question d’adresse ou de maladresse d’ailleurs. Un dessin génialissime et le meilleur scénario du monde ne vont peut-être pas coller du tout. Il n’est pas question d’oeillères dans cette histoire. Et votre questionnement quant aux autres médias appelle la même réponse, c’est une alchimie ; on n’est ni moins ni plus libre dans un quelconque domaine, il ne s’agit que de rencontres et de projets qui aboutissent pour des centaines de raisons différentes.

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    • Répondu par Gill le 8 mars 2013 à  11:39 :

      N’ayant pas vu la BD, j’ai cherché quelques planches sur le web et j’ai un peu de mal à comprendre ce point de vue.

      Cette BD a été traitée "au plus près", avec beaucoup de plans américains et aucune bandes entre les cases. C’est certes troublant, au début, mais il me semble que le scénario est très bavard, plein d’émotions à transcrire et à mettre en valeur, ce qui rend ce choix très juste et bien pensé.

      Par ailleurs, on vit une époque où les prix des planches sont tirés vers le bas, donc ne dessiner du décor que lorsqu’il est réellement utile peut être un bon choix pour faire vite et bien. Et cela ne nuit nullement à l’histoire, si l’on se plonge réellement dans l’histoire et si on ne se contente pas de la parcourir rapidement du regard.

      Bien sûr, on pourrait préférer un dessin plus affirmé, mais il est déjà bien expressif, je trouve.

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    • Répondu par lola le 9 mars 2013 à  02:52 :

      Du coup ne lisez pas non plus toute la collection des albums du poulpe... vous allez qualifier la totalité d’erreur de casting.

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      • Répondu par Yannick le 9 mars 2013 à  11:11 :

        C’est vrai que, autant les romans du Poulpe étaient globalement très bien, l’unique film également, mais les BD cassaient pas 3 pattes à un canard. Narration boiteuse et dessins à l’avenant : pas une réussite.

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  • Frères d’ombre – Par S. Vassant & J. Piot – Futuropolis
    8 mars 2013 10:15, par Yaneck Chareyre

    Je me porte complètement en faux quand à la conclusion de cet article.
    Vassant n’est en rien une erreur de casting. Depuis quand, un Thriller se limiter à des pages sombres et oppressantes ? Sans réunir ces clichés (et quand on a lu l’accablante apathie des dimanches à Rosbif, on se dit que Vassant aurait largement pu y souscrire), il n’empêche pas le moins du monde les tensions de s’exercer. Je ne vois pas plus, d’ailleurs, en quoi le dessin est maladroit.

    Qu’il ne soit pas à votre goût, certes, mais ce choix n’a rien d’une erreur de casting. Vassant apportant à mon sens une belle touche d’humanité à cette histoire, qui en demandait évidemment. Mais oui, il n’entre pas dans les stéréotypes du genre. Et ne pas rentrer dans les stéréotypes, chez moi, c’est plutôt une qualité.

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  • Avec ce livre, Futuropolis montre bien les limites de son système, le contenant ne fait pas tout, à un moment on lit.

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    • Répondu par Yaneck Chareyre le 8 mars 2013 à  19:09 :

      Vous feriez bien de lire d’autres avis. C’est le premier avis que je lis qui mette en avant un tel défaut.
      On va voir de quel côté penche la majorité des chroniqueurs... Attention, aucun choniqueur n’a la vérité ultime.

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      • Répondu par JC le 8 mars 2013 à  19:51 :

        Yaneck Chareyre sachez que je me fais mon propre avis, j’ai lu le livre. Les publications Futuro sont très peu homogènes, il y a le meilleur comme le pire, mais depuis un moment il y a surtout le pire (et je ne parle pas de cet album, qui bien que raté à mon goût, reste lisible).

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        • Répondu par Yaneck Chareyre le 9 mars 2013 à  02:53 :

          Votre premier message ne le laissez pas entendre.
          Je ne suis pas d’accord avec vous, je n’ai pas cette appréciation.

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