Fritz Haber - La chimie irrationnelle de la guerre

21 juillet 2014 4
  • Trop souvent, pour les commentateurs, la guerre n'est une équation, un rapport de forces, et ses vainqueurs sont ceux qui ont réussi à en briser l'équilibre. Un jeu intellectuel en quelque sorte. Avec "Fritz Haber", David Vandermeulen montre que c'est plus subtil que cela, que des humains se trouvent derrière la logique guerrière, avec leurs passions, source de désastres.

Le pôle muséal de la Salle Saint-Georges à Mons (Belgique) donne à voir, jusqu’en novembre prochain, les originaux du grand-œuvre de David Vandemeulen, dont nous avons déjà rendu compte : la biographie du chimiste allemand Fritz Haber, créateur du gaz moutarde qui décima les tranchées de la Grande Guerre, mais néanmoins Prix Nobel de Chimie 1918 pour ses travaux sur la synthèse de l’ammoniac, qui permirent la fabrication d’engrais, au plus grand bénéfice de l’humanité...

Né à Breslau, symbole de l’échec de la symbiose judéo-allemande, ce Juif converti au protestantisme a dû cependant, parce que d’origine juive, fuir son pays en 1933, mourant en exil l’année suivante.

Fritz Haber - La chimie irrationnelle de la guerre

Compagnon de route du physicien Albert Einstein et du chimiste Chaïm Weizman, l’un des créateurs de l’état d’Israël, Haber est exemplaire des ambiguïtés de son époque : issu d’un peuple d’immigrants, il est emporté dans la folie nationaliste ; homme scientifique et rigoureux, il est la victime de la passion antisémite et de l’exacerbation fébrile de la guerre.

Ses actions offrent les facettes opposées et tragiques de la recherche scientifique : sa capacité à faire le bien de l’humanité et en même temps à en constituer le plus grand malheur...

L’imposante biographie de Fritz Haber de David Vandermeulen (4 vol. chez Delcourt) qui, par son érudition, en remontrerait à plus d’un historien de la période, est évidemment en phase avec l’actuelle célébration de la Première Guerre mondiale (bien que cette série ait été entamée voilà plus de dix ans).


Son exposition sous les voûtes de la salle Saint-Georges, magnifiquement scénographiée par Jean-Marie Derscheid, rend justice à la méthode de Vandermeulen : des images sépias au lavis, un peu floues, lointaines, comme sauvées d’un holocauste, qui distillent le destin d’un homme déchiré par une tragédie dont les voûtes toutes chrétiennes de la chapelle qui l’accueille rappellent, dans l’actualité qui est la nôtre, combien les religions et les nationalismes peuvent être criminels.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Fritz Haber, un esprit de guerre. Jusqu’au 16 novembre 2014.

Salle Saint-Georges

Grand-Place

7000 Mons - Belgique

Tarif : 2€

Accessible du mardi au vendredi de 12h à 18h. Le weekend de 14h à 20h.

Photos. DR. J-M. Derscheid.

 
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4 Messages :
  • Fritz Haber - La chimie irrationnelle de la guerre
    21 juillet 2014 10:17, par Noa

    Le travail de recherche de DVM est impressionnant. Son dessin, étonnant comme toute cette histoire d’ailleurs. J’ai offert le premier tome à mes enfants.
    Oui, en résonance sourde quelque part avec l’ actualité qui nous dépasse tout comme Friz Haber complètement dépassé par son invention.
    J’irai voir cette expo !

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  • Votre article semble trouver des circonstances atténuantes à cette redoutable crapule que fut Fritz Haber. Vous employez même le mot de "victime" pour le désigner... Quelle que soient ses circonstances atténuantes, un criminel de masse reste un criminel de masse, et ne mérite aucune excuse. C’est une offense aux vraies victimes de la guerre que de dire que "c’est plus subtil que ça".

    Un scientifique qui oeuvre pour la guerre, pour l’extermination même, est tout autant coupable qu’un politique ou un chef militaire. Haber était nationaliste et belliciste, partisan du déclenchement de la guerre de 14-18. Et la seule raison pour laquelle il a inventé le gaz "moutarde" était de massacrer de la plus monstrueuse des façons le plus grand nombre possible de soldats ennemis. Un crime contre l’humanité dont sa qualité de scientifique ne l’exonère en rien moralement. Pour preuve, sa femme, chimiste elle aussi, s’est suicidée le lendemain de la première utilisation de ce gaz. On peut l’ajouter aux milliers de victimes de la folie meurtrière de Fritz Haber.

    Je ne lirai pas cette BD et je n’irai pas voir cette expo, de peur d’avoir la nausée.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 21 juillet 2014 à  13:38 :

      Votre article semble trouver des circonstances atténuantes

      Et vous vous basez sur cette supposition pour lancer cette philippique. Si vous lisiez la BD et/ou alliez voir l’expo, vous verriez que c’est plus subtil que cela.

      Quelle que soient ses circonstances atténuantes, un criminel de masse reste un criminel de masse, et ne mérite aucune excuse.

      L’objet de cet article n’est pas de faire son procès. On vous décrit simplement le cas d’un homme empêtré dans ses contradictions, comme la société de son temps. Face au délire nationaliste et militariste des droites, il y eut les plus violents combats pour la cause socialiste, dont la Révolution d’Octobre. Il est un peu simple de résumer l’histoire à des salauds. Tous les bellicistes sont des salauds, de quelque camp qu’ils viennent.

      C’est une offense aux vraies victimes de la guerre que de dire que "c’est plus subtil que ça".

      C’est sûr que lorsque 100 ans après, on n’est pas capable de prendre un peu de distance, la subtilité n’est pas de mise...

      Un scientifique qui oeuvre pour la guerre, pour l’extermination même, est tout autant coupable qu’un politique ou un chef militaire. Haber était nationaliste et belliciste, partisan du déclenchement de la guerre de 14-18. Et la seule raison pour laquelle il a inventé le gaz "moutarde" était de massacrer de la plus monstrueuse des façons le plus grand nombre possible de soldats ennemis. Un crime contre l’humanité dont sa qualité de scientifique ne l’exonère en rien moralement.

      Nul ne l’exonère. Mais bon, chaque camp avait et a toujours sa panoplie du Petit Chimiste. Il est bon de s’en rappeler. La vision historique de la Première Guerre mondiale a évolué depuis Dorgelès et Céline, vous savez...

      Pour preuve, sa femme, chimiste elle aussi, s’est suicidée le lendemain de la première utilisation de ce gaz. On peut l’ajouter aux milliers de victimes de la folie meurtrière de Fritz Haber.

      C’est sans doute plus subtil que cela...

      Je ne lirai pas cette BD et je n’irai pas voir cette expo, de peur d’avoir la nausée.

      Ah là, ce n’est pas subtil...

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    • Répondu par Noa le 21 juillet 2014 à  21:17 :

      Il est clair pour tout le monde que Fritz Haber n’est pas en odeur de sainteté mais je n’ai pas trouvé que cet ouvrage en faisait son apologie. Ca aurait été de très mauvais goût.
      Non, il raconte tout simplement son histoire dramatique dans le vrais sens du terme et sans complaisance. Quant au suicide de Clara, la première femme de Haber, j’ai lu aussi qu’on n’en connaissait pas exactement les raisons.
      En tout cas, c’est un personnage fascinant et une moment de l’histoire très intéressant qui aborde la première guerre mondiale et l’histoire des débuts du mouvement sioniste (sans en faire l’apologie aussi) Passionnant.

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