GENERATION FRANQUIN : BATEM : « Je travaille dans la lumière de Franquin ».

16 janvier 2005 0 commentaire
  • Choisi par Franquin, le dessinateur belge Luc Collin dit {Batem} a repris le Marsupilami en mai 1987. Dix-sept ans plus tard, il publie son 17ème album du personnage mythique de Franquin. Assuré dans un premier temps par Greg, le scénario est aujourd'hui écrit par Dugomier. Le mimétisme avec le graphisme de Franquin est époustouflant. Il s'est vraiment approprié le style de Franquin, mais il le précise, sans jamais le copier : « Quand je dessine le Marsupilami, je pense à Franquin tout le temps. Mais je ne suis pas le nez plongé dans ses albums, si c'est ce que vous voulez me faire dire. »

GENERATION FRANQUIN : BATEM : « Je travaille dans la lumière de Franquin ».  Quel souvenir avez-vous de votre première rencontre avec Franquin ?
-  Je ne vais pas vous parler de ma première rencontre avec Franquin dans le cadre de la société de production de dessins animés, la S.E.P.P. Ce qui m’a le plus marqué, c’est le jour où j’ai eu le culot de lui demander de le tutoyer. Nous étions dans son atelier et il m’a dit : j’ai des bouquins qui pourraient t’intéresser pour ta documentation. Il s’est retourné et de derrière sa chaise de bureau, il a tiré un ouvrage du dessous d’une pile qui se trouvait dans une étagère et il s’est pris toute l’étagère sur la figure. C’était un gag de Gaston Lagaffe, en plein ! Il s’est mis à saigner et il me disait : « C’est rien, c’est rien. » Si bien que la feuille sur laquelle il dessinait était maculée de sang. Je l’ai conservée, j’ai l’ADN de Franquin ! Il s’est précipité vers la salle de bain de son atelier pour se nettoyer. Et là, j’ai vu l’évier qui était rempli de dessins originaux, de même que la baignoire ! Voilà ma première vraie rencontre avec Franquin.
-  Comment travaillait-on avec un génie comme Franquin ?
-  J’étais beaucoup plus jeune et donc un peu inconscient. On m’aurait simplement demandé de balayer son atelier, je l’aurais fait. Je n’ai jamais eu avec lui de relation de maître à élève. Il m’a mis en confiance tout de suite et on s’est très rapidement tutoyés. On est devenus amis. Par ailleurs, je travaillais sur des scénarios de Greg qui était, lui, beaucoup plus impressionnant. La première fois que j’ai rencontré Greg, c’était chez Liliane et André Franquin, en présence de Jean-François Moyersoen. Il m’a tourné le dos pendant les deux premières heures de la réunion alors que nous étions amenés à travailler ensemble ! Après, cela s’est mieux passé. Je recevais donc le scénario de Greg, je faisais un bref découpage sur des feuilles volantes, puis j’allais voir André Franquin et il critiquait mes dessins. Toutes les deux pages, il me disait qu’elles étaient très bonnes, uniquement pour me mettre à l’aise. Un jour, il m’a demandé si cela ne me gênait pas qu’il m’apporte toutes ces corrections, c’est incroyable ! C’est vrai qu’au départ, ce n’était pas prévu. C’est moi qui ai demandé de le voir pour qu’il corrige mes pages.
-  Il ne trouvait pas un peu bizarre qu’un jeune artiste reprenne ainsi un personnage qui ne lui appartenait pas ? Pour Spirou, il avait vécu cela comme une malédiction.
-  Assez rapidement -on en parle quelque part dans l’exposition- il m’a invité à faire autre chose que le Marsupilami. J’avais pourtant déjà une mission incroyable, celle d’être à la hauteur de la confiance qu’il m’avait accordée. Mais personnellement, je trouve que ce n’est pas une reprise comme une autre, en ce sens que ce personnage n’avait pas une vie à part entière. Il a été tiré d’un univers et il fallait en obtenir quelque chose de nouveau. Je l’ai fait ensemble avec André Franquin, c’était un conte de fée pour moi. On me demande souvent si c’est frustrant de travailler dans « l’ombre de Franquin ». Ce à quoi je réponds toujours : « Je travaille dans la lumière de Franquin. » Et de cela, je ne suis pas frustré.

Propos recueillis par Didier Pasamonik le 12 octobre 2004

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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