Gabor : "J’ai débuté dans l’animation parce que je n’avais pas encore de style suffisamment affirmé pour me lancer dans la BD "

27 août 2013 1
  • Née de l'imagination de Raule, le scénariste de "Jazz Maynard", "Isabellae" est une série originale narrant les exploits d'une jeune femme samouraï. À la veille de la sortie du tome 2 de cette BD, nous vous proposons de mieux faire connaissance avec son dessinateur.

Issu de l’animation, le dessinateur espagnol Gabor poursuit son évolution graphique depuis quelques années dans le domaine de la BD. Après avoir illustré "Green world", écrit par François Debois (Soleil), il a mis en images pour les éditions Glénat "Les Patriciens", une série humoristique créée par son ami Juan Diaz Canales (le scénariste de Blacksad). Depuis 2011, il se consacre à Isabellae pour les éditions du Lombard.

Gabor : "J'ai débuté dans l'animation parce que je n'avais pas encore de style suffisamment affirmé pour me lancer dans la BD "
Isabellae T.1 : L’Homme-nuit
Raule & Gabor © Le Lombard

Comment avez-vous rencontré Raule, le scénariste d’Isabellae ?

Gabor : J’ai découvert Raule par son travail sur la série Jazz Maynard. J’avais bien aimé ce qu’il avait fait puis, en 2010, au cours d’une discussion, il m’a proposé une collaboration. Comme je n’avais rien de concret à cette époque-là, j’ai accepté avec plaisir. Les choses ne se sont pas enchainées directement car il écrivait le tome trois de Jazz Maynard. Nous nous sommes revus plus tard, lors d’un festival à Tours. Durant toute la période du festival, nous n’avions pas échangé un mot à propos de notre projet commun mais, au cours du voyage de retour à Barcelone que nous avions fait ensemble, il s’est étonné qu’à aucun moment je n’ai évoqué le sujet. Je lui ai alors proposé de m’écrire quelque chose. Entre-temps, nous sommes devenu bons amis et petit à petit, nous avons su ce que nous voulions faire : une BD qui nous amuserait tout en ayant un ton adulte.

Isabellae est un prénom plutôt original. Comment en avez-vous eu l’idée ?

Concrètement, j’ai commencé à travailler sur Isabellae en 2011. Lorsque je réalisais les études pour les personnages, je me suis mis à la dessiner avec des papillons. Dans notre histoire, le papillon est le sceau de la famille d’Isabellae et puis, ces petits insectes ont une symbolique très forte car ils peuvent évoquer aussi bien l’âme des défunts que la transformation d’une personne, celle-ci révélant alors son véritable potentiel. Il y a quelque chose de magique avec les papillons !

Rapidement, nous nous sommes rappelés de cette race de lépidoptères que l’on trouve en Espagne : l’Isabelle ou Graellsia isabellae. Nous avons alors opté pour « Isabellae » car nous trouvions que ce nom sonnait très bien. Il faut savoir que ce papillon est une espèce devenue rare car elle est menacée, notamment à cause de la pollution lumineuse. Vu que notre héroïne vit avec le fantôme de son père, nous trouvions que ce nom lui irait bien.

Isabellae T.2
Quelques planches issues du second album intitulé : "Une mer de cadavres"

Pouvez-vous nous dire un mot sur l’époque durant laquelle se déroulent les aventures d’Isabellae ?

L’histoire que Raul a écrit se déroule en 1192, sous l’ère Kamakura, quelques années après la bataille de Dan-no-ura. Il a fait ce choix car il y a très peu de BD se déroulant sous cette ère, qui est pourtant très intéressante. Par exemple, c’est à cette période que les samouraïs acquièrent un statut et du prestige. C’est aussi à cette époque qu’apparait le buke [1] qui était attachée au gouvernement militaire. Nous nous étions dit que cette période pourrait très bien servir de cadre à notre intrigue. Je précise tout de même qu’Isabellae n’est pas un personnage historique.

Combien d’albums avez-vous prévus pour cette histoire ?

Pour l’instant, nous avons prévu un arc de trois albums, mais si le succès est au rendez-vous, nous pourrions alors proposer un autre cycle.

Parlons un peu de vous, si vous le voulez bien. Vous venez de l’animation, domaine dans lequel vous avez travaillé pendant dix ans. Pourquoi avez-vous ensuite opté pour une carrière d’auteur de BD ? Votre choix peu paraitre surprenant au premier abord car la situation des bédéistes espagnoles n’est pas très facile actuellement.

En fait, j’ai d’abord commencé dans l’animation parce que je n’avais pas encore de style suffisamment affirmé pour me lancer en tant que dessinateur de BD ou en tant qu’artiste. J’ai travaillé pour de nombreux studios français parmi lesquels Dargaud Marina et Ellipse [2]. Mais ces dix années passées à faire des dessins animés ont vraiment été un bon entrainement, car je me suis beaucoup perfectionné en tant qu’artiste. J’ai acquis confiance et maîtrise. À partir de 2005 ou 2006, le monde de l’animation traditionnelle à commencé à marquer le pas suite à la montée en puissance de l’animation 3D. J’ai alors senti qu’il était temps de me lancer dans la bande dessinée.

Que pensez-vous du marché de la bande dessinée en France et en Belgique ?

Je pense que vous êtes chanceux, extrêmement chanceux ! La bande dessinée chez vous représente une grande industrie. Elle apporte beaucoup à la culture populaire de vos pays et contribue à leur rayonnement à l’international. Enfin, la BD franco-belge jouit d’une très grande diversité, tandis que le Neuvième Art est considéré chez nous comme un truc pour les gamins ou pour les attardés. D’accord, certains pourront dire que je passe la brosse à reluire mais comparé à chez nous en Espagne, les marchés belges et français sont plus attractifs.

Bien sûr, il faut aussi jouer des coudes ici, mais plusieurs de mes confrères viennent quand même travailler chez vous car les perspectives sont malgré tout plus intéressantes que dans notre pays. C’est vrai que la concurrence que nous rencontrons ici est difficile. Il y a beaucoup de très bons auteurs avec des styles affirmés.

Propos recueillis par Christian Missia Dio

Isabellae T.2 : Une mer de cadavres
Raule & Gabor © Le Lombard.
Parution le 30 août 2013.

Voir en ligne : Découvrez la série "Isabellae" sur le site des éditions du Lombard

(par Christian MISSIA DIO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

La chronique du tome 1 d’Isabellae

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[1la noblesse militaire

[2société fondée par Philippe Gildas et Canal +, qui réalisa au début des années 1990 la série animée de Tintin. Elle appartient aujourd’hui au groupe Dargaud.

 
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