Ge Fei Xu : "Je ne suis pas d’accord avec votre critique !"

17 octobre 2012 2
  • On l'appelle d'ordinaire par son prénom, Fei, qui est devenu le nom de sa maison d'édition. Elle s'est donnée comme mission de faire connaître la Chine aux Français, notamment par l'intermédiaire de la bande dessinée. Avec la publication d'Au Bord de l'eau, elle frappe un grand coup éditorial : la publication en un coffret et 30 volumes d'un chef-d'œuvre de la littérature chinoise. Et face aux critiques, elle ne lâche rien. Rencontre.

Ge Fei Xu : "Je ne suis pas d'accord avec votre critique !"Il semble que vous n’êtes pas d’accord avec notre critique d’Au Bord de l’eau, pourquoi ?

Je suis sensible à l’attention que vous portez à cette dernière œuvre. Pour nous, Au Bord de l’Eau a représenté un chantier énorme. Ce qui m’a gênée, c’est qu’à la fin de votre article, vous dites : "On recommandera juste une relecture des textes qui gagneraient à être mieux écrits." Cela signifierait que l’œuvre est mal traduite ? Pour éclairer votre point de vue, et mieux comprendre que ce que vous prenez pour une faute de style n’est en fait qu’un ajustement du texte original par les traducteurs, j’aimerais vous inviter à connaitre l’origine de ce choix de style de traduction.

Au Bord de l’Eau est un roman du 14e siècle, de nombreuses adaptations de cette œuvre majeure de la littérature classique chinoise ont vu le jour au fil des siècles, avec plus ou moins de bonheur ou de qualité. L’immense popularité de ce récit a donné lieu a des versions très synthétiques. L’œuvre que nous éditons, sous la forme d’un récit en bande dessinée (Lian Huan Hua), est la meilleure version et la plus complète adaptation du genre que nous ayons trouvée en Chine. Elle est publiée par Beijing Beaux Arts.
C’est une œuvre collective qui a réunit 36 dessinateurs, et 16 scénaristes dans les années 1980. Chaque dessinateur imprime son style à chaque épisode, et il en est de même pour le texte.

Nos traducteurs, Nicolas Henry et Si Mo, ont fait un travail exceptionnel pour harmoniser le tout. Pour moi, l’art de la traduction c’est "l’art de danser les chaînes aux pieds". Notre directeur littéraire, Patrick Marty, et moi-même en accord avec les traducteurs, nous avons décidé de nous référer à la très belle traduction du roman de Shi Nai-an par Jacques Dard, chez Gallimard. Le texte d’origine, publié par Beijing Beaux Arts est très inégal. Le style, les nombreuses répétitions que l’on a dans la langue chinoise, a été cependant respectés mais en prenant garde de ne pas rendre la lecture trop ardue pour les Occidentaux.

Le coffret comporte 30 volumes, rassurez-vous, très vite lus.

Cette publication est un enjeu important pour vous ?

Oui, c’est un travail de plus de 18 mois. Colossal ! On a dû non seulement adapter et traduire un texte important, mais nous avons dû fabriquer un nouveau livre, en raison des dimensions des textes en chinois et en français qui diffèrent beaucoup.

En quoi Au Bord de l’eau est-il un titre majeur de la littérature chinoise ?

Il fait partie des quatre grands classiques de la littérature chinoise avec Les Trois Royaumes, Le Rêve dans le Pavillon Rouge, et Le Voyage en Occident.

L’adaptation sous la forme d’un Lian Hua Hua a mis des années. Comment cela s’est-il passé ?

C’est une longue histoire, Laurent Mélikian a bien expliqué la genèse de cette œuvre dans le livret de présentation. Le récit de cette aventure pourrait à lui seul faire l’objet d’un livre.

Comment expliquez-vous son succès en Chine ?

Trois raisons : L’édition Beijing Beaux Arts a réuni les meilleurs dessinateurs de l’époque ; Au Bord de l’eau est le roman le plus connu en Chine, et il est enfin devenu accessible aux lecteurs grâce au Lian Huan Hua.

Une nouvelle habitude de lecture. Il faut lire d’abord le texte du dessous, puis les bulles dans l’image, quand il y en a.

Est-ce que c’est une BD de propagande, communiste par exemple ?

Non, puisque c’est une histoire de rebelles qui luttent contre le pouvoir central ; c’est plutôt l’inverse d’une "propagande". Au Bord de l’Eau a été censurée et interdite à plusieurs reprises par le pouvoir en place.

Comment la bande dessinée chinoise est-elle perçue en France, selon vous ? Elle e bien progressé ces dernières années en France...

Elle est de mieux en mieux perçue. Mais c’est un long fleuve et nous venons juste d’en découvrir le ruisseau.

Les éditions Xiao Pan ont jeté l’éponge, cependant...

Une vague pousse l’autre, l’important c’est être dans le mouvement.

Comment évolue votre maison d’édition ?

La vie est une aventure osée, ou rien du tout ! Les Editions Fei en font partie. Pour moi, c’est un combat de tous les jours qui consiste à choisir entre le "sens" et la "sensibilité".

Quelqu’un qui voudrait découvrir la BD chinoise devrait commencer par quoi, selon vous ?

Le Juge Bao pour les plus de 14 ans, et La Balade de Yaya à partir de 7 ans !

Propos recueillis par Didier Pasamonik

Les 30 volumes du coffret sont accompagnés d’un petit livret historique signé Laurent Mélikian.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Photos : DR (c) Éditions Fei

 
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2 Messages :
  • Ge Fei Xu : "Je ne suis pas d’accord avec votre critique !"
    17 octobre 2012 16:12, par Provâââ€Å

    C’est le tome 1 ou l’intégrale ? (ou le tome 1 de l’intégrale ?)

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 17 octobre 2012 à  18:23 :

      Le coffret contient l’intégrale des 30 volumes.

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