Gilles Dal : "Facebook est un réseau sympa et bon enfant, mais c’est aussi le reflet d’une certaine solitude"

5 décembre 2009 0
  • {{Gilles Dal}}, historien de formation, a abandonné la recherche académique pour se consacrer à l’écriture. Avec {{Frédéric Jannin}}, il explore les travers des problèmes de communication, de l’Internet des réseaux sociaux. Avec « {300 Millions d’Amis} », ils ciblent Facebook. Leur livre en est une douce critique hilarante…

Gilles Dal : "Facebook est un réseau sympa et bon enfant, mais c'est aussi le reflet d'une certaine solitude"Quel a été votre parcours avant de signer vos premières BD en compagnie de Frédéric Jannin ?

Je suis historien de formation. Après avoir décroché une licence à l’Université Libre de Bruxelles, j’ai passé un doctorat à Paris. Je suis rentré à Bruxelles en 2000, et ai changé d’activité. J’ai cessé de faire des recherches académiques pour écrire des livres. De fil en aiguille, au gré des rencontres, je suis arrivé dans le monde de la radio. Je suis l’un des participants à la célèbre émission radiophonique belge Le Jeu des dictionnaires (sur la RTBF). Je participe également quotidiennement à l’émission culturelle d’Arte Belgique, 50 degré nord. Aujourd’hui, je ne vis plus que du divertissement.

Vous avez publié le premier tome de « Malaise Vagal », avec Fred Jannin, en janvier 2008. Comment est née cette rencontre ?

Frédéric est également l’un des animateurs du Jeu des dictionnaires. J’écris souvent des dialogues humoristiques qui sont lus par nous deux, sans trop penser à autre chose que les intonations de nos voix pour ces rôles. J’ai demandé à Fred si une adaptation de certains de ces textes en BD était envisageable. Il était enthousiaste, et m’a dit que cela pouvait être possible. Ces textes étaient assez statiques, puisque nous mettions en scène des personnages qui se parlaient. Avec son dessin particulier, il est parvenu à leur donner de la vie. Malaise Vagal aborde le problème de l’incompréhension. Des gens qui se parlent, mais ne se comprennent pas. Problème de connexion traite de la même problématique, mais à travers l’ordinateur et les nouvelles technologies. Avec ces outils, l’incompréhension est accentuée car la personne est seule derrière son ordinateur. Il est confronté à ce sentiment de solitude alors qu’il a l’impression d’avoir le monde à sa portée. C’est étonnant de constater que sur les forums de discussion et sur les réseaux sociaux, de type Facebook, on a le sentiment de s’adresser au monde entier, alors qu’il n’y a qu’une poignée de personne qui vous lit. Ces médias sont le reflet d’une certaine solitude.

Extrait de 300 millions d’amis

D’où cette envie de traiter de Facebook ?

Oui. Quand nous travaillions sur Problème de Connexion, qui est paru chez Fluide, nous allions beaucoup sur Facebook. Cela nous amusait beaucoup. Nous avons logiquement eu envie de traiter rapidement de ce sujet, qui pouvait vite passer de mode. Thierry Tinlot, le rédacteur en chef de Fluide Glacial, était un peu réticent à publier ce livre. Nous lui avons proposé l’idée alors que Problème de Connexion n’était pas encore publié.
Nous avons donc proposé ce projet à Sergio Honorez, directeur éditorial chez Dupuis. Cela lui plaisait beaucoup.
Fred a beaucoup d’amis sur Facebook. Des personnes qu’il ne connaît le plus souvent pas du tout ! C’était amusant de constater que l’on pouvait rentrer dans l’intimité de gens que l’on ne connaît pas. Même si ces « amis » ne montrent que ce qu’ils veulent bien dévoiler. Facebook est un réseau sympa et bon enfant, mais c’est aussi le reflet de la solitude. Tout seul, derrière son écran, on est en communication avec beaucoup de personnes, dont énormément d’ « amis » que l’on ne connaît pas…

« 300 millions d’amis », le titre de l’album fait-il référence à la célèbre émission télévisée consacrée à nos amis à quatre pattes ?

C’est surtout une coïncidence ironique ! Trois cent millions de personnes sont actuellement membres de Facebook…

Ce bouquin est émaillé de profil de personnalité : Freud, le Dalaï Lama, etc. Leurs profils, dans votre album, sont plutôt loufoques. Était-ce du repêchage de faux profil sur Facebook ?

Non. Pas du tout ! Je me suis fortement inspiré du style de Facebook pour ces pages consacrées à des célébrités. C’était surtout le côté « les grands hommes dans des petites situations » qui me plaisait ! Mais il y a effectivement eu différentes choses qui nous ont inspirées. Un jour, nous sommes tombés sur des photos des restes d’un buffet, où traînaient des restes de sandwiches à moitié mangés. C’était tellement incroyablement inintéressant que l’on a repris cette thématique pour l’un des gags de l’album. Tous les textes ont été créés.

Extrait de 300 millions d’amis

Comment décririez-vous Frédéric Jannin ?

Un des seuls hommes que j’ai rencontrés qui est resté totalement frais. Il n’a aucune aigreur, aucun cynisme. Il peut parfois être sarcastique, mais n’a pas une vision noire de la vie. Il est d’un enthousiasme débordant, et est doté d’une vraie gentillesse, d’une bienveillance qui fait chaud au cœur. En plus d’être un garçon intéressant, il a un parcours étonnant ! C’est sans doute le type le moins prétentieux de l’humanité…

L’humour écrit et dessiné est il plus difficile que l’oral ?

Susciter un éclat de rire au lecteur par l’écrit est beaucoup plus difficile. Un comédien peut se rendre ridicule en changeant sa voix ou son comportement, et cela ferra rire. Mais c’est rarement possible à l’écrit. Je ne prétends pas faire rire nos lecteurs. Je veux juste les amuser et les divertir. Tant mieux si je parviens à les faire sourire. Notre style d’humour ne se prête pas à des grands éclats de rire. Mais n’allez pas croire pour autant que notre BD est embêtante (Rires).

Avez-vous d’autres projets ?

Avec Fred Jannin, nous enchaînons sur un album consacré aux rencontres amoureuses sur Internet. L’Amour au Bout du clic sortira durant le premier trimestre 2010, chez Dupuis.

Extrait de 300 millions d’amis

Avez-vous abandonné l’écriture de livres « sérieux » ?

Non. Je suis en passe de boucler un livre qui répertorie les lieux communs et les formules toutes faites. J’en avais déjà rédigé un sur le sujet. Mais cette fois, j’écris un dictionnaire structuré qui devrait contenir près de 2000 formules, telles que : « Je dis cela, mais je dis rien ! ». Où lorsque l’on arrive chez des amis et que l’on dit : « On est reçu comme des rois » ou « C’est Byzance, ici ». Cette liste de formules sera représentée de manière particulière dans ce livre-dictionnaire.

Les lecteurs attentifs du journal de Spirou aperçoivent régulièrement votre nom dans l’ours. Qu’y faites-vous ?

J’y anime la chronique du professeur Spéculoos. Je reçois plusieurs mails par jour reprenant des questions pertinentes. J’en sélectionne une par semaine. Les enfants me posent souvent des questions difficiles. Je préfère les explications logiques et physiques – comme par exemple donner l’explication à « Pourquoi le ciel est bleu ? » - aux explications philosophiques telles que : « Pourquoi l’amour ? », « Pourquoi vit-on » ? etc.

Quels sont vos contacts avec Frédéric Niffle, le rédacteur en chef de Spirou ?

J’apprécie beaucoup travailler avec Frédéric Niffle. C’est un rédacteur en chef très structurant. Il sait ce qu’il veut pour le journal de Spirou. C’est un homme très honnête, d’une grande rigueur et très organisé.

Gilles Dal & Frédéric Jannin
En 2008, dans les rues d’Angoulême. (c) Nicolas Anspach

(par Nicolas Anspach)

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Illustrations : (c) Jannin, Dal & Dupuis
Photo en médaillon (c) DR.

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