Glénat se sépare de sa filiale espagnole Glénat España

15 octobre 2011 1 commentaire
  • Effet d’une crise réelle qui frappe durement le marché français, Glénat recentre ses activités sur l’hexagone et revend sa filiale espagnole aux membres de sa direction, Joan Navarro et Félix Sabaté.
Glénat se sépare de sa filiale espagnole Glénat España
Avec 8,5 millions d’exemplaires vendus en Espagne, "Naruto" est un des grands best-sellers de Glénat España
(C) Shueisha

L’accord vient seulement d’être signé et a été annoncé à la Foire Internationale du livre de Francfort par les nouveaux propriétaires de Glénat España, son ancien directeur général Joan Navarro et son ancien directeur éditorial Félix Sabaté, que nous avons rencontrés à cette occasion.

Glénat España avait été créé officiellement en 1990 dans le cadre d’une joint-venture avec Ediciones B pour publier le manga Akira. Mais son activité indépendante a vraiment commencé en 1993, au moment où Joan Navarro, le créateur de la revue Caïro chez Norma Editorial, en prend la direction. Entre 1993 et 2011, la maison a publié près de 2500 titres dont pas loin de 1500 mangas. C’est une des grandes réussites éditoriales espagnoles, Glénat España étant encore aujourd’hui N°1 dans le secteur du manga, publiant actuellement Naruto, dont les ventes totalisent plus de 8,5 millions d’exemplaires, chiffre improbable pour le marché espagnol.

Mais, depuis plusieurs années, en raison d’une lourde restructuration du secteur des kiosques où les bandes dessinées sont principalement distribuées en Espagne (ce segment du marché a perdu 33% de ses points de vente), la crise frappe durement cette partie du catalogue. Les mangas qui représentaient naguère 90% du chiffre d’affaires de Glénat España sont brutalement tombés à 50%, partiellement compensés par le dynamisme des auteurs espagnols qui commencent à bien se vendre comme Purita Campos, Carlos Gimenez et Jordi Bernet. Près de 140 auteurs espagnols figurent au catalogue de Glénat España, dont un certain nombre ont été publiés par la maison mère en France.

Depuis près de 20 ans, 140 auteurs espagnols parmi les plus grands (ici Carlos Gimenez) ont été publié par Joann Navarro.
(c) Glénat España

Promise à Panini

« J’ai appris par hasard au printemps, à Bologne, que Glénat négociait dans mon dos la vente de notre filiale espagnole avec Panini » nous dit Joan Navarro avec un brin d’émotion dans la voix.

N’envisageant pas de travailler pour le groupe de Modène, l’éditeur, rassemblant tous ses moyens avec l’aide de sa famille, de celle de son associé et de quelques hypothèques, fit une contre-offre à son patron. Le contrat a été négocié tout l’été et a été signé il y a à peine deux semaines, les éditions Jacques Glénat n’ont jusqu’ici pas communiqué sur cette cession.

Crise espagnole

Cette acquisition se fait au moment où le marché espagnol de la bande dessinée est en pleine mutation, la société d’édition Planeta, le leader de la BD en Espagne, ayant perdu la licence de DC Comics après avoir perdu celle de Marvel au profit de Panini Comics. Cette bande dessinée en kiosque, en raison de la réduction drastique du nombre de ses points de vente évoquée ci-dessus, est dans une récession très importante qui a frappé particulièrement le secteur du comic-book, comme celui des mangas. « La crise est partout en Espagne, nous explique Joan Navarro. Le nombre de lecteurs n’a pas régressé, il a tout simplement moins d’argent. »

Professionnels chevronnés, Joann Navarro et Félix Sabaté ont racheté la filiale espagnole des éditions Glénat.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Est-ce dès lors une bonne idée d’acquérir une maison d’édition dans ces conditions ? « C’est une très mauvaise idée nous dit Navarro en souriant, mais nous y sommes engagés depuis le début. Nous avions une relation très spéciale. Nous avons fait tout ce que nous avons voulu, avec l’accord de Jacques Glénat, durant toutes ces années. Il est clair que sans Glénat France, cette aventure aurait été impossible, nous avons eu une entière liberté. Le catalogue Glénat va rester d’ailleurs important dans cette nouvelle structure. Nous avons un accord qui nous accorde le nom « Glénat » pendant les trois prochaines années, sauf pour certains titres historiques de la maison comme Titeuf, Le Troisième Testament, Peter Pan… En attendant une nouvelle marque qui sera présente sur les ouvrages à partir de 2012. Nous conservons une option sur le catalogue de Glénat France de la même façon que Glénat France a une option sur le nôtre. »

Bon nombre d’auteurs français (ici, la célèbre série de Franck Giroud, "Destins") ont été publiés sous ce label en Espagne.

Cette cession pose des questions sur la stratégie du Groupe Glénat au moment où le marché français donne depuis plusieurs mois de sérieux signes d’inquiétudes, certaines librairies spécialisées commençant à fermer, bien qu’elles soient compensées jusqu’à présent par des nouvelles ouvertures, notamment dans les grandes chaînes de distribution (Fnac, Cultura, Centres Leclerc…).

Il semble qu’elle correspond à une mesure de prudence de la part de la maison grenobloise qui resserre les boulons à tous les étages après une période très dynamique de croissance externe ces dernières années (acquisitions du catalogue d’Albin Michel (Drugstore), de Treize Étrange, licences Disney et Petit Prince, etc.) qui a pesé sur les comptes.

Cette restructuration (qui devrait toucher également Glénat Benelux ?) est à mettre en parallèle avec l’absorption du groupe Soleil par Delcourt : les acteurs français de l’édition de bande dessinée s’organisent pour affronter la crise qui s’annonce. Nous y reviendrons.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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