Godi : « La série "L’élève Ducobu" est un petit théâtre de marionnettes autour de l’école »

22 juillet 2009 0 commentaire
  • La création de {L’élève Ducobu} par {{Zidrou}} et {{Godi}} a été un heureux accident. Ce personnage devait au départ servir de bouche-trou dans le journal {Tremplin} des éditions Averbode. Le succès du fortiche de la triche fut rapide, et il rejoignit bientôt les éditions du Lombard. {{Godi}} revient avec nous sur les circonstances de la création de ce best-seller.

Godi : « La série "L'élève Ducobu" est un petit théâtre de marionnettes autour de l'école »Vous avez créé le personnage de Ducobu alors que vous veniez de dépasser la quarantaine. Qu’aviez-vous fait auparavant ?

J’ai toujours dessiné. Je suis tombé dernièrement sur des dessins que j’avais réalisés alors que j’étais enfant. L’un d’eux était la représentation d’une cours d’école, avec une tonalité jaune. Une petite fille portait même une robe à petits pois que Léonie. Les couleurs de Ducobu étaient déjà présentes en moi dès ce moment-là. Mes débuts « professionnels » remontent à 1969, où j’ai publié des dessins dans une revue d’étudiants appelée Réveil. Le premier numéro contenait notamment une interview de Morris... J’ai rapidement réalisé des travaux de commande à titre gratuit. J’avais alors un style graphique très arraché, à la Reiser. L’année suivante, j’ai gagné pour la première fois de l’argent avec mes dessins. J’ai réalisé une carte postale pour l’Institut du Coton. On m’avait payé deux mille francs belges. Une somme conséquente pour l’époque !

C’est Godi, lors de ses années « Pub » qui a esquissé le personnage de Tonton Tapis… Une marque bien connue des Belges.
(c) Tonton Tapis

Vous aviez fait vos études à Saint-Luc, dans la section « bande dessinée » ?

Oui. En même temps qu’Andréas, Plantu, Daniel Deshorger et Clou, le dessinateur du quotidien belge La Libre Belgique. J’ai retrouvé là-bas la même joie que quand je dessinais à l’école primaire. Au fond, je ne suis jamais été aussi heureux que quand je dessine ! Après mon service militaire, j’ai commencé à travailler pour mes premiers clients, essentiellement publicitaires, tout en produisant des histoires à droite et à gauche. C’était facile, à cette époque-là, de travailler pour la publicité. Mon premier gros client a été la marque de vêtement C&A, mais j’ai travaillé pour beaucoup d’autres sociétés comme par exemple la STIB (les tramways bruxellois), Fiat, Toyota, Tonton Tapis, etc. J’ai également fourni des dessins pour des dessins animés.
Ces expériences m’ont appris à être très professionnel, et surtout à sauter d’un style à l’autre. Il fallait être souple et pouvoir répondre tout de suite à la demande. Je pensais alors naïvement que les éditeurs remarqueraient tout ce travail. Il n’en était rien. J’ai quand même signé quelques histoires pour le journal de Tintin et réalisé Diogène Terrier, une série publiée chez Casterman, une bande dessinée animalière. J’ai toujours aimé les animaux et la BD animalière. J’ai aussi dessiné des histoires d’Arsène Talon, qui sont parues dans Achille Talon Magazine. J’avais rencontré Greg grâce à Eddy Paape. Quand on était en face de Greg, on se liquéfiait tant il était impressionnant. Greg m’a proposé de dessiner Arsène Talon, dans un style graphique « début de siècle ». J’ai aussi assisté un temps Eddy Paape, sur Tommy Banco notamment. Et puis, Benoît Dubois m’a demandé de travailler pour les journaux de l’Abbaye d’Averbode : Tremplin, Dauphin, Franklin, etc …

L’une des premières apparitions de Ducobu dans "Tremplin"

L’élève Ducobu est né chez Averbode ?

Oui. Nous avions créé ce personnage pour des illustrations, qui servaient de bouche-trou. Nous nous sommes dit, Benoît Zidrou et moi, que nous allions tenir trois mois, puis passer à autre chose. Nous nous sommes aperçus du succès du personnage lorsque Tremplin a réalisé un concours. Deux T-shirts étaient à gagner. Il fallait simplement que les lecteurs nous renvoient des feuilles sur lesquelles ils avaient copié deux mille fois une même phrase. Nous avons reçu des milliers de lettres ! L’année suivante, Tremplin nous proposaient d’animer une page entière avec Ducobu. Quelques temps après, nous avons envoyé un dossier à Dupuis et au Lombard pour leur présenter la série. Dupuis n’en a pas voulu car ils avaient déjà quelques séries jeunesses dans ce créneau. Cédric, notamment.

Le succès fut rapide, non ?

Oui. Le premier tome a été tiré à six mille exemplaires. J’étais catastrophé ! Je ne tenais pas à rester avec cinq mille exemplaires d’invendus… Je ne voulais pas retomber dans une expérience aussi affreuse que Diogène Terrier. Sans m’en rendre compte, je suis passé de la publicité qui me faisait vivre confortablement jusqu’alors, à Ducobu. Je ne pensais vraiment pas qu’il aurait un jour un tel succès ! L’excellent démarrage de la série est dû à Tremplin et à sa publication dans le Journal de Mickey. Quand cet hebdomadaire français nous a demandé de pouvoir pré-publier l’Elève Ducobu, ce fut un choc : J’avais toujours été lecteur de ce journal.

Finalement, la série a fort peu évolué depuis sa création. Peu de nouveaux personnages secondaires ont fait leur apparition.

Effectivement. Il y a rarement de nouveaux personnages dans l’élève Ducobu. La série est articulée autour de Ducobu, Léonie Gratin, le professeur Latouche et le squelette Nénesse. Benoît a créé un petit théâtre de marionnettes. C’est tout son génie ! Nous continuons à construire la série. Dans le prochain tome, il y a aura tout de même de nouveaux personnages. Je suis incapable de vous dire s’ils prendront de l’ampleur, ou pas. Nénesse, le squelette, par exemple, n’était au début qu’un simple élément décoratif. Nous avons décidé de le faire parler, et il s’est peu à peu humanisé. Nous avons même mis en scène sa famille dans un gag. Tous les gags de l’Elève Ducobu ont pour cadre la classe, voire même l’école. On en sort très peu…

En 1975, Godi dessinait déjà des profs et des élèves !
(c) Godi et Le Lombard

Comment décririez-vous Zidrou ?

C’est un très grand professionnel. Nous nous connaissons depuis 1990. Nos caractères sont totalement différents. Et pourtant, nous sommes sur la même longueur d’onde. Quand il écrit, il voit ce que je vais dessiner. Et moi, je sais comment le gag va tourner lorsque je lis les descriptions des premières cases. Lorsque Benoît vient en Belgique, nous partons généralement faire les tours des bouquinistes à Bruxelles. Un jour, il est tombé sur un vieux fascicule du Journal de Tintin, datant de 1975, et y découvre une histoire que j’avais écrite et dessinée. Elle mettait en scène un cancre qui se prénommait Duchaussoy ! Il a bondi vers moi pour me montrer ces planches. Je les avais oubliées. En fait, je crois que la série est née d’une succession de faits qui ont nourrit notre inconscience. Une autre fois, alors que nous étions à Laeken, nous avons fait un petit détour pour voir la maison où Benoît avait vécu avec ses parents. En regardant le nom sur les sonnettes, on s’est aperçu qu’un Monsieur Peeters habitait dans l’immeuble. Ce nom, d’origine néerlandaise, peut se traduire par « La Touche ». Or, le professeur, dans Ducobu, porte ce nom. Le plus surprenant est que cette maison a été achetée par les parents de Benoît, à un certain … Monsieur Ducobu ! Nous avons une copie de l’acte de vente.

Extrait du T14 de "L’élève Ducobu"
(c) Godi, Zidrou et Le Lombard.

Il y a eu un projet d’adaptation audiovisuelle.

Oui. Ce projet de dessin animé avait été développé par Belvision. 52 cartouches de 6 minutes étaient prévues. Malheureusement, nous sommes arrivés au même moment que Cédric et Titeuf. Ducobu était encore en quinzième provinciale, alors que les autres étaient déjà dans une écurie de formule 1. Le projet est tombé à l’eau. En revanche, je suis toujours surpris du nombre de traductions de notre série : en chinois, coréen, indonésien, vietnamien, portugais, turc, néerlandais et plus récemment en anglais ! C’est étonnant que des éditeurs étrangers s’intéressent à un tel point à une série qui n’est pas adaptée en dessin animé.
Un jour une bibliothécaire me disait : « J’ai pris vos albums. Je me demande si les enfants vont aimer. Il n’y a pas d’informatique, pas de violence, pas de poursuite en voiture... ». Lorsque je l’ai recroisée, plus tard, elle m’a dit que les enfants se retrouvaient dans nos personnages. Cela m’a fait plaisir.

Extrait du T14 de "L’élève Ducobu"

Vous avez signé dernièrement « Le Bar des Acariens » avec Bob De Groot. Pourquoi cette seconde série ?

J’ai toujours beaucoup travaillé ! Je ne peux pas m’empêcher de dessiner sur le côté et d’accepter des travaux plus confidentiels. Savez-vous par exemple que j’illustre régulièrement des livres théoriques sur le droit belge ? En fait, je suis heureux lorsque je descends dans mon atelier pour travailler.
Je me suis toujours bien entendu avec Bob De Groot. Un jour il m’a parlé de son idée d’animer une série où des acariens discuteraient de philosophie autour d’un comptoir. Cela m’a fait marrer.

(par Nicolas Anspach)

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Photo (c) Nicolas Anspach
Illustrations (c) Godi, Zidrou, Le Lombard, sauf mention contraire.

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