Golo (Marsam) : "Marsam est une envie commune d’auteurs qui se sont rencontrés à Angoulême."

7 mars 2016 2 commentaires
  • Lancé le 1er décembre 2015, le site Marsam rassemble déjà une soixantaine d'auteurs internationaux qui ouvrent les portes de leurs ateliers. Au menu, portfolio, illustrations, storyboards, strips, récits courts... entre autres !

Dans quelles circonstances avez-vous créé le collectif Marsam ? Pourquoi ce nom ?

Golo : C’est une envie commune d’auteurs qui se sont rencontrés à Angoulême.

Alain François : Pour Marsam, nous cherchions un nom… J’ai fini par demander à Golo comment on disait « atelier » en Égypte… Il a répondu « Marsam, ça veut dire « atelier d’artiste »…

Elric Dufau : Parce que Golo a vécu vingt ans en Égypte ! Et que tous les noms en français étaient pourris. « laboratoire », « atelier »… Bref, Marsam c’était cool.

Pouvez-vous présenter en quelques mots les créateurs du site ?

Elric : Golo est un auteur de bande dessinée qui a commencé par faire des chroniques dans le magazine Best au début des années 1970. Il a ensuite collaboré aux éditions Futuropolis et aux revues Charlie Mensuel et (À suivre). Ses premières bandes dessinées sont en collaboration avec Frank. Il a ensuite fait ses scénarios seul ou réalisé des adaptations (notamment d’Albert Cossery).

Golo (Marsam) : "Marsam est une envie commune d'auteurs qui se sont rencontrés à Angoulême."
L’équipe de Marsam : Golo, Alain François et Elric Dufau (c) Golo

Alain François est celui qui a fait techniquement le site. Il avait déjà fait ceux de L’an 2 et Ego comme X. Il vient des beaux-arts, il est plasticien et chercheur en histoire visuelle contemporaine. Accessoirement, il prend plein de photos qu’il met sur son Tumblr.

Et moi… je suis le plus jeune, donc j’ai fait moins de trucs. J’ai collaboré aux éditions Onapratut avec des collectifs (Les Nouveaux Pieds Nickelés, Revoilà Popeye) ou un mini album, Pow R & Toc H se font suicider. J’ai aussi fait deux petits bouquins avec Wandrille pour Vraoum et l’album Harpignies, écrit avec François Darnaudet, paru aux éditions Paquet en 2014.

La mort de Chejov (c) Alfonso Zapico

Golo : Alain est « Ingeniere » ou « Bash Muhandes », Elric est « Gerbeur » et moi « Inutile »

Alain :

En quelques mois, vous regroupez des dizaines d’auteurs... Comment s’effectue votre choix éditorial ?

Alain : Nous fonctionnons sans ligne éditoriale, sans thème et sans esthétique, mais par affinité.

Il y a un côté international assumé, puisque vous présentez des récits dans diverses langues. Vous rêvez de conquérir la planète ?

Alain : Non, la galaxie ! Faut pas voir petit.

Il y a quand même l’ancrage angoumoisin. Peut-on être international et local à la fois ?

Alain et Golo en chœur : « L’encrage » ?!?

Elric : Pfffff !!! Angoulême est une plaque tournante d’auteurs de bande dessinée du monde entier. J’ai fait deux résidences à la Maison des auteurs et à chaque fois j’ai rencontré des gens de partout. Lors de ma dernière résidence (où j’ai rencontré Golo) j’ai vu encore plus d’étrangers passer et nous avons lié des amitiés.

(c) Amruta Patil

Alain : En fait, Marsam est un site Internet, pas un lieu physique. Donc, il n’a pas d’ancrage géographique. Et les 59 premiers auteurs sont internationaux. Tout le monde habite quelque part, et la particularité de notre quelque part à nous, comme le dit Elric, c’est de recevoir des gens du monde entier.

Le site comme nous l’avons conçu, avec toutes ces langues, devenait une évidence. L’extension du collectif d’auteurs se fait alors naturellement quand les auteurs rentrent dans leur pays et grâce aux liens qu’ils ont déjà avec leur milieu d’origine…

Franchement, quand on fabrique un site pour des auteurs de 16 nationalités différentes, on ne peut pas le réduire au « local » de l’endroit où nous habitons.

Quels pays sont représentés sur Marsam ?

Elric : La France évidemment, la Belgique, le Brésil, la Croatie, Taïwan, L’Italie, l’Inde, l’Argentine, les États-Unis, le Liban, l’Écosse, l’Angleterre, la Corée du Sud, le Mexique, l’Égypte et l’Espagne. Quand je parle de notre site à des Parisiens, ils me font remarquer qu’il y a autant, voir plus d’auteurs internationaux à Paris.

C’est évident que la population globale n’est pas comparable, mais ce qui fait phénomène, ici, c’est la petitesse de la ville, et donc la concentration des auteurs, qui se voient tous les jours, et deviennent vite des amis. Et ça provoque des projets…

Golo : … (est en train de dessiner)

Vous aussi, essayez de faire cuire un œuf à la chaleur humaine ! (c) Yoon Sun-Park

Quel auteur n’a pas son blog aujourd’hui ? Cela change quoi de publier sur Marsam ?

Golo : Moi, j’ai pas de blog !

Elric : Les gens de ma génération (j’ai 32 ans) ont souvent un blog, moi j’en ai eu trois vers mes vingt ans. À l’époque il y en avait peu et on voyait de loin qui était qui. Au bout d’un moment il y en a eu tellement que tout le monde s’est retrouvé noyé dans la masse.

Notre démarche est de fédérer par le collectif. Et la preuve que ça séduit les auteurs c’est qu’ils ont des blogs ou des Tumblr pour la plupart et qu’ils nous donnent des BD à publier.

Alain : Et ça change, ce qu’on apporte : les traductions collaboratives pour faire lire des bandes dessinées dans d’autres zones géographiques…

Un strip de "Romance" (c) Elric Dufau

Elric : On publie (en français et chinois) Au Yao Hsing qui est une légende dans le monde chinois. Il a une énorme carrière. Il est inconnu ici mais il a été présenté au dernier festival d’Angoulême comme le Hergé taïwanais.

Il nous a proposé de publier sur Marsam le journal de sa résidence en France (qui est très drôle), c’est quelque chose qui pourrait être édité en livre, mais en attendant il n’y a que nous qui le publions.

Et lui, il n’allait pas ouvrir un blog juste pour ça ! Du coup il profite de notre réseau. En fait, on profite tous du réseau des autres !

(c) Au Yao Hsing
Le Bonheur des chiens errants (c) Mickeyman

Vous republiez des récits courts parus dans des magazines dans les années 1970 ou 1980. Ce côté patrimonial est important pour vous ?

Alain : pour moi, c’était juste pour « avoir de la mémoire », et donc placer la production actuelle dans une continuité, dans une histoire du médium…

Golo : On n’a pas de limite dans l’espace et pas de limite dans le temps.

Elric : Moi j’ai toujours aimé les vieux trucs. Et donc, avec l’autorisation des auteurs, nous publions déjà les archives de Golo (Best, Charlie Mensuel, (À suivre), etc), les archives d’Olivia Clavel (Métal Hurlant, Ah Nana !, L’Écho des savanes, etc) mais aussi des archives plus récentes, comme moi avec l’éphémère magazine Yéti (2004.)

Les récits courts permettent à de jeunes auteurs d’expérimenter, de se faire connaître. Marsam, découvreur de nouveaux talents ?

Elric : Je ne sais pas si on les découvre, en tout cas on les montre. Et vous les découvrez apparemment !

Alain : Il y a Pedro D’Apremont, STC019, Margaux Chetteau, Aline Lemos, Julie Gore et bientôt Théo Vilacèque qui ont une petite vingtaine. Cela dit la majorité des auteurs ont une moyenne de 30 ans et sont des auteurs publiés. Mais on a plus vieux aussi.

Golo : C’est pas moi !

Vous montrez aussi des storyboards, carnets... On s’approche des coulisses de la création. Est-ce quelque chose que vous souhaitez mettre en avant ?

Golo : Oui, c’est le projet de base. Un atelier avec tout ce que ça comporte.

Elric : Il y a aussi d’autres choses, comme des textes théoriques.

(c) Miroslav Sekulic-Struja

Comment Marsam se fait-il connaître ?

Alain : Par les réseaux sociaux pour le moment.

Golo : Par le réseau des bistrots. Pour le festival de la BD d’Angoulême, nous avions imprimé des sous-bocks avec notre logo et nous les avions donnés aux bars d’Angoulême.

Les projets et objectifs pour 2016 ?

Elric : C’est secret…

Alain : …mais ça a un rapport avec la conquête de l’univers !

Golo : Par contre, le site se développe déjà de manière très ouverte. Nous avons, très modestement, des représentants « locaux » qui servent d’intermédiaires avec les auteurs, pour les pays de langue arabe : Shennawy, pour le Brésil : Cynthia Bonacossa, pour les États-Unis : Benjamin Frisch, pour l’Italie : Giorgia Marras, pour l’Inde Amruta Patil

Un sous-bock Marsam, deux mains et un verre de bière

Un dernier mot ?

Elric : Vous pouvez vous abonner, c’est gratuit, ou vous pouvez faire un don, rendez-vous en bas de la page du site Marsam

(par Yohan Radomski)

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