Goscinny, de face et de profil

22 septembre 2012 5
  • C'est l'homme aux mille (et un) visages de la bande dessinée, l'homme fondamental de sa reconnaissance en France au XXe Siècle : René Goscinny. Dans un splendide ouvrage, les éditions IMAV publient, au milieu d'une foultitude de documents exceptionnels, 460 caricatures et portraits du créateur d'Astérix, d'Iznogoud et du Petit Nicolas, du scénariste à succès de Lucky Luke, des Dingodossiers... Une merveille.
Goscinny, de face et de profil
Goscinny par Uderzo

Voici 35 ans que René Goscinny nous a quitté en pédalant dans le cabinet de son cardiologue, sur les lieux-mêmes de l’atelier dans lequel Auguste Bartholdi sculpta la Statue de la Liberté...

À l’âge de 51 ans. S’il avait vécu, comme son complice Albert Uderzo jusqu’à aujourd’hui, imaginez le nombre de chefs-d’œuvre dont il nous aurait gratifiés ! Peut-être serait-il devenu cinéaste, aurait-il publié au travers de la maison d’édition qu’il s’apprêtait à créer avec Uderzo les plus grands auteurs d’aujourd’hui...

35 après, il est le créateur de bande dessinée le plus lu et le plus traduit dans le monde, ses personnages prolongeant leur carrière au cinéma, sous d’autres plumes, sous d’autres cieux, toujours plus loin.

La trace considérable laissée par ce créateur doit beaucoup à ses héritiers, au premier rang desquels sa fille Anne Goscinny qui, grâce à sa maison d’édition IMAV, nous dispense de temps à autre quelques bouffées de nostalgie, non sans faire revivre l’abominable Iznogoud ou des textes oubliés du Petit Nicolas dont les cinq premiers tomes ressortent sous ce label dans un coffret de cinq volumes, mais également en... latin, sous le nom de Pullus Nicolellus !

N’oublions pas Uderzo qui, au travers de sa propre structure éditoriale, entretient également la flamme. Nous reparlerons d’ailleurs de lui très bientôt...

460 caricatures et portraits, donc, signés par les plus grands. Par Goscinny lui-même, d’abord, car il était dessinateur. Il y a d’ailleurs, dans ce fort ouvrage savamment présenté par José-Louis Bocquet et somptueusement mis en page par Philippe Ghielmetti, une photo où l’on voit Uderzo croquer Goscinny... et Goscinny faire le portrait d’Uderzo.

Goscinny était d’abord dessinateur, et s’il s’est trouvé des maîtres (et quels maîtres : Morris, Jijé, Uderzo, Franquin, Sempé, Cabu, Gotlib... Hergé, même !) qui lui ont fait renoncer au dessin, c’est précisément son œil de dessinateur qui lui a permis de valoriser leur génie, mais aussi celui de dizaines de créateurs passés par le Journal de Pilote qui a été le grand moment où la BD française entra dans la modernité dans les années 1960 et 1970.

Ils sont tous là, d’ailleurs : Greg et le rédacteur en chef irascible d’Achille Talon, Gotlib et le traître de comédie des Dingodossiers, Morris avec Pete l’indécis dans Lucky Luke et la Bande à Joss Jamon, Uderzo avec Saül Peyhyé de L’Odyssée d’Astérix, Tabary dans Iznogoud... mais aussi de rares portraits d’Harvey Kurtzman, de Bill Elder, de Jack Davis, ses amis américains, de Jijé, de Tillieux, de Tibet, de Bob de Moor, de Christian Godard, de Cabu, d’Alexis, de Moebius... Jusqu’aux hommages plus récents de Roba, Peyo, Bilal, Fred, Dany, Yves Chaland, Floc’h, Olivier Schwartz & Yann...

Un ouvrage incontournable pour tous les amateurs de bande dessinée bien nés.

Par Greg et Gotlib, stars de Pilote (Mâtin, quel journal !)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

René Goscinny - Mille et un visages - Editions IMAV

Paraît le 4 octobre 2012

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En médaillon : Goscinny par Sempé

 
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5 Messages :
  • Goscinny, le génie prématurément disparu :
    22 septembre 2012 23:49, par Oncle Francois

    Merci pour ce bel hommage à RG, pas Hergé, mais Monsieur René Goscinny !°)

    Ce que je trouve stupéfiant, c’est que nous ayant quitté dans la force de l’age (jeune quinqua), il nous ait laissé une oeuvre aussi forte et variée. Astérix, évidemment, mais aussi la prolongation des Lucky Luke (dont les premiers tomes écrit par Morris en personne devaient beaucoup au rythme des dessins animés. Et quelle erreur que de faire mourir les Dalton dés la première rencontre !), Iznogoud et le gentil Petit Nicolas (qui n’a rien à voir avec un ancien président !°).

    Une oeuvre universelle, traduite dans de nombreux pays et langages (en dépit de la complexité des jeux de mots) et qui n’a pas pris une ride, il n’y a qu’à voir l’entrain avec lequel les dessinateurs survivants (sauf monsieur Sempé) se sont évertués à la perpétrer.

    Il faudrait aussi parler de l’importance de René Goscinny, créateur du métier de scénariste BD (puisque avant, ils étaient réduits à l’anonymat), de son rôle de revendicateur, notamment avec Mr Troisfontaine, et surtout le formidable avancée vers la BD adulte qu’il fit avec son Pilote, d’où émergea la génération des Echo, Mormoil, Fluide et Métal. Et j’oublie son rôle essentiel dans la survie d’une partie de l’équipe Hara-Kiri (Cabu, Fred, Reiser, Gébé), en proie parfois à de sérieux problèmes financiers.

    Je n’ai cité que les séries qui viennent spontanément à l’esprit, toutes adaptées au cinéma récemment. Bien évidemment, limiter l’oeuvre de Goscinny à ces quatre séries serait réducteur.

    Voila, c’était l’hommage sincère de François Pincemi à un immense scénariste, qui conciliait gentillesse, curiosité et popularité (sauf évidemment chez les gens qui décernent des prix de la BD, de leur vivant). Puisse un jeune scénariste prétendre à la relève ! Bien à vous !

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    • Répondu par Michel Grant de Montréal le 24 septembre 2012 à  17:36 :

      Bonjour oncle François,

      La mort des quatre authentiques Dalton dès la première histoire a été au contraire une très bonne chose. Les lecteurs n’ont pas eu le temps de s’attacher à eux ou d’identifier le dessin à cette première mouture.

      Bien que de nombreux gags soient très réussis, la personnalité un peu uniforme de ce quatuor en limitait la parodie.

      Leur véritable force était dans la forme graphique, habilement récupérée par la création de cousins que Goscinny a brillamment pourvu des « qualités » que l’on connait.

      Bref, sans leur mort, point de Joe ni d’Averell :o(

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      • Répondu par Oncle Francois le 26 septembre 2012 à  12:23 :

        Bonjour Michel Grant !
        Vous m’avez donné l’envie de relire ce livre. C’est réussi !

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  • Goscinny, de face et de profil
    23 septembre 2012 23:46, par OW

    À l’âge de 51 ans. S’il avait vécu, comme son complice Albert Uderzo jusqu’à aujourd’hui, imaginez le nombre de chefs-d’œuvre dont il nous aurait gratifiés !

    Il ne faut pas trop rêver. Même s’il avait survécu, ses chefs-d’œuvre étaient déjà derrière lui, et il s’essouflait dans la Grande Traversée ou Astérix chez les Belges, ce n’était plus l’inspiration géniale de la grande époque, mais déjà une recette éventée.

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    • Répondu par jony le 24 septembre 2012 à  09:00 :

      Goscinny, c’est le monde d’avant, la classe lumineuse.On aurait dit que le mec soufflait de la poésie et de la drôlerie à chaque respiration, et ce jusqu’à la dernière.

      Et son amour pour l’alchimie esprit matière, à permis d’incarner avec une douce puissance l’âme de ses histoires, ce qui fait qu’elles sont toujours vivantes, quand un bon nombre de trucs markétés ado cynique en manque d’identification existentielle en mode biba, font le buzz une semaine et se meurent aussitôt...

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