Grant Morrison présente Batman 7 - Par Grant Morrison (trad. Alex Nikolavitch) - Urban Comics

7 mai 2014 0 commentaire
  • Démarré en 2006 par le biais d'une enquête aux apparences anodines, la saga de Grant Morrison n'en finit pas de surprendre après plus de sept ans d'une lente reconstruction de l'univers de Batman, avec ses hauts et ses bas, ses instants de grâces et ses échecs. Rapide retour sur ce cycle déjà culte.
Grant Morrison présente Batman 7 - Par Grant Morrison (trad. Alex Nikolavitch) - Urban Comics
La première aventure de Batman met en scène des policiers imitant l’homme chauve-souris.
Grant Morrison présente Batman © - Urban Comics

Quand Grant Morrison débute son récit, il semble difficile d’imaginer de nouvelles aventures pour le plus grand détective du monde, tant tous les genres et tous les styles ont été abordés et traités en 70 ans d’aventures. L’idée de base de Morrison est elle-même déjà apparue dans un épisode de 1953... Mais loin de l’arrêter, c’est cette découverte qui va lui donner la structure de toute cette saga : unifier toute les histoires de Batman depuis 70 ans pour en faire un univers cohérent.

Dès lors la pluralité des récits déjà publiés devient autant de bases pour de nouveaux scénarios, même les plus kitsch des années 1950 -l’âge d’argent de Batman, rendu notoire par la nullité des films de cette période, pourtant très éloignés des canons de notre époque.

Ainsi, le premier tour de force de Morrison passe par l’introduction d’un nouveau personnage pour le moins surprenant : le fils de Batman et Talia Al Ghul [1], Damian Wayne, là-aussi inspiré par un ancien récit. Entraînés par des maîtres assassins, il semble bien éloigné des valeurs morales de son père -fort affairé par son éducation-, ce qui est à l’origine de nombres de développements intéressants.

C’est kitsch, mais on en redemande !
Grant Morrison présente Batman © - Urban Comics

Et ce n’est que le début, puisque Morrison continue en réintroduisant le club des héros, de simples humains qui se sont inspirés de Batman, en les rendant beaucoup plus sombres et complexes qu’à leur création dans les années 1950, dans une histoire qui va servir de pierre angulaire pour la suite, puisqu’elle introduit une mystérieuse organisation criminelle : le Gant Noir.

Morrison va développer autour de cette organisation tout un jeu narratif complexe et non linéaire, mêlant passé et présent, pour finalement arriver à un point de fracture autour du personnage de Bruce Wayne.

Le Gant Noir, une association menaçante.
Grant Morrison présente Batman © - Urban Comics
Le professeur Pyg, un nouvel antagoniste assez... déjanté.
Grant Morrison présente Batman © - Urban Comics

Tout ce jeu autour du Gant Noir est l’un des gros points forts de cette saga. D’une part, pour la portée symbolique qu’il contient, puisque le méchant à sa tête est l’incarnation du mal, aussi cul-cul que cela puisse paraître ; d’autre part pour tous les développements qu’il apporte. Ainsi il est assez truculent de voir le Joker se ranger du côté des héros le temps d’une histoire !

Ouvrant et scellant l’arc narratif mettant en scène la mort et le retour de Bruce Wayne [2], l’affrontement entre le Gant Noir et la bat-family est bien l’élément central et structurant du travail de Morrison sur Batman.

C’est d’ailleurs ce qui fait la grande faiblesse de ce dernier volume de Grant Morrison Présente [3] , après le climax centré autour du retour de Bruce et la résolution du problème du Gant Noir, ce nouvel arc ne pouvait que souffrir de la comparaison. De plus, il vient se positionner de manière très étrange dans la mythologie de Morrison...

Par la longueur du récit, des thèmes récurrents se dégagent autour du personnage de Batman, l’un des principaux développant l’idée que Bruce est Le Batman, bien au-delà du masque qu’il affectionne. Ainsi tout le run de Morrison pullule de méchants usurpant l’identité de l’homme chauve-souris, de remplaçants et autres simulacres qui veulent lui ressembler ou usurper son identité, mais qui ne peuvent y parvenir, Bruce étant le seul à avoir la force mentale suffisante pour assurer son rôle.

L’élément le plus frappant intervient lors de Final Crisis, où Darkseid [4] essaye de se fabriquer une armée de Batman clonés, tentative qui échoue car les sujets se suicident lorsqu’ils essayent d’assimiler les souvenirs de Bruce.

La "mort" de Bruce Wayne, un élément central du run.
Grant Morrison présente Batman © - Urban Comics

Là où ça devient problématique, c’est que ce dernier volume, avec la Batman Inc., va à l’encontre complète de tout ce qui a été développé précédemment, puisque Bruce Wayne n’est plus qu’un Batman parmi d’autres. Bien sûr, c’est de notre part une vision assez personnelle : on pourrait au contraire arguer que cette abondance de simulacres sert à mettre en avant ce qui rend Bruce unique, mais le fait est que tout ceci est très mal amené.

Même les protagonistes s’y trompent...
Grant Morrison présente Batman © - Urban Comics

De plus, ce tome conçu comme un produit international ne cesse de cumuler les fautes avec une ironie qui sonne creux. Il est assez étrange de voir Morrison accumuler les stéréotypes pour finalement s’en débarrasser d’une simple pichenette au détour d’un dialogue.. Ah, le second degré ! Une arme (un peu trop) magique.

Ironie, cynisme ou manque de recul ? Toujours est-il que c’est de mauvais goût : dans la seconde case, Catwoman se demande ce que les mangas ont d’attirant...
Grant Morrison présente Batman 7 © - Urban Comics

On ajoute cette difficulté qu’a Morrison à aborder le thème de la technologie (alors que le Gant Noir en use et en abuse) et certaines représentations sont par trop défaillantes, comme cet affrontement "viral" dans l’Internet 3.0... On dirait un kamoulox de mots compliqués qui ne riment à rien montrant les milites du scénariste quand il aborde la chose scientifique.

Toutefois, même si ce dernier tome déçoit quelque peu, il n’enlève rien aux autres albums du scénariste sur cette saga qui reste très plaisante à lire, Urban compilant avec application cette matière inédite, en la complétant avec une abondance de notes et de contenus annexes qui permet de bien appréhender la richesse de cet univers. Ce serait dommage de s’en priver !

(par Vladislav JEDRECY)

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[1Fille de Ra’s al Ghul, elle est à la tête de la Ligue des assassins crée par son père, une organisation criminelle de grande ampleur.

[2Mort mise en scène dans Final Crisis, une histoire de la Ligue de justice écrite par Morrison résumée au début du troisième tome de Grant Morrison présente Batman.

[3La conclusion de Batman Inc. sortira en Mai chez Urban.

[4Dans la mythologie DC, Darkseid est un des ennemis les plus importants de la Ligue de justice, il se fait tuer par Batman dans Final Crisis.

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