Greg & Vance mis à l’honneur dans les intégrales de Bruno Brazil

19 mai 2014 5 commentaires
  • En conclusion de l'intégrale de cette série mythique, Le Lombard confirme l'intérêt conféré à ces recueils par le soin pris à collecter les documents rares ou inédits. Ce troisième tome est incontournable pour les fans de XIII, car les planches présentées sont l'antichambre des aventures de leur amnésique favori.

Créée dans les années 1960, Bruno Brazil demeure néanmoins une série profondément ancrée dans les années 1970. Même si la série prenait le nom de son héros aux cheveux blancs (encore un), c’est bien le groupe dans son entier qui avait la faveur de son public. Gaucho Moralès, Whip Rafale, Le Nomade et autre Texas Bronco, chacun de ces noms évoquent des souvenirs aux lecteurs qui ont partagé leurs aventures dans le Journal de Tintin. C’est vous dire leur émotion lorsque le commando se fait décimer à la fin de Quitte ou Double pour Alak 6 !

En effet, cette troisième et dernière intégrale commence par cette terrible aventure au sein de Madagascar. "La mort de Big Boy Lafayette dans l’épisode Des Caïmans dans la rizière avait déjà entraîné l’envoi au Lombard d’innombrables lettres de mécontentement, voire d’insultes", explique Jacques Pessis dans son dossier. Et après avoir assisté au sacrifice de la presque totalité du Commando Caïman, "le lectorat, plus habitué au rêve qu’au cauchemar, se mobilise et laisse éclater sa fureur. Les menaces de désabonnement [...] arrivent par dizaines dans une rédaction où l’on ne parle que d’une affaire considérée comme un cas unique dans l’histoire de la BD."

Greg & Vance mis à l'honneur dans les intégrales de Bruno Brazil
La fin d’une équipe mythique...
Les lecteurs sont abassourdis... Puis crient au scandale !
Les illustrations réalisées pour les Super Tintin démontrent la maestria de William Vance

Décidément en verve, Pessis continue d’expliquer les raisons de ce massacre, une idée de Vance poussée à l’extrême par un Greg toujours visionnaire, qui pressent l’évolution inévitable de la société, et donc de la bande dessinée. Le dossier continue d’expliquer la force graphique que Vance a imposée au cours des neuf albums, le concept du Dossier Bruno Brazil et le départ de Greg pour les USA, mandaté par Georges Dargaud, ce qui l’empêchera de terminer le récit de La Chaîne rouge, qui devait marquer le grand retour de Bruno Brazil, Gaucho Moralès et une nouvelle héroïne : Cheree Lamour.

L’antichambre de XIII ?

Bien entendu, on ne manque de faire le lien entre le célèbre amnésique et Bruno Brazil. Car la fin brusque de ce dernier permet à Vance de se rapprocher d’un scénariste que Greg considérait comme prometteur : Jean Van Hamme. Greg avait un moment envisagé de lui céder Bruno Brazil, avant de longtemps continuer à croire qu’il pourrait reprendre la suite de La Chaîne rouge. Pour bien comprendre cette filiation entre XIII et Bruno Brazil, il faut s’attarder sur les planches contemporaines du dossier, puis sur celleq de La Chaîne rouge et du court-récit de Fausses Manœuvres et vraies embrouilles qui sont des liens incontournables avec les scènes respectives de Rouge total, Le dossier Jason Fly ainsi que Spads & Là où va l’indien, où l’armée joue un rôle graphique important.

Les liens avec les séquences de XIII sont nombreux.
Ici, la première page de Fausses Manœuvres et vraies embrouilles
Ne tuez pas les Immortels : un tirage qui aurait mérité d’être cité

Mais les vieux défauts de Jacques Pessis le rattrapent dans la seconde moitié du dossier. Ainsi, fait-il une erreur chronologique en y plaçant la nouvelle d’Acar qui met en scène l’équipe de Bruno Brazil (adapter les aventures d’une bande dessinée en nouvelle était une pratique courante des années 1970 au sein des Tintin Sélection). Il fait également l’impasse sur le splendide album grand format Ne Tuez pas les immortels ! dont les planches en grand format noir et blanc auraient mérité un coup de projecteur, afin de se consacrer à de petits articles connexes pas toujours adaptés. Ainsi, la courte biographie de Jacques Acar passe trop rapidement en regard des nombreux récits qu’il réalisa dans les années 1960/70 avec les dessinateurs vedettes du Journal de Tintin (non sans oublier ses autres histoires courtes des Tintin Sélection, comme celle de Bernard Prince).

Mais là où cela commence à vraiment déraper, c’est dans l’énumération des autres séries qui jalonnent le Journal de Tintin en 1977 (pourquoi présenter en pleine page une couverture du Journal qui n’a aucun lien avec Brazil !) ou l’évocation caricaturale des Super-Tintin. Jacques Pessis termine son dossier par ces mots : "L’aventure des Super Tintin s’achève [...] quelques mois seulement avant l’arrêt de l’hebdomadaire. Une interruption que les fidèles du journal, encore nombreux, même si leur nombre diminuait régulièrement, n’ont paradoxalement pas trouvé super..."

Inédit : quatorze pages de scénario de Greg proposent la suite (mais pas la fin) de La Chaîne rouge

Le manuscrit inédit de Greg

Les deux épisodes du récit imaginé par Acar sont réunis dans cette intégrale. On profite également de très beaux dessins de Vance créés pour l’occasion.

Heureusement, le contenu de l’intégrale se remet au diapason avec la qualité du début du dossier. On retrouve donc bien entendu les deux magnifiques récits Quitte ou double pour Alak 6 et Dossier Bruno Brazil, ainsi que le contenu de l’album La Fin..!?? paru en 1995 qui reprend les courts récits parus dans les Super-Tintin et la nouvelle d’Acar (inédite en album). L’amateur de Bruno Brazil qui aura déjà patiemment collectionné tous ces albums ne fera pourtant pas l’impasse sur la suite de La Chaîne rouge, cet album entamé et jamais terminé. L’intégrale reproduit les pages de scénario de Greg, des documents exceptionnels, que l’éditeur rehausse de bruitage repris des autres albums de Bruno Brazil. Une belle façon de finir un voyage qui a su si bien respecter l’œuvre de deux géants de la bande dessinée.

Malgré tout, Le Lombard a bien appris de ses erreurs passées : si on fait abstraction des digressions des dossiers et l’omission des couvertures modernes, les trois intégrales de Bruno Brazil parviennent à rassembler les novices et les mordus d’une série, tout en proposant un bel hommage à ses auteurs. Pourvu que ces améliorations perdurent dans les prochaines intégrales, une forme éditoriale dont les lecteurs apprécient de plus en plus la lecture et les compléments.

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire notre présentation des deux premières intégrales de Bruno Brazil dans Les intégrales Dargaud-Lombard rattrapent leur retard sur Dupuis

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5 Messages :
  • Effectivement les dossiers de monsieur Pessis, toutes séries confondues, sont plutôt calamiteux (mais il n’est pas seul dans son cas : les bons rédactionnels — et les rédacteurs compétents — sont manifestement rares. Les bons ou du moins les passionnés...). On doit par exemple relever que dans le tome 2 de l’intégrale Bruno Brazil, avant même la lecture des Caïmans dans la rizière, il te me vous "spoile" LA surprise du récit ! Ceux qui n’avaient jamais lu Des caïmans dans la rizière ont dû l’avoir un peu raide, j’imagine.

    En lisant ce tome 2 de l’intégrale il m’est apparu qu’on aurait très bien pu faire suivre les albums par tout ou partie du dossier, au lieu de trop en dire en amont de la lecture. La forme n’étant figée par aucune norme, un peu d’imagination n’aurait pas nui en l’occurrence !

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    • Répondu le 19 mai 2014 à  21:32 :

      L’appareil critique de l’intégrale Wasterlain chez Dupuis était excellent.

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  • Salut,

    Belle intégrale en trois volumes effectivement, et dommage qu’on n’ait pas plus d’infos sur ce "Ne tuez pas les Immortels".

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  • Le lien entre Bruno Brazil et XIII est évident, mais je pense qu’il n’aurait pas été mal de rappeler que Vance a aussi dessiné 18 Bob Morane dont certains ont aussi une continuité avec XIII.

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    • Répondu par Oncle Francois le 23 mai 2014 à  11:07 :

      Pouvez vous développer, Monsieur Bob, ou laissez parler Bobette ? Vous parlez de continuité graphique, je suppose, puisque Greg n’a rien à voir avec le romancier populaire Henri Vernes. Mais ce n’est pas parce qu’un dessinateur change de série qu’il change automatiquement de style, surtout quand il est dans le domaine du réalisme. Le style, c’est la signature, la marque de fabrique, l’essence de la personnalité artistique d’un auteur, même si cela vient après des milliers d’heures de travail assidu.

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