"Grimoire noir" : un polar référencé Fifties dans un monde d’ados-sorcières

2 mars 2021 0
  • Ce dense comics de 280 pages séduit par son magistral dessin. Il nous entraîne dans une petite ville des USA où la magie est uniquement dominée par les filles. Mais qui a enlevé la petite sœur de Bucky ? Et comment ce jeune homme pourra-t-il la retrouver sans aucun pouvoir ?

Aux États-Unis à une époque proche de la nôtre, la commune de Blackwell est la seule de tout le pays à ne pas considérer la sorcellerie comme un acte criminel. Cela n’empêche cependant pas certaines sorcières d’abuser de leur pouvoir. Heureusement qu’une barrière magique les empêche de quitter la ville, laquelle prend dès lors les atours d’une prison à ciel ouvert.

Dans cette petite ville, Bucky Orson est un peu morose – qui ne l’est pas, à 15 ans ? Alors que sa meilleure amie l’a quitté pour traîner avec des gens bien plus cools, sa jeune sœur vient d’être kidnappée dans des circonstances troubles. Et face à l’impuissance de son père, shérif de la ville, Bucky décide de mener lui-même l’enquête... Finira-t-il par percer les mystères de la magie de Blackwell ?

"Grimoire noir" : un polar référencé Fifties dans un monde d'ados-sorcières

La scénariste américaine Vera Greentea ne manque ni d’imagination, ni de références. Elle en fait la démonstration avec ce conte contemporain, son premier parvenu jusqu’au public francophone, en mêlant habilement les codes du polar, du monde des ados et de la magie. Son héros emprunte son look à Humphrey Bogart avec son côté placide et ténébreux et son éternel imperméable dans un décor où il pleut sans discontinuer. Bucky trouve du renfort en la personne de son ex-(petite) amie, Chamomile, qui l’assiste dans son enquête.

Mais Grimoire noir est avant tout un conte pour le monde des adolescents, avec les changements qui s’opèrent dans les relations entre les garçons et les filles à cette période-charnière, ainsi qu’entre les parents et les enfants. La bonne idée du récit reste cette magie qui est uniquement détenue par les jeunes filles (et les femmes). Une manière habile d’inverser l’ordre établi, sur fond d’un fait historique américain lié aux sorcières.

Malgré tout, il faut s’accrocher au début du récit, car le découpage de certaines séquences n’est pas optimum, et l’accumulation des personnages et des informations magico-policières nécessite une nette concentration. Heureusement, les rebondissements de l’aventure captivent et la construction en chapitres permet de marquer des pauses salutaires.

Le grand atout de Grimoire noir demeure le magnifique graphisme de Yana Bogatch. La Canadienne star des réseaux sociaux (son compte Instagram est suivi par plus d’un demi-million de followers) nous livre ici de magnifiques compositions en bichromie quelquefois rehaussées de touches de couleurs quand c’est nécessaire. Son univers est à la fois crédible et plein de profondeur. Rien ne ressemble à ses fantômes poisseux et dégoulinants. Une véritable révélation !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:

BDFugue FNAC Amazon

Grimoire noir - Par Vera Greentea & Yana Bogatch - Ed. Glénat Comics

Visiter le compte Instagram de Yana Bogatch

  Un commentaire ?