Groenland Manhattan - Par Chloé Cruchaudet - Delcourt

17 mai 2008 0 commentaire
  • Très bien documenté, cette fiction retrace le récit poignant d'un enfant déraciné, condamné à l'exil à vie.

1897. L’explorateur Robert Peary revient de l’extrême nord du Groenland. Pour satisfaire ses mécènes, il ne doit pas revenir les mains vides à New York et surprendre de plus en plus à chaque voyage. Peary embarque donc dans ses bagages cinq Esquimaux, dont le jeune Minik âgé de 10 ans. L’exotisme fascine, les hommes du Nord deviennent des objets de curiosité étudiés par les scientifiques du Museum d’histoire naturelle. Mais la tuberculose a raison des Esquimaux. Seul Minik survit et s’adapte peu à peu à sa nouvelle destinée. Jusqu’au jour, où il découvre dans une vitrine du musée le squelette de son père…

Un livre, Minik, l’Esquimau déraciné, écrit par Kenn Harper et un documentaire, Qui se souvient de Minik ?, réalisé par Delphine Deloget ont inspiré à Chloé Cruchaudet cet album. L’auteure, fascinée par le destin tragique du jeune Esquimau, s’est pris au jeu d’essayer de comprendre ce qu’il avait ressenti et ce qu’il avait vécu.

Minik est la victime d’une idéologie coloniale et raciste cautionnée par la politique et la science. L’enfant incarne les désastres causés par l’anthropologie du XIXème siècle. Mais l’auteure évite le piège facile de la condamnation et de la condescendance.
Peary, considéré par certains comme le premier à avoir découvert le Pôle Nord, s’est totalement désintéressé des Esquimaux, trop occupé à satisfaire ses ambitions personnelles. Face à lui, Minik devient un personnage mythique au destin violent. Leur face à face, lorsque l’Esquimau revient chez lui est grandiose. Minik porte alors en lui l’ambivalence de son identité et de sa culture.

Groenland Manhattan - Par Chloé Cruchaudet - Delcourt

Pour raconter cette histoire émouvante, Chloé Cruchaudet use d’un graphisme presque naïf aux couleurs douces. La mise en couleur originale donne beaucoup de relief au dessin et compense les décors réduits souvent au strict nécessaire. Mention spéciale pour les planches d’arrivée et de départ de New York qui sont de toute beauté.

Groenland Manhattan est un touchant récit illustrant avec justesse une partie de l’histoire de l’humanité peu glorieuse.

(par Laurent Boileau)

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