Groenland Vertigo : Tanquerelle voyage aux confins de la narration

25 février 2017 0
  • Une plaisante, sympathique et étonnante auto-fiction pleine d'aventures et de surprises sur fond de glaciers et de banquises. Rafraîchissant !

Depuis près vingt ans et sa Ballade du Petit Pendu à l’Association, Hervé Tanquerelle a multiplié les collaborations tout en diversifiant les ambiances graphiques : Le Legs de l’a lchimiste avec Hubert, Professeur Bell avec Joann Sfar, Les Faux Visages avec David B, La Communauté avec Yann Benoît, Les Voleurs de Carthage avec Appollo, etc.

Parmi ces différents périples, l’un des plus étonnants est sans doute celui accompli avec Gwen de Bonneval via l’adaptation des fameux textes de l’ethnologue et aventurier danois Jørn Riel. Après La Vierge froide et autres racontars publié en 2009 chez Sarbacane où Bonneval était directeur de collection, le tandem prolongea cette redécouverte des univers glacés du Grand Nord avec Le Roi Oscar et autres racontars en 2011, et enfin Un Petit Détour et autres racontars en 2013.

Groenland Vertigo : Tanquerelle voyage aux confins de la narration

Mais Tanquerelle a dépassé le stade de l’adaptation pour réaliser en 2011 un voyage de trois semaines avec Jørn Riel lui-même, dans les fjords au nord-est du Groenland. De cette aventure humaine dont il est revenu avec quantité de photos et de croquis, l’auteur en a finalement tiré une autofiction assez savoureuse, intitulée Groenland Vertigo, et qu’il édite chez Casterman.

Hervé Tanquerelle met en scène un certain Georges Benoît-Jean, un dessinateur maladroit et angoissé. Ce dernier est invité à participer à une expédition danoise au Nord-Est du Groenland, et il va devoir s’adapter aux situations les plus rocambolesques. Entre aventures, rencontres avec la faune et flore, tensions au sein de la petite équipe de marins et des participants voulant réalisant une incroyable prouesse artistique, le vertigo arctique n’est jamais bien loin.

Ce carnet de bord d’un périple dans le Grand Nord se savoure surtout grâce à la fraîcheur de ses personnages. Le lien avec cet dessinateur autofictionnel très humain se crée d’emblée via ses réactions naturelles envers ce milieu qui lui est aussi étranger qu’à nous.

Si les péripéties relatées restent très réalistes (on s’attendait parfois à plus de fantaisie), les rencontres du dessinateur de bande dessinée avec ces deux "grands" artistes se révèlent aussi différentes que passionnantes. Opposant le vécu de l’écrivain avec celui de l’artiste obnubilé par la trace que laissera son œuvre, Tanquerelle louvoie entre les icebergs et les clichés pour laisser son personnage trouver son propre chemin, sa propre création.

On profite avec plaisir des aventures au grand air de ce petit groupe, telle une petite pièce de théâtre dans un magnifique cadre naturel. Tanquerelle est effectivement parvenu à donner beaucoup de force à ses décors, notamment grâce à de superbes couleurs. Un beau voyage, au sens propre comme au sens figuré.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:

BDFugue FNAC Amazon

  Un commentaire ?