Groupe La Martinière : vers un désengagement de la BD ?

  • Le Groupe La Martinière avait pas mal investi dans la bande dessinée ces dernières années. Avec trois éditeurs : Le Seuil, Emmanuel Proust éditeur et Petit à Petit. Mais 2008, semble-t-il, marque le signe d’un désengagement.
Groupe La Martinière : vers un désengagement de la BD ?
Les chansons de Barbara en BD
Une production de Petit à Petit

Le Groupe La Martinière, « le premier éditeur de livres illustrés en France », à l’exemple d’un Gallimard qui a investi avec succès dans les labels Bayou, Denoël Graphic et Futuropolis (en joint-venture avec Soleil pour ce dernier), avait mis ses billes dans trois marques très diversifiées :

- Le Seuil BD, dirigée par Vincent Bernière, dont le catalogue destiné aux adultes s’intéressait aux romans graphiques avec des auteurs comme Tomine, Joe Matt, Seth, Dave Cooper ou Myriam Katin, Grand Prix de la Critique 2008 et à la politique avec une collection Politics dont un récent volume a été consacré au Maire de Paris, Bertrand Delanoë.

- EP éditions dirigée par Emmanuel Proust constitué d’un catalogue plus classique dédié à l’aventure avec des collections comme les adaptations des œuvres d’Agathe Christie ou de Didier Daeninckx et la découverte d’une séduisante brochette de bons auteurs comme Tarek, Bollée, Martin, Pompetti, Hanouca, Willmaury… Sa série Ciné9 scénarisée par des cinéastes de renom comme Lautner ou Guediguian avait en particulier marqué les esprits.

Seules contre Tous de Miryam Katin, Grand Prix de la Critique 2008
aux éditions du Seuil.

- Les éditions Petit à Petit enfin qui ont réussi à développer un catalogue jeunesse très convaincant, tandis que les chansons de Barbara ou de Thomas Fersen, ou encore les contes traditionnels en BD leur valaient une sympathique réputation.

Cette embellie est en train de marquer un coup d’arrêt. Plusieurs raisons à cela. Depuis l’acquisition par ce groupe des éditions du Seuil, la diffusion en particulier, au travers de Volumen, a pas mal tangué ces derniers mois, faisant passer le groupe dans une phase délicate. L’autre raison est l’importance de la concurrence sur le segment très disputé de la bande dessinée dans lequel les compétiteurs mènent un combat féroce, organisant les mises en place dans un esprit « militaire » si l’on en croit Livres Hebdo. Or la bande dessinée demande des opérateurs d’une haute technicité et, d’autre part, nécessite du temps pour installer une ligne de produit nouvelle en librairie.

Sir Arthur Benton de Tarek et Stéohane Perger
Une découverte d’Emmanuel Proust

Par conséquent, Vincent Bernière quitte Le Seuil, termine ses collections en cours pour rejoindre une autre maison d’édition à la rentrée (nous en reparlerons). Les éditions Emmanuel Proust Editions (EP) quant à elles ont annoncé la prise de participation de Marin Karmitz (patron du groupe MK2). Une nouvelle société, Heupé, reprendra le fonds de commerce, le nom et les stocks d’EP Editions. Emmanuel Proust y sera majoritaire avec 51% et Marin Karmitz prendra lui 49%. EP Editions s’installe ce lundi 4 février avec son équipe de trois personnes dans des locaux proches du siège de MK2 dans le 12ème arrondissement de Paris. Avec son catalogue de quelque 120 titres et une collection en partie dédiée au cinéma, on imagine que le jeune éditeur qui avait commencé à développer ce label chez Hachette trouvera quelques synergies. La diffusion restera assurée par Le Diff et la distribution par Volumen.

Quant aux éditions Petit à Petit, davantage marquée jeunesse, elles resteraient dans le périmètre actuel, mais l’examen des nouveautés à paraître dans les mois à venir montrent vis-à-vis de la bande dessinée un recentrage frileux sur l’album illustré pour la jeunesse.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : La collection Agatha Christie d’Emmanuel Proust.