Guérineau et Meunier : " D’un point de vue romanesque, le western une période formidable pour raconter une histoire."

4 juin 2008 2 commentaires
  • Non, le western n'est pas démodé. La preuve avec {Après la nuit}. Ce récit est construit comme une partie d'échec entre un joueur expérimenté et un débutant où les protagonistes se dévoilent au fur et à mesure des pièces avancées sur l'échiquier. Les auteurs ? Richard Guérineau et Henri Meunier.

Quelle est l’origine de ce projet ?

Richard Guérineau : Nous travaillons dans le même atelier avec Henri. Le point de départ d’Après la nuit fut de simples discussions sur notre passion commune depuis l’enfance pour le genre "western". Nous avons imaginé la trame ensemble avec un découpage séquentiel puis Henri a écrit le scénario à la manière d’une pièce de théâtre. Ce type d’écriture m’a laissé une grande liberté d’interprétation narrative.

Guérineau et Meunier : " D'un point de vue romanesque, le western une période formidable pour raconter une histoire."
Il y a très peu de scènes d’action. Pourquoi ?

Henri Meunier : Ce n’était pas le centre de nos préoccupations. Nous voulions un western centré sur les personnages et leur psychologie. Les ambiances ont alors plus d’importance que les scènes d’action qui sont réduites au strict minimum.

Vous mettez face à face deux personnages, mais vous les traitez différemment. Pourquoi ?

HM : Le jeune homme est juste un catalyseur. Il veut s’offrir une belle journée dans sa vie et il finit par y arriver. Est-il simple d’esprit ? On ne sait pas très bien qui il est. Ce personnage n’a en fait pas grand-chose à dire. Par contre, face à lui le shérif se révèle.


Quelles ont été vos motivations pour n’utiliser que des parallélogrammes pour la forme de cases ?

RG : J’ai l’impression que c’est déjà le cas sur les Stryges. Mais comme il y a beaucoup d’actions dans les Stryges, cela se remarque sans doute moins car ça bouge beaucoup à l’intérieur même des cases. Mais la mise en page est déjà classique et "carrée". Pour Après la nuit, j’ai pensé que si je faisais moins de fioritures sur la mise en page, plus l’intérieur des cases aurait de l’importance. Cela permettait de focaliser sur les personnages, sur les expressions de visage, sur un détail… Une mise en page éclatée à la "’Druillet" ne me semblait pas adaptée. Ici, nous sommes dans un registre plus intime et ce type de découpage correspond bien à cette intimité. C’est une façon de faire ressortir les silences, les regards. Les variations jouent uniquement sur la taille de la case. Un gaufrier de 9 ou 12 cases de la même taille implique une lecture très régulière.

L’album est en couleurs, mais j’ai l’impression que le noir et blanc se serait bien prêté à votre histoire…

RG : Pour des raisons commerciales, l’album est en couleur car le noir et blanc restreint malheureusement le public. Mais les deux versions existent. Il est vrai que mes planches sont conçues en noir et blanc. J’ai juste une idée de la lumière dans les cases. La palette de couleurs, je la laisse à l’appréciation du coloriste !

Qu’est-ce qui vous fascine dans le western ?

HM : Le western n’est plus forcément un genre à la mode, mais il permet de situer des histoires. Le western, c’est quand même la naissance d’une nation. C’était un moment où la loi était en partie une affaire assez personnelle. La morale des hommes de loi était parfois assez discutable. C’était aussi une période où il n’était pas anormal de tuer un homme. D’un point de vue romanesque, c’est une période formidable pour raconter une histoire. Tout est en construction, donc tout peut s’y passer.

(par Laurent Boileau)

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Photos © L. Boileau
Illustrations © Delcourt/Meunier/Guérineau

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