Guerre, amour et poésie ! Le catalogue singulier de Bamboo

6 janvier 2015 0
  • Si l'année 2014 ne marque pas de changement radical dans sa politique éditoriale, Bamboo voit néanmoins son offre éditoriale s'ouvrir vers de nouveaux horizons dans des créneaux assez peu occupés par ses concurrents. Leader dans le domaine des BD d'humour ciblées sur les professions, ce sont les créneaux de la BD d'histoire, de la BD sentimentale et de la BD sociale qu'occupe désormais l'éditeur mâconnais.

Guerre, amour et poésie ! Le catalogue singulier de Bamboo Au début, Bamboo avait développé un catalogue centré, dans le registre de l’humour, sur une thématique professionnelle : les profs, les gendarmes, les pompiers.., ou sportives : les tennismen, les Footmaniacs... sans hésiter à étendre ce registre au-delà des sphères habituelles : Les Dinosaures, Boule à Zéro...

À la guerre comme à la guerre

La création du label Grand Angle, dans le registre réaliste, avait permis de rompre avec l’image de facilité et d’humour « gros-nez » longtemps attachée à cette maison. Si ces collections humoristiques continuent à se poursuivre avec une belle progression, notamment grâce aux Petits Mythos de Philippe Larbier ou Mes Cop’s de Cazenove et Fenech, c’est bien du côté de la collection réaliste qu’il faut chercher les principales révélations de ces derniers mois.

L’année du centenaire du premier conflit mondial avait été à l’évidence une belle occasion de se placer sur ce créneau porteur. À l’image de ses concurrents, Bamboo a occupé le terrain des opérations avec quelques albums particulièrement bien ciblés. Si Ambulance 13, relatant les mésaventures et les états d’âmes du chirurgien Bouteloup, partagé entre sa double casquette de médecin et de militaire), marque quelques signes d’essoufflement, la série de Cothias et Mounier privilégie toujours autant un point de vue original. Son graphisme précis et sa narration rigoureuse (un peu trop ?) contribuent à rendre ces histoires attractives et séduisantes.
Le rapprochement avec l’historien Jean Yves Le Naour a apporté un angle plus pédagogique à cette série, s’efforçant de révéler des aspects peu ou mal connus du conflit.

Cela avait été particulièrement le cas avec le surprenant La Faute au midi (dessiné par A.Dan) chronique décrivant comment on fit endosser à un groupe de Méridionaux la responsabilité d’échecs militaires qui étaient surtout de la responsabilité du haut état-major.

Dans Les Taxis de la Marne, le même historien, dans un récit illustré cette fois par Plumail , nous dévoile des rivalités entre généraux qui n’étaient pas sans conséquence. Un album qui dépasse le stade anecdotique (Ah, les fameux taxis !...) pour rendre compte de la complexité des enjeux de cette bataille.

Poursuivant sur ce thème, centenaire oblige, Bamboo a choisi d’élargir avec des produits plus ciblés comme celui concernant l’origine du conflit avec François Ferdinand (La mort vous attend à Sarajevo dessiné par Chandre) ou le torpillage du Lusitania (Ordas, Cothias et Manini), sombre machination à l’origine de l’entrée en guerre des États-Unis.

Particulièrement présent dans les tranchées, l’éditeur n’hésite pas à proposer l’une des premières BD sur la Guerre de 1914 traitant du sujet sur le mode humoristique avec Les Godillots d’Ollier et Marko. Ayant recours à un style semi-réaliste, ces auteurs approchent le thème en s’écartant de l’horreur et de la violence, entrées souvent privilégiées par les autres auteurs. S’attardant sur le quotidien des Poilus, ils tentent de nous suggérer une version « Tuniques bleues » de la Première Guerre mondiale.

Au-delà des hauts faits d’armes ou des destins individuels, et fort (déjà !) de près d’une quinzaine de titres sur le sujet, la collection Grand Angle entend parler de cette guerre autrement... Jusqu’en 2018, on suppose...

Sentimental

Autre format, reliure soignée, pagination augmentée pour ce qui pourrait s’apparenter à une collection à part, la série de titres dont Jim est souvent le maitre d’œuvre, recycle avec bonheur des récits où sentiments, amours déçus et crise de la quarantaine servent de décor à des histoires au style glamour.

Graphisme fin et élégant, couleurs solaires et lumineuses sont au service de thèmes encore peu exploités en bande dessinée. Du magnifique une nuit à Rome au récent Héléna (dessiné par Chabane), cette série d’albums techniquement très bien mise en valeur, a su s’installer entre les chroniques de guerre (voir plus haut) et les récits humanistes d’un Laurent Galandon. En jouant sur la sensibilité (et non la sensiblerie), ces histoires de couples compliquées et confuses jouent à la fois sur la nostalgie, flirtent avec l’autofiction tout en parlant avec vérité dans un registre peu rebattu en bande dessinée et parlent à toute une génération.

On pourra rapprocher cette collection le livre de Damien Marie et Laurent Bonneau, Ceux qui me restent. Ce livre parvient à joindre un récit émouvant et sensible à un graphisme subtil en osmose parfaite avec le propos du livre. En s’attaquant au thème d’Alzheimer à travers cette histoire pleine de non-dits et de confusion savamment entretenue, les auteurs ont sans doute réalisé un des albums les plus inattendus et les plus subtils de l’année 2014.

Un catalogue grand cru

Dans Un Grand Bourgogne oublié , Bamboo nous invite à déguster une intrigue qui associe goût du terroir, thème à la mode s’il en est, et enquête policière jusqu’aux États-Unis.

Manu découvre par hasard chez des amis une bouteille sans étiquette, un millésime 1959, un vin hors norme qui va très vite nourrir une obsession : découvrir l’identité de celui qui l’a produit afin de replanter un clos, oublié et cultivé autrefois par des moines. Commence alors une quête semée d’embûches et de difficultés, dont le scénariste, Manu Guillot est l’un des personnages principaux.

Ce roman graphique associe habilement amour du travail bien fait, quête vitale de l’inaccessible et s’inscrit dans la veine des BD œnologiques ; un genre déjà investi par l’éditeur notamment dans le risque comique (Les Fondus du Beaujolais etc...). Si cet ouvrage risque d’en rappeler d’autres, l’angle choisi par les auteurs, Guillot, Richez et Guilloteau, mérite néanmoins qu’on s’y attarde.

Dernière preuve de la vitalité du label Grand Angle, l’étonnant Merci de Zidrou et Monin. On a déjà pu constater l’éclectisme de la production du scénariste de L’Élève Ducobu (au Lombard) et de Boule à Zéro chez le même éditeur. Le scénariste belge n’hésite jamais à nous surprendre en nous proposant des récits là, où on ne l’attendrait pas forcément ! Avec ce récit qu’on qualifiera de gentiment d’atypique, Zidrou et Monin (révélé notamment dans L’Envolée sauvage) nous proposent de suivre l’itinéraire d’une jeune gothique au nom de famille imprononçable mais fort heureusement prénommée… Merci !

D’un caractère peu facile, l’ado rebelle se voit, à la suite d’un petit acte répréhensible, condamnée à un travail d’intérêt général qui s’avérera plutôt original : Merci se voit confier l’organisation d’un festival de..poésie.

Résumer cet album qui passe de description de la meilleure façon de taguer les murs à l’organisation d’un concours de discours en prose serait bien réducteur. La jeune fille découvre les vertus de la démocratie participative et de l’implication citoyenne tandis les adultes qu’elle rencontre vont faire l’apprentissage de la fantaisie et du plaisir de vivre. Cet album à la problématique insolite nous offre une sacrée galerie de portraits singuliers.L’intrigue faussement naïve s’attarde sur toute une série de personnages secondaires traités avec justesse et bienveillance. Des parents un peu dépassés aux élus déconcertés et aux ados en perte de repères, les auteurs nous offrent un portrait sensible, chaleureux mais pas forcément complaisant d’une certaine modernité. Celle qui ne fait pas la une des journaux télévisés (ni même celle de Jean-Pierre Pernaut !) mais que l’on côtoie tous les jours !

Un album tout en charme et en émotion qui s’affirme comme une bien belle surprise pour démarrer 2015 de manière positive !

(par Patrice Gentilhomme)

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