Guilhem : « Zarla alterne des scènes légères et d’autres plus sombres, où l’on traite des blessures personnelles des personnages »

2 mars 2011 0 commentaire
  • Après avoir signé trois albums de {Space mounties} avec {{Pierre Veys}}, {{Guilhem}} s’épanouit graphiquement en réalisant les aventures de Zarla, la fille de deux chasseurs de dragon disparus. Avec {{Jean-Louis Janssens}} au scénario, il publie ces jours-ci {L’Enfant piège} le troisième d’une série d’aventure pour la jeunesse les plus réussies et les plus amusantes du moment.

Guilhem : « Zarla alterne des scènes légères et d'autres plus sombres, où l'on traite des blessures personnelles des personnages »Votre style graphique sur Zarla est plus réaliste qu’humoristique finalement.

Je suis un autodidacte. Mes premiers professeurs de BD sont certains grands auteurs. J’ai beaucoup appris à travers leurs œuvres. J’ai dévoré les albums d’André Franquin, d’Albert Uderzo et d’Hergé. Je me suis imprégné de leur travail, de leur style. Je me suis rapidement aperçu que mes planches ressemblaient aux leurs. Je n’avais pas de regard novateur, ou du moins différent du leur.

J’ai donc commencé à dessiner d’après nature pour m’en différencier. Au lieu d’aller regarder dans un album pour voir comment Franquin résolvait les plis d’un manteau, je regardais une photographie ou je demandais à quelqu’un de poser pour moi. Je dessinais ce que je voyais. J’avais besoin de partir de l’élément réel pour apporter ma propre interprétation du sujet. À partir de ce moment-là, mon graphisme est parti vers une voie plus réaliste. C’est pour ces raisons que l’on ressent l’influence de ces deux types de graphisme. Je ne renie pas l’influence de la BD classique, dite de « Marcinelle », mais j’essaie aujourd’hui de dessiner les choses avec plus de ressenti.

N’est-ce pas compliqué de jongler entre les deux genres ?

Non. Je ne me pose pas la question quand je travaille. Je dessine les choses comme je les sens. Mais c’est vrai que le personnage de Zarla a un physique typique, issu des codes de la BD comique. D’autres, comme les parents, sont plus semi-réalistes. Chaque personnage apporte un côté différent à la série : Zarla donne une note fraiche et amusante aux histoires. Et d’autres personnages apportent quant à eux une touche plus dramatique, plus émouvante, à la série. Je ne me voyais pas les dessiner d’une manière totalement humoristique, à la « gros nez ».

En fait, je n’ai pas réfléchi à ces questions en créant les personnages. Ils sont venus naturellement. Après, j’ai commencé à analyser mon travail… Chaque personnage a une fonction différente dans Zarla. Je ne suis pas le premier à avoir utilisé ce procédé-là. Regardez Astérix, Agecanonix est caricatural, tout comme Obélix. Falbala, elle, est plus réaliste. Uderzo a eu les mêmes réflexions. Il ne les dessine pas de la même manière car ils n’ont pas le même type de rôle.

Esquisse pour un projet de couverture

La thématique de la série a-t-elle eu des répercussions dans votre graphisme ?

Nous n’avons pas initié Zarla à deux. Jean-Louis Janssens, le scénariste de la série, a présenté ce projet aux éditions Dupuis. L’éditeur l’a validé et m’a envoyé le scénario. Le synopsis et l’univers dans lequel évolue Zarla m’a tout de suite séduit. J’adore cette alternance entres les scènes légères, naïves, humoristiques et d’autres plus sombres, où l’on traite les blessures cachées des personnages plus en profondeur. Jean-Louis arrive à doser les scènes avec un juste équilibre, sans tomber dans le pathos. Cette alternance apporte une vraie crédibilité aux personnages. Ceci dit, Zarla reste une série tout public privilégiant l’aventure. Elle peut aussi être lue au premier degré.

J’ai essayé de servir ces intentions le mieux possible. Je traite d’une manière parodique les scènes humoristiques, que cela soit dans le dessin ou dans le cadrage. Chaque type de scène me repose de la précédente. Je ne pourrais pas dessiner un album entier qui contiendrait uniquement un seul type d’ambiance.

Cette série est basée sur certains running gags. Zarla se croit une terrible guerrière, alors qu’elle ne l’est pas du tout. Son bull-guerrier, Hydromel, vainc ses ennemis quand la colère « aveugle » sa maîtresse. Jean-Louis Janssens ne va-t-il pas avoir des difficultés à se renouveler ?

Beaucoup le pensent. Va-t-il continuer à trouver des situations inédites et amusantes dans lesquelles Zarla ne va pas découvrir que c’est Hydromel qui combat à sa place ? Je ne sais pas. Je ne suis pas le scénariste de la série. Mais Jean-Louis m’a déjà envoyé l’intégralité du scénario du cinquième album. Il arrive toujours à m’étonner. Les situations présentées ne sont pas des répétitions des précédentes. Ce renouvellement est, je crois, un défi pour lui !

Extrait du T3 de Zarla.
(c) Janssens, Guilhem, et éditions Dupuis.

Avez-vous une idée de la perception de la série par les jeunes lecteurs ?

Oui. Surtout ceux de lecteurs de 10 à 14 ans, la tranche d’âge que nous visons principalement avec cette série. Je fais régulièrement des animations dans le milieu scolaire. Les élèves doivent lire Zarla avant que je les rencontre. Ils ne connaissent généralement pas encore la série. Les enseignants me disent, à chaque fois, que les élèves ont accroché ! En tout cas, ils m’accueillent toujours comme si j’étais Albert Uderzo (Rires). Je m’aperçois que les jeunes filles s’identifient à Zarla. Les garçons davantage à Hydromel. Ils semblent être fort impliqués par l’histoire et me posent des questions quant à la suite de la série. Ces réactions me font plaisir. Je ne m’attendais pas à ce que l’on soit aussi bien perçu par les jeunes lecteurs.

Votre série contient beaucoup de références indirectes à Astérix. Était-ce voulu ?

Non. Je ne crois pas. Il est certain que Jean-Louis Janssens et moi-même avons appris à lire dans les albums de Goscinny et Uderzo. Ces auteurs font partie de notre panthéon personnel. Jean-Louis a voulu écrire, avant tout, une série destinée à tous les publics et il est probable qu’il a utilisé inconsciemment certaines recettes des auteurs qu’il adore. Si cette série m’a plu lorsqu’on me l’a proposée, c’est que j’ai également retrouvé ces éléments-là. Je me suis aperçu, après avoir réalisé le premier tome, qu’il y avait aussi graphiquement des liens entre les deux séries. Garda, la nourrice, a une force surhumaine, tout comme Obélix. Les brigands de notre série ont un peu les mêmes fonctions que les pirates d’Astérix. Le grand-père de Zarla ressemble à Panoramix. Il y a effectivement une influence d’Astérix. Quelques petits parallèles peuvent être faits, mais la série est quand même totalement différente.

Story-board pour Zarla T3.

Les deux derniers albums lèvent le voile sur le passé des parents et les raisons qui les ont amenés à confier Zarla au grand-père. La série ne risque-t-elle pas de perdre de sa saveur maintenant ?

Non. Je ne pense pas ! La quête des parents ne constitue qu’une partie de l’histoire et elle n’est pas essentielle. Le deuxième tome était axé sur le père. Le suivant sur la mère et le passé de la nourrice. On peut à présent repartir sur d’autres pistes et donner un souffle différent à la série. Nous voulions simplement faire découvrir aux lecteurs le monde de Zarla à travers son historique familial.

Va-t-elle vieillir ?

Non. Elle restera la petite-fille naïve et conservera son chien protecteur. Ils affronteront toujours différents dangers et elle ne prendra jamais conscience que c’est Hydromel qui élimine les brigands. Si on enlève ces éléments, la série perd de son sel ! Les enfants adorent la naïveté du personnage et le fait qu’elle ne se doute pas qu’elle a un ange gardien à ses côtés. Les enfants me demandent souvent où on peut se procurer un chien comme celui-là (Rires).

Quelles indications donnez-vous votre coloriste, Angélique Cesano ?

J’essaie de la laisser la plus libre possible. Je lui donne des indications générales concernant les ambiances. Elle apporte sa propre sensibilité à nos histoires. Je n’ai généralement rien à redire sur son travail lorsque je vois les pages arriver. Elle me connaît bien et sait ce qui me plait.

Quand paraîtra le prochain album ?

Rapidement, à la fin de l’année normalement. J’ai eu quelques soucis pour fournir mes planches de manière régulière. Réaliser un album de bande dessinée est un travail très lourd et je n’arrivais pas à terminer les 46 planches dans un délai raisonnable. Je me suis organisé de manière différente et j’ai changé de technique de travail pour arriver à boucler un album par an. Nous relançons la série sur de nouvelles bases, et surtout avec un nouveau rythme de production.
Maintenant que les interrogations de Zarla par rapport à ses parents sont levées, nous allons partir vers d’autres voies, plus légères et humoristiques. Dans le prochain tome, nous retrouverons des personnages du premier album que nous avions mis de côté. Et il y aura d’autres bull-guerriers qui apparaîtront. Ce qui posera bien des soucis à Hydromel.

Esquisse pour une recherche de couverture.

Quel album vous a-t-il donné le plus envie de faire de la BD ?

Les grands classiques. J’ai appris la bande dessinée en lisant Hergé, Uderzo, Goscinny, Morris, Franquin et Peyo. Ce n’est pas très original, mais ce sont ces auteurs qui ont déclenché ma vocation.

Vous mettez en scène de nombreux personnages issus de l’Heroïc Fantasy : dragons, bull-guerriers, etc.

Ils sont issus d’une vraie collaboration entre Jean-Louis Janssens et moi-même. Je lui soumets certaines pistes, et il retient les éléments les plus intéressants. D’autres ne sont pas opportuns. Par exemple, j’avais fait des recherches où j’avais doté les dragons d’une sorte dard. L’aspect visuel était intéressant, mais Jean-Louis ne trouvais pas d’utilité à cette « appendice » dans son scénario. Du coup, j’ai laissé cette idée de côté. Je lui soumets des pistes et il est libre d’en tenir compte ou non.

Certains personnages m’ont pris du temps à mettre au point graphiquement. Ce fut le cas pour Hydromel. Il fallait trouver une race de chien qui soit à la fois puissant, lourdaude et flegmatique. J’ai réalisé quelques essais en m’inspirant d’un berger allemand, mais cela ne fonctionnait pas. Puis, j’ai eu l’idée d’utiliser un boxer. Je suis arrivé alors à un résultat intéressant. Hydromel a une oreille abimée afin que le lecteur comprenne qu’il a déjà vécu de nombreuses batailles.

La collaboration avec Jean-Louis se déroule à merveille. Il m’envoie un synopsis général, que je commente. Il tient compte de mes remarques éventuelles. Pierre Veys, sur Space Mounties, m’envoyait les pages au compte-gouttes. Jean-Louis, lui, m’adresse le scénario en entier. C’est beaucoup plus confortable car j’ai une vision d’ensemble et je peux mieux juger du rythme de l’album. En plus, il réalise un story-board des planches, et je peux le lire comme le ferait un lecteur de BD. C’est appréciable.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire la chronique du T1 de Zarla.
Lire une interview des auteurs : "Zarla lorgne parfois vers Tex Avery" (Septembre 2008)

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Illustrations : (c) Guilhem, Janssens & Dupuis.
Photos : (c) Nicolas Anspach

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