Guillaume Sorel s’empare de Maupassant

11 mars 2014 3 commentaires
  • Annonçant l'arrivée d'autres signatures de talent, tels Alex Alice, Tiburce Oger ou Jacques Ferrandez, Guillaume Sorel illustre de façon remarquable la qualité et l'éclectisme du nouvel éditeur Rue de Sèvres. Son adaptation du "Horla" apporte une dimension nouvelle à Maupassant, par le tour fantastique que lui confère ce dessinateur.

Louis Delas avait été très clair lors de la présentation à Angoulême du programme 2014 de son label Rue de Sèvres : il ne vise pas la quantité d’albums publiés, mais bien la qualité des titres.

Cette ritournelle commerciale est plutôt commune, mais il nous faut constater que, effectivement, le nouvel éditeur ne multiplie pas les ouvrages, tout en accompagnant soigneusement ceux qui paraissent.

Nous nous doutions, depuis la parution d’Hôtel Particulier, le dernier album de Guillaume Sorel paru chez Casterman, que l’attachement de l’auteur à son éditrice, partie chez Rue de Sèvres, aboutirait à un projet chez cet éditeur. Son ambition était d’adapter trois nouvelles de Guy de Maupassant, un auteur classique du XIXe siècle précurseur du genre fantastique.

Guillaume Sorel s'empare de Maupassant

Un double défi

La version originale de cette nouvelle, Le Horla, a d’ailleurs été le fruit de deux premières versions avant d’aboutir à celle que l’on connaît aujourd’hui. Maupassant affinant son atmosphère pour aboutirà un récit où le narrateur prend le premier rôle. Le doute est omniprésent tout au long fr la lecture de la nouvelle : est-ce le héros qui devient fou, ou lui arrive-t-il réellement des événements fantastiques qui le poussent à agir de cette façon ? On se rappelle que les lecteurs de l’époque avaient été fascinés par ce texte, jau point que certains critiques littéraires suggérèrent que Maupassant y décrivait ses propres troubles psychiques annonciateurs de son internement quelques années plus tard.

L’adaptation de ce classique relevait donc d’un double défi pour Guillaume Sorel : d’abord transcrire les éléments d’un monologue intérieur, où le narrateur fait état de ses propres doutes et des signes avant-coureurs de la sa folie ; ensuite, trouver une forme plus moderne à l’œuvre de ce disciple de Flaubert pour séduire des lecteurs d’aujourd’hui.

Une adaptation fidèle, mais orientée

Sorel joue donc des codes de la bande dessinée pour ouvrir le récit. Plutôt que de laisser le narrateur monologuer, il lui invente un interlocuteur : un chat (personnage-animal omniprésent dans les récits du Normand) afin de laisser le personnage principal s’exprimer. Cela confère au récit une dimension complémentaire, car le félin interagit avec la créature irréelle. Quant au Horla lui-même, Sorel prend le pari de le rendre plus visible. Certaines scènes qui menaçaient de perdre leur intensité (comme la fameuse séquence du miroir) sont donc légèrement détournées, alors que les premières nuits d’insomnie gagnent en intensité, distillant la frayeur.

Cette adaptation profite pleinement du dessin en couleurs directes de Guillaume Sorel : les paysages normands qu’il affectionne ressortent tantôt doux et enchanteurs, tantôt inquiétants et mystérieux. Les scènes du Mont-St-Michel et de l’incendie sont un régal pour les yeux. Les représentations historiques normandes et parisiennes tranchent volontairement avec la passion et la folie que Sorel parvient à placer dans les yeux et les mouvements de son personnages. La surprise vient précisément de cette rupture entre des planches si proches, symbole du basculement psychique qui saisit le narrateur.

L’édition en grand format

Alors que Maupassant jouait subtilement de l’équilibre entre l’impression de folie et le sentiment fantastique, Guillaume Sorel privilégie cette seconde voie. Même si certaines séquences auraient mérité un autre traitement, voire d’être tout simplement éludée, l’auteur a choisi d’être fidèle à la nouvelle, tout en lui apportant des éléments et personnages complémentaires, tels le couple du zoo, ou des traits de personnalité qui rapprochent le narrateur de Maupassant lui-même.

Un bon nombre de questions restent donc en suspens une fois la lecture achevée. Elles laissent le lecteur prolonger l’enchantement au gré de sa propre réflexion.

Les Bruxellois désireux de mieux comprendre le cheminement de Sorel pourront venir assister à la séance de questions qu’ActuaBD lui soumettra le 18 mars prochain à la librairie Brüsel. Tous les autres trouverons également quelques éléments de réponses dans le cahier complémentaire de l’édition en grand format de l’ouvrage prévu pour une sortie en librairie fin mars. Il permet de comprendre la grande maîtrise de Guillaume Sorel dans un exercice qui n’était pas joué d’avance.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Guillaume Sorel répondra à nos questions concernant son adaptation du Horla le mardi 18 mars de 17h à 19h au théâtre de la Clarencière (Bruxelles). Informations et inscriptions : flagey@brusel.com ou en librairie.

 
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3 Messages :
  • Guillaume Sorel s’empare de Maupassant
    11 mars 2014 17:30, par L. Lépine

    Bravo Guillaume,les planches reproduites ici montrent la progression de ton talent avec un éclaircissement - bon choix confirmé - de tes couleurs. Que de chemin parcouru depuis Chartres et l’Ile des Morts.
    j’ai hate de découvrir cet album.
    Laurent

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    • Répondu par Richard le 11 mars 2014 à  23:37 :

      Dommage les bulles et lettrage informatiques, ça jure sur les pages aquarellées. Les plus cases sont celles venant de Toulouse-Lautrec, Sorel a bon goût.

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  • Guillaume Sorel s’empare de Maupassant
    12 mars 2014 08:54, par vincent

    Sorel fait aujourd’hui parti des grands de sa génération ! ces derniers albums montrent l’artiste dans ce qu’il a de plus intime ! l’adaptation de "Les derniers jours de Stefan Zweig" etait epoustouflante à l’instar d’"Hotel particulier". vraiment hate d’acheter cet album !

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