Guy Lefranc T25 : Cuba Libre - Par Régric et R. Seiter, d’après Jacques Martin - Casterman

24 septembre 2014 5 commentaires
  • Invitant au générique Ernest Hemingway, Che Guevara, Fidel Castro et ... l'Atlantide, cet épisode de Guy Lefranc renoue avec la magie de cette grande série classique, mais hélas, sans qu'on y croie vraiment.

Nous sommes dans la grande tradition des meilleurs Lefranc de Jacques Martin. Longtemps, la succession de la grande figure de l’École de Bruxelles (selon Hergé, c’est Martin lui-même qui en aurait forgé le vocable) s’était avérée erratique. Soit la fidélité du dessin n’y était pas, soit le scénario brillait par son indigence.

On en peut pas dire que ce soit le cas ici : en dépit de quelques défauts, rarement on aura approché avec une telle acuité le dessin de la meilleure période du créateur de Lefranc : celle du Mystère Borg (1964), au moment où cet assistant d’Hergé se libère de l’influence de Jacobs pour trouver ce trait vériste caractéristique tant imité par ses suiveurs avec un maniérisme parfois affligeant. Il faut dire que le travail de Bruno Wesel sur les couleurs participent à plus de 50% à cette réussite.

Guy Lefranc T25 : Cuba Libre - Par Régric et R. Seiter, d'après Jacques Martin - Casterman
Les couleurs très réussies de Bruno Wesel. En bas à droite, le Prix Nobel de littérature Hemingway.
Guy Lefranc T25 : Cuba Libre - Par Régric et R. Seiter, d’après Jacques Martin (c) Casterman

Rarement aussi, un scénario aura été documenté avec autant de soin : les lieux sont parfaitement repérés, l’environnement politique et les personnages historiques décrits : Ernest Hemingway, Che Guevara, Fidel Castro (quel casting !) participent à l’histoire de façon plausible. On est même surpris de découvrir les deux grandes figures de la révolution cubaine discuter avec les agents de la CIA en toute décontraction : c’était une réalité avant que Castro ne choisisse finalement de se rallier au camp de l’U.R.S.S.

Il y a un peu d’angélisme à voir Lefranc convoqué par le Prix Pulitzer et Prix Nobel américain de littérature. L’intrigue, qui allie la peur du nucléaire et la découverte de vestiges de l’Atlantide au large des côtes cubaines, est par trop télescopée et un peu trop belle pour être totalement crédible. Le scénariste Roger Seiter s’est un peu trop attardé sur sa documentation et un peu moins sur ses personnages (espions, policiers corrompus, gangsters...) restés engoncés dans leurs stéréotypes.

Dommage parce qu’à un moment, la magie martinienne du Mystère Borg était à l’œuvre... Nous étions à deux doigts de la réussite. Il est clair en tout cas que le duo Régric-Seiter est un des meilleurs jamais intervenus sur la série.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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5 Messages :
  • C’est certain Régric est le meilleur repreneur graphique de Lefranc. les scénaristes eux ce succèdent sans réel succès.
    Mais pourquoi enfermer Lefranc dans l’après guerre ? Les derniers Lefranc de Martin le situait à notre époque contemporaine. Mieux dans les 3 derniers albums "période contemporaine" de Martin ,une intrigue, une menace se profilait avec Axel Borg évoquant un grand projet ?
    Quid de cette menace ? Elle est complétement oublié pour un retour au sources de Lefranc dans les 50-60 s.
    Je trouve ça dommage de coincer le personnage qui avait su évoluer un peu évoluer avec son époque (ex : La Camarilla)

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    • Répondu par Michel le 24 septembre 2014 à  21:10 :

      Le grand projet de Borg, c’était la résurrection d’une momie (La Momie bleue).

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    • Répondu le 24 septembre 2014 à  21:14 :

      Le grand projet de Borg est de faire renaître une momie du royaume des morts....Tout est expliqué dans "la momie bleue "

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      • Répondu par Alain le 25 septembre 2014 à  13:28 :

        Francis Carin avait été choisi par J. Martin qui avait écrit pour lui ses deux derniers scénarios pour Lefranc, "L’Ultimatum" et "La Momie bleue". Martin ne voulait pas que son personnage revive dans les années 50. Déjà, à l’époque où il était "passé" brièvement chez Dargaud, on le lui avait proposé et il avait refusé nettement. Son intention était clairement de faire poursuivre des aventures contemporaines à son héros. Il avait un dessinateur de qualité pour cette reprise au XXIe siècle. Les dessinateurs se sont succédé, avec plus ou moins de bonheur. Le seul scénariste qui soit vraiment dans l’esprit de Martin est, selon moi, Michel Jacquemart. Les dessins de Regric ne me semblent pas si proches que cela du "Mystère Borg". Mais je suis peut-être trop pointilleux Il est vrai que Martin possédait un style très difficile à imiter. J’attends avec impatience le prochain Lefranc qui sera signé par Christophe Alvès, beaucoup plus à l’aise pour dessiner les personnages.

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  • Le dessin de Régric me semble magnifique, de plus l’histoire doit mettre en lumière les méfaits de la révolution castriste, celle qui a fait de Cuba l’un des pays les plus pauvres du monde (mais bizarrent, son Fidel leader en est un des hommes les plus riches, arf arf !°)

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