Guy Lefranc, sauveteur des Corons

25 octobre 2009 7 commentaires
  • Noël 1955, dans le bassin minier du Nord, le célèbre reporter part tenter de sauver les rescapés d'un incendie qui s'est déclaré à plusieurs centaines de mètres sous terre, sans se rendre que le plus gros danger provient de ses propres coéquipiers. À défaut d'être franchement trépidant, cet album hors-norme regorge d'une émotion formidable.

23 Décembre 1955. Après avoir affronté le Maître de l’Atome, Guy Lefranc retrouve son ami l’inspecteur Renard dans une localité minière entre Lens et Marchiennes, dans le bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais.

Le journaliste vient couvrir un évènement dramatique : une tentative désespérée de sauver d’un incendie des mineurs bloqués par plus de 900 mètres de fond. Quant au policier, en mission pour Interpol, il est venu arrêter un redoutable terroriste qui se cache parmi le personnel de la mine. Les circonstances vont générer un dilemme inattendu : cet homme représente le seul espoir de sauver les mineurs coincés sous terre !

Une course contre la montre s’engage. Dans le labyrinthe des galeries dévastées, les courageux volontaires, dont Lefranc et le supposé terroriste, vont livrer une terrible bataille contre le temps et les centaines de mètres de rochers qui peuvent s’abattre à tout instant sur leurs têtes. Chacun a rendez-vous avec ses propres démons dans l’enfer suffocant des chaleurs de la terre.

Guy Lefranc, sauveteur des Corons

Après la réussite du Maître de l’Atome, un des albums les plus vendus depuis la reprise des Lefranc, on attendait impatiemment le nouveau scénario de Michel Jacquemart. En lieu et place d’une intrigue scientifique tonique, il nous plonge dans le contexte historique des charbonnages du bassin du Nord, et de leurs difficiles conditions de vie.

Après une introduction fort instructive sur le contexte des mineurs en cette époque, le récit débute dans un aspect documentaire, expliquant le quotidien des ’gueules noires’ et de leur famille. Cette particularité donne toute la beauté, et dans le même temps, constitue le piège de cet album. Sa première moitié est redoutablement évocatrice, et l’on sent comme l’auteur s’est investi pour transmettre au lecteur les difficiles conditions de travail des mineurs. Malheureusement, cela se fait un peu au dépend de l’intrigue qui s’enfonce comme cette compagnie de sauveteurs tentant de dénicher quelques rescapés, et les parlers italien et ch’ti ne font que renforcer cet état d’esprit.

Heureusement, la seconde partie inclut de nombreux flashes-backs permettant de varier le cadre, tout en renforçant (enfin) les enjeux des protagonistes coincés dans les veines de charbon. Continuant cette inexorable montée en suspense, les dernières pages sont d’une profonde sensibilité, une ode à la cruauté de la passion humaine, une tragédie qui mêle accident public et effondrement privé.

Malgré sa lourdeur documentaire, Noël noir n’en reste pas moins un très bon album de Lefranc, mais surtout une superbe évocation du quotidien des Corons. Un récit qu’on pourra lire à part des autres, et qui trouvera une place justifiée en-dessous des sapins de ceux qui ont vécu cette période, marquée dans leur esprit comme dans leur chair.

Malgré quelques visages du héros qui laisse à désirer dans les premières pages de l’album, Régric peut se satisfaire de la réussite de sa première aventure de Lefranc, après avoir dessiné la trilogie l’aviation, dans les Voyages du reporter. On attend donc avec impatience son prochain album, afin de constater qu’il s’en tire aussi bien dans un découpage à l’air libre.

Il faut avouer que la valse des dessinateurs n’est pas toujours facile à suivre. Après que Carin soit définitivement mis hors-course, les prochaines aventures devraient être les Enfants du Bunker [1], réalisé par Alain Maury, puis Le Châtiment scénarisé par Patrick Delperdange et dessiné par André Taymans. Ce dernier récit se déroulera à Hollywood à la fin des années 1950 durant la cérémonie des Oscars !

Après ces deux albums devant paraître en 2010, c’est encore une nouvelle équipe qui proposera une nouvelle aventure de Lefranc. Le scénariste Thierry Robberecht nous entrainera dans le Japon de l’après-guerre.

En attendant ces futures parutions, les fans patienteront avec la sortie d’un fac-similé d’une des premières aventures du reporter, le Repaire du Loup, dessiné en son temps par Bob de Moor. On y retrouvera entre autres un dossier spécial de 16 pages, contenant diverses annonces issues du journal Tintin, un essai inédit consacré aux sources et implications de l’œuvre, ainsi que les différents projets de couverture imaginés à l’époque par Jacques Martin. On est justement étonné par la couverture de ce fac-similé, diamétralement opposée à l’originale !

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire les premières planches de Noël Noir et du Repaire du Loup.

Lefranc, sur ActuaBD, c’est aussi :
- T17 le Maître de l’Atome
- T18 la Momie Bleue
- T19 Londres en Péril

[1On peut supposer qu’il s’agit du scénario intitulé précédemment Réseau Swatiska, qui devait être dessiné par André Taymans, mais ce dernier s’opposant à certaines clauses du contrat, il atterrit chez Maury en attendant que ce problème se résolve, ce qui semble être le cas actuellement.

 
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7 Messages :
  • Guy Lefranc, sauveteur des Corons
    26 octobre 2009 07:19, par joel

    Bon album c’est vrais ! ça fait du bien de ne pas voir Borg !

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  • Guy Lefranc, sauveteur des Corons
    26 octobre 2009 08:23, par Laurent

    Réseau Swastika, n’est-ce pas plutôt Londres en péril, le précédent album dessiné par André Taymans ?

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  • Guy Lefranc, sauveteur des Corons
    26 octobre 2009 21:55

    Très bon scénario mais le Lefranc de Régric est mauvais, les décors ça va mais les personnages sont ratés, dommage car l’histoire est passionnante.

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  • Guy Lefranc, sauveteur des Corons
    27 octobre 2009 07:23, par marco

    Bon scénario mais indigeste dans le côté documentaire. Pour ce qui est du dessin je ne comprends pas ce xième changement de dessinateur. Casterman tenait, enfin, avec Taymans un Lefranc qui ressemble à quelque chose. Celui de Régric, par contre... N’est pas Bob De Moor qui veut !

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    • Répondu par Philippe le 27 octobre 2009 à  15:29 :

      En effet, Lefranc par Regric a une tête parfois étrange... mais pas pire que dans les derniers Chaillet qui donnait l’impression de bacler le personnage. Je suis impatient de voir celui d’Alain Maury.

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      • Répondu par joel le 27 octobre 2009 à  21:28 :

        c’est vrais que le dernier album fait par Chaillet était moins bon dans les têtes de perso (la camarilla)

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