Harley Quinn T1 - Par Amanda Conner, Jimmy Palmiotti & Chad Hardin - Urban Comics

27 juillet 2015 0 commentaire
  • Tout le monde connaît Harley Quinn, l’assistante du Joker, aussi délurée et dangereuse que son illustre boss. Le temps est venu pour elle de voler de ses propres ailes et de nous entraîner dans ses joyeuses et sanglantes aventures. Une entrée en matière jubilatoire !

Il y a des personnages qui débutent leur carrière à partir d’une idée simple, un cliché qui consiste à ajouter un petit plus, à donner la réplique à la « vedette ». C’est ainsi que Paul Dini et Bruce Timm créent en 1992, dans la série Batman : The Animated Series, Harley Quinn, assistante du Joker, habillée d’un costume d’arlequin noir et rouge, et maniant le maillet.

Le succès du personnage ne s’est depuis jamais démenti et aujourd’hui, c’est un peu comme si Harley avait toujours fait partie du paysage de Gotham City et accompagné le Joker dans ses forfaits. C’est donc sans réelle surprise que son personnage apparaît actuellement en tête d’affiche du très attendu film Suicide Squad, l’un des deux blockbusters de Warner Bros., avec Batman v Superman : Dawn of Justice, auxquels incombent la lourde tâche de lancer le nouvel univers cinématographique de DC Comics.

Harley Quinn T1 - Par Amanda Conner, Jimmy Palmiotti & Chad Hardin - Urban Comics
Harley ne peut rester insensible aux injustices !
© DC Comics / Urban Comics

Après quelques comics spéciaux la mettant en scène, Harley Quinn devient officiellement un personnage canonique de DC Comics en 1999, dans un numéro spécial de No Man’s Land. De 2001 à 2003, elle a les honneurs de sa propre série, d’un total de 38 épisodes. Elle devient ensuite un personnage faisant des apparitions régulières dans de nombreux titres, et pas uniquement ceux de l’univers Batman.

De 2009 à 2011, Harley rejoint le casting de la série Gotham City Sirens (26 épisodes) aux côtés de Poison Ivy et Catwoman.

Le lancement de The New 52, redémarrage éditorial de l’univers super-héroïque de DC Comics, qui eut lieu en septembre 2011, lui donne l’occasion, comme à bon nombre d’autres héros DC Comics, de se refaire une nouvelle « peau ». Après une participation remarquée à la série Suicide Squad, elle a à nouveau droit en 2013 à sa propre série -celle qui nous intéresse aujourd’hui.

Si son histoire de base ne change pas (une psychiatre un brin installable qui se laisse séduire et entraîner dans la folie par le Joker), c’est sur la forme que cette nouvelle Harley se singularise : son look se trouve résolument transformé, passant de « bouffonne » à « candy girl » -un changement de style que le film Suicide Squad accentue davantage encore.

Cette transformation ne s’arrêtant pas en si bon chemin, d’autres changements sont également au programme : Harley s’émancipe du Joker, aussi bien éditorialement que sentimentalement, pour voler de ses propres ailes. Une libération dans l’air du temps, résolument moderne... dont la mutation en « sexy girl » à la libido un brin décomplexée, qui n’est évidemment pas au goût de tout le monde -même si cet aspect reste finalement léger et décevra avant tout les amateurs du « couple éternel » qu’elle formait avec le Joker.

Notons d’ailleurs que la couverture proposée par Urban Comics n’est pas celle de l’édition originale et constitue presque un contre-sens par rapport au propos de la série. On peut comprendre l’idée d’utiliser la figure du Joker pour attirer le grand public –après tout il faut bien vendre la série, ce qui n’est pas forcément chose aisée- mais ce choix apparaît un peu décevant… Surtout que le Joker n’apparaît pas, même si la séquence illustrée correspond bien à une scène de l’album, un « mensonge » donc, qui n’en est pas véritablement un...

Une soirée entre copines qui va finir de façon sanglante !
© DC Comics / Urban Comics

Pour donner vie à aux aventures modernes -et forcément irrévérencieuses- d’ Harley Quinn, c’est le couple Amanda Conner et Jimmy Palmiotti que nous retrouvons à l’écriture du scénario, accompagné au dessin de Chad Hardin, et parfois de Stéphane Roux, ainsi que d’Alex Sinclair et de ses couleurs acidulées.

Amanda Conner et Jimmy Palmiotti sont connus pour avoir réalisé une mémorable série sur Power Girl au ton étonnamment décalé et moderne dont nous avions chroniqué l’an dernier la publication en France, et que nous vous recommandons une nouvelle fois. Pour Harley Quinn, le couple de scénariste reprend cette approche mi-burlesque mi-tendre qui avait fait son succès, en mettant les petits plats dans les grands, ne faisant pas les choses à moitié.

Toujours prête à donner un coup de main, surtout si c’est fun !
© DC Comics / Urban Comics

Ainsi l’album débute par un numéro 0 où Harley se demande à quoi pourraient ressembler ses aventures. Il s’en suit une série de pages, mises en images chacune par un artiste différent et proposant des concepts tous plus improbables les uns des autres, commentés par notre héroïne elle-même, qui n’hésite pas à lancer des piques à certains dessinateurs-stars.

On y trouve en vrac : Tom Daniel, Jim Lee, Becky Cloonan, Bruce Timm, Charlie Adlard, Adam Hughes, Jeremy Roberts, Sam Kieth ou encore Chad Hardin qui a donc le privilège de dessiner Harley !

Puis débute véritablement la série, sur une idée simple : Harley qui s’est faite plus ou moins jeter par le Joker hérite d’un immeuble à Coney Island, Brooklyn, et devient la propriétaire de locataires un brin marginaux. Cependant, les loyers ne couvrant pas la totalité des charges, elle doit se trouver en plus des petits boulots : elle sera donc psychiatre à temps partiel dans une maison de repos et membre d’une équipe de roller derby ! [1]

L’ambiance et les histoires jouent à fond la carte d’un humour décomplexé et trash. À l’image de son héroïne, le récit alterne la mise en scène d’une Harley tendre et bienveillante avec ses amis, anciens comme nouveaux, et un déferlement de violence -et de gore- pour les malheureux tombant dans la catégorie « méchant ».

Une ambiance « cartoon » où la morale reste néanmoins toujours sauve : les « méchants » qui finissent poignardés, ou pire, le méritent et n’ont rien d’innocentes victimes. Harley se voit d’ailleurs elle-même comme une protectrice des faibles et des démunis, se distinguant des héros classiques par des méthodes à la brutalité et à la moralité discutables.

Les histoires forment un ensemble de tranches de vie, chacune correspondant le plus souvent à un épisode, où Harley s’empare de sujets classiques comme la Saint Valentin, la défense d’animaux abandonnés ou la réconciliation d’une famille désunie... et les aborde sous l’angle burlesque et irrévérencieux dont elle a le secret.

Certaines histoires s’étalent sur plusieurs épisodes, comme la mystérieuse mise à prix de sa tête qui pourrit la vie de notre héroïne... ou l’aide qu’elle apporte à un ancien espion à la retraite dans l’achèvement de sa « dernière mission ».

Harley dessinée par Amanda Conner
© DC Comics / Urban Comics

L’ensemble tourne régulièrement à la farce macabre pour notre plus grand plaisir. Harley est totalement délurée, discutant avec une statue de castor, tout en conversant un point essentiel de sa caractérisation : celui de la bonne copine gaffeuse, démarrant au quart de tour, trop sensible et impulsive par moment.

Plus simplement, Harley se comporte dans certaines situations d’une façon dont tout un chacun rêverait dans sa vie de tous les jours, mais auxquelles nous nous refusons pour des raisons sociales évidentes. Notre héroïne n’ayant pas ce genre de contrainte morale, nous la suivons avec un plaisir coupable dans certains de ses débordements !

Énorme succès aux États-Unis, ce comics fut l’une des grandes surprises de l’année 2014, se plaçant en tête des meilleures ventes chez DC Comics. Une série tour à tour drôle, méchante et tendre, qui brosse, dans un joyeux chaos, un portrait d’héroïne aussi bien décomplexé que jubilatoire. Une grande réussite.

La couverture originale du tome 1.

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Harley Quinn T1. Scénario : Amanda Conner & Jimmy Palmiotti. Dessin : Chad Hardin & Collectif. Traduction Benjamin Rivière. Urban Comics, collection "DC Renaissance". Sortie le 3 juillet 2015. 232 pages. 19,00 euros.

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Retrouvez Power Girl de Amanda Conner & Jimmy Palmiotti sur ActuaBD :
- Lire la chronique du tome 1,
- Lire la chronique du tome 2.

[1Les épisodes contenus dans Harley Quinn T1 : Complètement Marteau sont :
- Harley Quinn #0-8 (novembre 2013 à juillet 2014),
- Secret Origins #4 : Harley Quinn (juillet 2014).

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